Marine Marchande
Piraterie et sécurité : La CGT tire une bordée sur la direction de CMA CGM

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Piraterie et sécurité : La CGT tire une bordée sur la direction de CMA CGM

Marine Marchande

Les syndicats des Officiers UGICT CGT et marins CGT dénoncent la communication faite, le 3 décembre, par CMA CGM, au sujet de sa décision d'instaurer un « bonus de risque » pour les équipages des navires empruntant le golfe d'Aden. « Les commentaires de CMA CGM ont plutôt choqué les navigants et leurs représentants syndicaux. D'autant plus que CMA CGM n'instaure rien du tout, mais applique enfin, et après beaucoup de tergiversations, la décision d'un organisme international dont elle est membre à part entière ». Dans une note adressée à la presse, l'UGICT CGT rappelle que « l'armement français a signé un protocole avec ITF et une organisation syndicale le 13 mars 2007. L'organisme IBF a délimité une zone à risque et préconisé le doublement du salaire des équipages pendant le transit dans cette zone ». Selon le syndicat, la CGT du personnel navigant CMA CGM a demandé par courrier électronique à la Direction Générale, l'application de cette mesure le 19 novembre. « Une réunion chez Armateurs de France, tenue le 26 novembre 2008 a montré que CMA CGM était le seul armement membre d'IBF à ne pas appliquer cette décision. Le même jour, en réunion paritaire des Officiers au Havre, la Direction refusait d'appliquer cette directive. Même demande de la part du coordonnateur ITF France et de la CFDT le 27 novembre. La CGT Officiers et Marins intervenant de nouveau par une lettre au directeur général Jean-Marc Lacave le 28 novembre, une lettre à ITF Londres le 30 novembre et un nouveau mail au DG le 2 décembre. En dépit de ces faits, CMA CGM fait publier le 3 décembre un admirable exercice d'autosatisfaction ».

Polémique autour d'une note sur les mesures de sécurité dans le golfe d'Aden

Outre la forme du communiqué de presse de la compagnie, le syndicat s'en prend durement à une note interne, diffusée le 2 novembre auprès des capitaines de la flotte. Dans ce document, il est question de nouvelles mesures de sécurité à adopter, lors des transits dans les zones où sévit la piraterie. « Nous n'osons pas croire qu'il s'agit du dispositif de sécurité très rigoureux évoqué dans la presse. Les Commandants qui ont lu cette note avant de la diffuser à bord se sont frotté les yeux. Ils ont contacté les syndicats. Même ceux qui ne sont pas syndiqués, c'est dire quelle devait être leur perplexité ». Suite à la publication de la note, la CGT a organisé, du 2 au 8 novembre, une consultation des marins à bord des différents navires. Les commentaires et griefs des navigants quant aux mesures contenues dans ce document ont ensuite été réunies et envoyés, dans une lettre circonstanciée, au siège du groupe à Marseille. Pour la CGT : « Cette note était constituée d'un tissu d'inepties. Elle préconisait par exemple, d'allumer toutes les lumières extérieures entre le coucher et le lever du soleil. Pour les non initiés, il faut savoir que depuis l'invention de la navigation de nuit, ce qui ne date pas d'hier, les gens qui assurent le quart sur une passerelle ont remarqué que la moindre lumière parasite perturbait la vision nocturne. Elle peut par exemple vous masquer les feux d'un navire avec lequel vous êtes en route de collision. L'auteur de la note a balayé cette hypothèse d'un revers de la main, dans sa précipitation à rédiger un bréviaire de sécurité très rigoureux ». L'UGICT CGT se montre ensuite dubitative sur l'utilisation éventuelle de lances à incendie contre les pirates, estimant que l'actuelle dotation en matériel de sécurité ne permet pas, sur un grand porte-conteneurs, de « garnir les côtés et l'arrière ». L'ordre de naviguer le plus « haut possible sur l'eau » afin de compliquer les abordages provoque aussi l'étonnement. En effet, pour « alléger le navire », le syndicat ne voit guère d'autre solution (irréaliste bien sûr) que de « jeter des conteneurs à la mer ». De même, il critique l'idée, considérée comme risquée, d'organiser des rondes sur les extérieurs, « pour détecter les tentatives d'assaut ». A la CGT, on se dit donc « consterné » par cette note, dont la paternité est attribuée à un cadre du groupe et non au service de sécurité de la compagnie (SSE). « Il aurait pu ordonner aux Commandants de traverser la zone dangereuse en plongée, car aux dernières nouvelles les pirates n'ont pas encore fait l'acquisition de sous marins », concluent les fédérations d'officiers et de marins CGT.

La direction menace la CGT d'une action juridique

A Marseille, au siège de la compagnie, on n'a évidemment pas apprécié l'humour. Hier soir, le groupe rappelait qu'il ne plaisantait pas avec la sécurité de ses équipages et reprochait vivement à la CGT d'avoir étalé l'affaire sur la place publique. « Les mesures de sureté déployées sur nos navires font l'objet d'un plan connu de tous les commandants. Ces mesures sont nécessairement confidentielles et nous regrettons qu'un syndicat se soit cru autorisé à en débattre publiquement. Nous nous réservons le droit d'engager vis-à-vis de ce syndicat toute action juridique qui nous apparaîtrait nécessaire », prévient CMA CGM. Mais cette menace ne semble pas effrayer l'organisation syndicale, qui persiste et signe. « Les syndicats CGT ont beau relire leur message à la presse, ils n'y trouvent aucune contre vérité. Cette réponse de CMA CGM est étonnante puisqu'à aucun moment les syndicats n'ont pu mettre en cause la confidentialité des véritables mesures de sécurité préconisées par le service de sécurité SSE (intitulées DPA letters) pour une bonne et simple raison, c'est que ces consignes n'ont jamais été en possessions des syndicats, même encore aujourd'hui. Le mécontentement que les bords ont exprimé n'est pas initié par les syndicats CGT mais seulement rapporté par eux suite à la lettre d'un responsable, qui contredit d'ailleurs les DPA letters officielles de la compagnie. Envisager des poursuites envers des syndicats quand ils assument leur rôle de rapporter le mécontentement exprimé par des navigants serait considéré comme une atteinte à leur liberté d'expression. Il n'en faudrait peut-être pas plus pour que le mécontentement se transforme en conflit ».

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