Marine Marchande
Piraterie : les armateurs s’inquiètent des dispositions du Livre Blanc

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Piraterie : les armateurs s’inquiètent des dispositions du Livre Blanc

Marine Marchande

En France, le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale n’a pas que des conséquences sur le monde naval militaire. C’est ce qu’ont voulu rappeler les armateurs, inquiets notamment du traitement du phénomène de la piraterie. Dans un contexte budgétaire que l’on sait déjà tendu, il paraît clair que, même si la lutte contre la piraterie reste une des priorités affichées pour l’action militaire, les moyens qui y seront dévolus ne pourront être augmentés. Ils risquent même d’être diminués. Alors même que les foyers de piraterie se multiplient, notamment dans le golfe de Guinée, et que la pression doit être maintenue au large de la Somalie.


Face à cette baisse prévisible des moyens publics, le secteur du transport maritime rappelle qu’il y a une alternative, la protection privée embarquée. Une possibilité qui existe désormais dans une grande partie des Etats du pavillon mais toujours pas en France. Et sur ce point, le Livre Blanc n’est pas explicite puisqu’il précise seulement que « pour répondre aux besoins de la sécurité du transport maritime, et lorsqu’il n’est pas possible de recourir aux équipes de protection de la Marine Nationale, des solutions appropriées seront étudiées ».


Pas assez pour Armateurs de France : « Force est aujourd’hui de constater que le traitement de cette question dans le Livre Blanc de la Défense est loin de correspondre aux promesses gouvernementales et aux attentes des armateurs français. C’est regrettable car dans un contexte ultra-concurrentiel, la France est le seul pays européen, avec les Pays-Bas, à ne pas autoriser les gardes privés. Les entreprises maritimes françaises perdent des marchés, faute de pouvoir garantir en permanence la protection des navires, des équipages et de leurs cargaisons ». Or selon les chiffres du secteur, un tiers des cas de protection nécessités par des navires français ne peuvent être effectués par les militaires, faute de moyens et d’effectifs.


Pour Raymond Vidil, président d’Armateurs de France, « il n’est plus temps de faire des études car tout a déjà été dit et écrit sur ce sujet depuis deux ans. L'absence de protection sur nos navires fait peser une lourde menace sur notre compétitivité et sur l'avenir du pavillon français. Nous demandons au Gouvernement de tenir ses engagements et espérons que le traitement réservé à la piraterie dans le Livre Blanc n’est pas le signe avant-coureur d’un désengagement de sa part. Il faut maintenant passer des paroles aux actes».

 

On notera qu'au-delà de la possibilité d'embarquer légalement des équipes de protection privées sur les navires de commerce français, demande paraissant légitime dans le contexte actuel, le maintien d'importants moyens navals militaires dédiés à la lutte contre la piraterie demeure fondamental. En effet, les gardes présents sur les bateaux civils n'ont qu'un effet dissuasif et surtout retardateur sur les pirates. En réalité, ces derniers renoncent la plupart du temps à leurs assauts contre des navires protégés de peur d'une intervention des bâtiments militaires présents dans la zone (et qui sont alertés à chaque attaque). Sans la menace que font peser sur eux ces forces navales, les assaillants seraient sans doute bien plus audacieux, ayant notamment le temps de pousser leur action et de harceler les gardes présents à bord des navires.

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