Construction Navale
Piriou prépare la livraison du 300ème et du plus gros bateau de son histoire

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Piriou prépare la livraison du 300ème et du plus gros bateau de son histoire

Construction Navale

Baptisé jeudi dernier à Concarneau, le thonier-senneur Franche Terre se prépare pour de nouveaux essais mer. Après une première sortie pour tester la propulsion, il reprendra le large à la fin du mois pour une série de tests complémentaires. Long de 90 mètres, le Franche Terre, commandé par l'armement réunionnais SAPMER, est le plus gros navire construit par les chantiers Piriou depuis leur création, en 1965. En juin, il sera également le 300ème bateau livré par le groupe. Autant dire que la réalisation de cette très belle unité constitue un vrai symbole pour l'industriel breton, dont le site de Concarneau est actuellement très actif. Ainsi, en plus du France Terre, Piriou achève un crew boat du type Surfer pour BOURBON, ainsi que le huitième et dernier remorqueur portuaire destiné à Boluda, le VB Estérel. En parallèle, la construction du navire roulier amphidrôme de 78 mètres avance bien. Commandée par le Conseil Général de Gironde, cette unité sera livrée à l'été. Le carnet de commandes compte également un palangrier pour Pêche Avenir. Outre les constructions neuves, le développement de l'activité de Piriou dans le domaine de la maintenance est parfaitement illustré actuellement. Le site de Concarneau réalise en ce moment des opérations de maintenance sur un chalutier lorientais et le remorqueur Malabar, de la Marine nationale. Dans le même temps, la refonte à mi-vie de l'Atalante, navire océanographique de l'Ifremer, entre dans sa dernière ligne droite. La plupart de ces bateaux auront néanmoins quitté le sud de la pointe Bretagne dans quelques mois, d'où la nécessité pour le groupe de décrocher de nouveaux contrats.

 Le site Piriou de Concarneau (© PIRIOU)
Le site Piriou de Concarneau (© PIRIOU)

1000 salariés et une implantation dans cinq pays

Actuellement dirigé par Pascal Piriou, le groupe est contrôlé par AXA Private Equity (40%) et Jaccar, la holding personnelle de Jacques de Chateauvieux (président de BOURBON), qui possède aussi 40% du capital. Les dirigeants n'ont, quant à eux, conservé que 20% des parts. Créée en 1965 par Guy et Michel Piriou, deux frères chaudronniers installés sur le port de Concarneau, l'entreprise s'est hissée, derrière Saint-Nazaire, au second rang des chantiers de construction navale civils français, et même à la première place pour la réalisation des navires de pêche. Second groupe civil français de réparation navale, Piriou a réalisé un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros en 2008. L'industriel compte aujourd'hui 1000 salariés, dont 300 dans le Finistère. Il s'est en effet, avec les années, internationalisé. Le groupe est également composé de CNOI (Chantier Naval de l'Océan Indien), installé à l'Ile Maurice et spécialisé dans la construction et réparation navale. Il en va de même pour WAS (West Atlantic Shipyard), au Nigéria, situé au coeur de l'une des plus grandes zones d'activités offshores de la planète. S'appuyant également, en Pologne sur le bureau d'études Seatech Engineering, Piriou compte un dernier chantier, SEAS (South East Asia Shipyards), basé au Vietnam. En tout, les différents sites comptent 43 bateaux dans leur carnet de commandes.

 Le Franche Terre (© PIRIOU)
Le Franche Terre (© PIRIOU)

Le contrat SAPMER : Partage entre la France et le Vietnam

Le Franche Terre illustre bien la politique de développement multidomestique de Piriou, qui fait jouer les synergies entre ses sites. Le thonier de la SAPMER fait, en effet, partie d'une série de trois unités, qui constituent d'ailleurs la plus grosse commande enregistrée jusqu'ici par l'entreprise. Pour ce projet, seule la tête de série est livrée par Concarneau. La coque, assemblée en Pologne, a été remorquée jusqu'en Bretagne en novembre dernier pour achèvement. Les deux autres thoniers sont actuellement en construction chez SEAS. Ce partage entre la France et le Vietnam « entre à la fois dans le cadre du développement stratégique du groupe et apporte la meilleure réponse aux problématiques du projet », estime le groupe. Pour Piriou, cette répartition était impérative. En effet, les trois bateaux ne pouvaient être réalisés en France sans saturer le site, ce qui aurait fait prendre au chantier le risque de refuser le contrat du bac amphidrôme du CG 33 et celui palangrier commandé par Pêche Avenir. Mais la raison est aussi économique. Il y avait, pour Piriou, une « impossibilité de fournir au client un prix attractif comparé à des offres asiatiques internationales moins chères ». Par conséquent, le groupe estime que le risque aurait été important « de voir un client historique majeur comme SAPMER confier ce contrat à un autre chantier en Asie qui, grâce à cette commande, aurait pu devenir un dangereux concurrent sur le marché des thoniers ». Le groupe a donc proposé à l'armement réunionnais de voir réaliser ses trois bateaux sur deux sites, distants de milliers de kilomètres, afin de répondre aux contraintes spatiales et financières. En sécurisant cette commande, Piriou veut démontrer sa volonté de « poursuivre le développement d'un savoir-faire reconnu en matière de conception et d'innovation sur ce type de navires à forte valeur ajoutée ». Il s'agit aussi de « conserver au sein du groupe la maitrise totale de l'ingénierie du projet, contrairement à une construction sous licence par un chantier extérieur au groupe ».
Pour SEAS, qui produit actuellement des unités destinées à l'offshore, la construction des sisterships du Franche Terre constitue, de plus, une commande de lancement qualifiée d' « idéale ». Elle permet en effet à Piriou de renforcer sa présence sur l'océan Pacifique, la plus grande zone thonière au monde.

 Le Franche Terre (© PIRIOU)
Le Franche Terre (© PIRIOU)

Un thonier-senneur innovant

Long de 90 mètres pour une largeur de 14.5 mètres, le Franche Terre sera armé par 38 membres d'équipage. La capacité de sa cale (stockage à sec - 40°C) sera de 1470 m3 et celle de ses cuves (stockage en saumure à -17°C) de 539 m3. Le Franche Terre présente certaines innovations. Ainsi, il est équipé d'un système conçu pour congeler et conserver le thon à - 40°C (-17°C sur les thoniers conventionnels) et permettant une amélioration sensible de la qualité du poisson et donc de sa valorisation. La propulsion est de type diesel électrique et non classique, la ligne d'arbre et l'hélice étant entrainées par deux moteurs électriques. « Ce dispositif permet une souplesse dans la gestion de l'énergie, une maintenance simplifiée et une économie de consommation de carburant d'environ 10% », explique Piriou, qui précise que la vitesse pourra atteindre 17.5 noeuds.
C'est donc une très belle unité que le chantier breton se prépare à livrer à l'un de ses clients historiques, pour lequel il a notamment achevé, en 2001 et 2002, deux palangriers de 55 mètres. Spécialisé sur la pêche dans les eaux des Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF), la SAPMER est présente depuis 60 ans en océan Indien. Il y est devenu un acteur incontournable de la pêche à la langouste et à la légine, des produits de qualité traités à bord de navires congélateurs et exportés dans le monde entier.

 Le Franche Terre (© PIRIOU)
Le Franche Terre (© PIRIOU)

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