Marine Marchande
Piraterie et brigandage maritimes : que se passe-t-il dans le sud du golfe de Guinée ?
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Piraterie et brigandage maritimes : que se passe-t-il dans le sud du golfe de Guinée ?

Marine Marchande

Alors que les Gabonais se préparent à réveillonner, dans la nuit du 21 au 22 décembre 2019, des pirates se glissent dans le vaste estuaire du Komo, le grand fleuve qui borde la capitale, Libreville. A quelques kilomètres seulement de l’imposant Palais du bord de mer, qui abrite la présidence et domine l’estuaire sur la rive droite, ils attaquent quatre navires : deux bateaux de pêche et deux cargos. Un commandant gabonais est abattu d’une balle dans la tête à bord du Tropic Dawn, battant pavillon panaméen, et au moins deux pêcheurs chinois sont enlevés. Ces attaques spectaculaires, menées en plein cœur du petit Etat pétrolier où la France a d’importants intérêts (en particulier dans la capitale économique Port-Gentil), surprennent.

Le pays n’est pas coutumier de ces incidents. S’il n’a pas été tout à fait épargné par la piraterie, il est éloigné de l’épicentre situé dans le delta du Niger, au Nigeria. Peu d’événements avaient été, jusque-là, rapportés. Mais cette attaque n’est pas un cas isolé. Trois mois plus tard, le 21 mars, trois marins (deux Marocains et un Equato-guinéen) de l’Elobey 6, un vieux ferry battant pavillon équato-guinéen, sont enlevés par des pirates au large de Port-Gentil. Ils seront libérés près de deux mois plus tard, au Nigeria. Le lendemain, le 22 mars, ce sont sept Ukrainiens qui sont enlevés, à bord de leur porte-conteneurs, le MSC Talia F (pavillon portugais), en provenance de Lomé pour Libreville. Eux seront libérés fin mai, toujours au Nigeria. Des pêcheurs sont aussi enlevés à bord des chalutiers Amerger II et Amerger VII, portant à 16 le nombre de marins kidnappés dans cette série d’attaques.

Les pays riverains ne sont pas en reste. Des hommes armés tentent, sans succès, d’aborder un pétrolier le 7 novembre à une soixantaine de milles de la paisible île de Sao Tomé. Nouvel incident en février, où les 21 membres d’équipage du Maersk Tema, en transit entre Pointe Noire (Congo) et Lagos (Nigeria), sont attaqués en haute mer, à une centaine de milles de Sao Tomé. Ils parviennent à se réfugier en citadelle après avoir lancé l’alerte et les pirates s’enfuient avant l’arrivée d’un navire de sécurité nigérian. En Guinée équatoriale, autre pays producteur de pétrole du sud du golfe de Guinée qui compte une partie continentale, mais dont la capitale, Malabo, est située sur l’île de Bioko, plusieurs événements ont également été rapportés. Ainsi, les 11 et 12 mai, deux attaques distinctes, menées sur des navires au mouillage devant Malabo et Luba (côte ouest de l’île), ont conduit à l’enlèvement de cinq personnes.

Au-delà du seul secteur maritime, cela conduit le ministère des Affaires étrangères à alerter les Français se trouvant dans la zone. Le 20 mai, il prévient dans ses conseils aux voyageurs de la « recrudescence des actes de piraterie » au Gabon et dans l’archipel touristique de Sao Tomé-et-Principe.

« Dispersion des actes de brigandage et de piraterie »

« Effectivement, jusqu’en 2017 les incidents se concentraient dans les eaux nigérianes, mais depuis trois ans cela augmente hors du Nigeria, de façon significative, avec une vingtaine d’incidents en 2017 et trois fois plus en 2019 », allant du petit brigandage à de la piraterie avec enlèvement de l’équipage, indique un armateur. « Pour la première fois en 2019, les incidents hors Nigeria ont dépassé ceux au Nigeria. Depuis cinq mois, il y a eu une dizaine de navires attaqués sur la zone Gabon. C’est préoccupant et on regarde ça de très près », glisse cet armateur qui estime cependant que ses activités ne sont « pas véritablement impactées ».

Selon le Mica Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center), centre d’expertise français dédié à la sûreté maritime, à compétence mondiale, basé à Brest, 68 événements de piraterie se sont produits dans le golfe de Guinée sur les six premiers mois de l’année, contre 51 en 2019, sur la même période, et 49 en 2018. « Lorsque l’on analyse les données mensuelles jusqu’à la fin du mois d’avril, on note que les eaux du Golfe de Guinée étaient moins troubles cette année que les années précédentes. En revanche, au mois de mai, un pic d’attaques a eu lieu, avec 5 événements qui se sont soldés par le kidnapping de 24 marins et qui ont inversé la tendance », précise le capitaine de corvette Gilles Chehab, qui commande le MICA Center. Mais surtout, « le second constat que nous faisons est une dispersion des actes de brigandage et de piraterie quand, en 2019, l’ensemble des événements enregistrés se confinait au fond du golfe et autour du Nigeria. Les actes ont à présent lieu dans une zone côtière qui s’étend du Ghana à l’Angola, en passant par Malabo, avec de nombreux incidents répertoriés dans la zone Cameroun - Gabon - Sao Tomé - Guinée équatoriale ». Soit le sud du golfe de Guinée.

Des pirates venus du delta du Niger

D’où viennent ces pirates ? Prudent, le capitaine Chehab explique qu’ « il est

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