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Construction Navale

Reportage

Piriou Réunion : Un nouveau pôle de réparation navale en océan Indien

Construction Navale

Au cœur du Port Ouest, un nouvel atelier de réparation navale a vu le jour à La Réunion cette année. Ouvert en mars dernier, Piriou Réunion a déjà enregistré un beau chiffre d’affaires, « 2 millions d’euros, là où nous tablions sur 1.2 million » dit Vincent Faujour, directeur général du groupe Piriou. La semaine dernière, cette nouvelle implantation du groupe concarnois a été officiellement inaugurée en présence de Laurent Virapoullé, patron de l’armement réunionnais Pêche Avenir et coactionnaire de Piriou Réunion, ainsi que de nombreux clients, acteurs économiques et autorités réunionnaises.

 

Olivier Tainturier, sous préfet de Saint-Paul, Laurent Virapoullé, directeur de Pêche Avenir et Vincent Faujour, directeur général de Piriou (DR)

Olivier Tainturier, sous préfet de Saint-Paul, Laurent Virapoullé, directeur de Pêche Avenir et Vincent Faujour, directeur général de Piriou (DR)

Les conteneurs de 40 pieds et 20 pieds ont été prééquipés pour servir d'ateliers et de bureaux. Ils ont été acheminés en février et étaient opérationnels en mars ( © MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les conteneurs de 40 pieds et 20 pieds ont été prééquipés pour servir d'ateliers et de bureaux. Ils ont été acheminés en février et étaient opérationnels en mars ( © MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Cette structure conteneurisée peut être adaptée à des surfaces plus ou moins grandes (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Cette structure conteneurisée peut être adaptée à des surfaces plus ou moins grandes (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Piriou Réunion, c’est la concrétisation d’une histoire longue de plus de 25 ans », rappelle Vincent Faujour. En 1993,  elle a commencé par la refonte du chalutier Kerguelen de Tremarec (premier bateau à la légine du groupement des Mousquetaires). Ensuite, c’est une longue série de bateaux « réunionnais » qui ont  été construits, refondus ou entretenus par Piriou: les remorqueurs Abeille Mafate, Cilaos et VB Volcan pour les Abeilles puis Boluda, les palangriers Croix du Sud,  Ile Bourbon et Albius de Sapmer, les Cap Horn et Cap Kersaint de Cap Bourbon, l’Ile de la Réunion et le tout nouveau Ile de la Réunion II de Comata, l’Azmina Mascareigne de l’armement des Mascareignes, le Saint-André de Pêche Avenir, mais également le patrouilleur Le Malin et le bâtiment multi-missions (B2M) Champlain de la Marine nationale, ou encore le navire polaire L'Astrolabe...

 

Le palangrier Croix du Sud de Sapmer, jumboïsé en 1999 par Piriou (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le palangrier Croix du Sud de Sapmer, jumboïsé en 1999 par Piriou (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les palangriers Ile de la Réunion et Ile de la Réunion 2, tous deux construits par Piriou (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les palangriers Ile de la Réunion et Ile de la Réunion 2, tous deux construits par Piriou (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le patrouilleur Le Malin (©  FRANCIS JACQUOT)

Le patrouilleur Le Malin (©  FRANCIS JACQUOT)

Le B2M Champlain, livré cette année par Piriou (©  FRANCIS JACQUOT)

Le B2M Champlain, livré cette année par Piriou (©  FRANCIS JACQUOT)

 

« En 2004, Piriou et La Réunion ont manqué un rendez-vous. Guy Piriou voyait comme une évidence l’ouverture d’un chantier ici ». Des difficultés administratives finissent par le décourager et c’est à l’Ile Maurice, au Chantier Naval de l’Ocean Indien, dont il possède 50% du capital depuis 1997,  que le groupe Piriou centralise sa présence dans la région. Aujourd’hui, c’est CNOI, dont Piriou a revendu sa participation en 2011, qui domine très largement le marché de la réparation navale de l’océan Indien. En face de lui, peu de concurrents : un chantier à Madagascar et, beaucoup plus loin, les Sud-africains.

« Un enjeu majeur » pour l'économie locale

« Il y a un véritable manque à gagner pour la Réunion », souligne Olivier Tainturier, sous-préfet de Saint-Paul venu représenter les autorités étatiques. « Aujourd’hui, le secteur maritime de La Réunion souffre de l’absence d’un pôle de réparation navale, ce qui grève son développement. Les navires de plus de 30 mètres ne peuvent y être entretenus, la situation monopolistique de CNOI induit des prix élevés pour ceux qui doivent s’y rendre. L’ouverture d’une nouvelle structure de réparation navale sur notre île est crucial et un enjeu majeur, c’est l’avenir des activités maritimes de la Réunion qui s’y joue », martèle-t-il.

Aujourd’hui Piriou Réunion, c’est un atelier de 500 m2 à proximité du slipway du Grand Port Maritime de la Réunion. Ce dernier, en attente de travaux de modernisation, peut soulever des bateaux de 600 tonnes. Suffisant pour les « petites » unités de pêche qui sont hissées sur l’une des cinq voies sur lesquelles interviennent les équipes de Piriou. Actuellement, ce sont une partie des « bateaux chinois » qui y sont en rénovation. Cette flottille de six palangriers de 24 mètres était arrivée à La Réunion en provenance des chantiers chinois Fujian en 2007. Les structures coopératives les exploitant accumulent les difficultés et finissent par être liquidées. Abandonnés à quai depuis 2009, ils ont été rachetés par Pêche Avenir, l’armement de Laurent Virapoullé. « Grâce à la création de Piriou Réunion, à laquelle nous participons, nous allons pouvoir créer une toute nouvelle filière de pêche palangrière pélagique. Cette implantation était absolument nécessaire à notre stratégie de développement », souligne l’armateur qui met également en avant une « filière très créatrice d’emplois. Il n’y a actuellement pas d’autre projet dans le domaine de l’économie bleue à La Réunion. En plus d’une centaines de salariés directs, elle va créer un flux d’affaires sur le port : en plus de notre flotte, on pourra aussi capter une partie des navires qui croisent dans l’océan Indien ».

 

Un des palangriers chinois de Pêche Avenir, sur une des cinq voies de Piriou Réunion. Le slipway les dessert. (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un des palangriers chinois de Pêche Avenir, sur une des cinq voies de Piriou Réunion. Le slipway les dessert. (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Projet de dock flottant pour entretenir les plus grands navires

Si les installations actuelles conviennent bien aux petits bateaux, elles ne permettent pas, en revanche, de « traiter » les palangriers australs ou les unités « réunionnaises » de la Marine nationale. D’où l’idée de Piriou d’installer un dock flottant dans le bassin voisin, juste en face de l’ancien terminal céréalier. Une installation de 120 mètres de long, déjà identifiée sur le marché, qui permettrait d’entretenir toute la flotte locale, à l’exception du Marion Dufresne. Un projet qui a reçu le soutien de nombreux acteurs économiques et étatiques et du Grand Port Maritime de la Réunion. Mais qui pourrait bien se heurter à un autre obstacle administratif. La commune voisine du Port pourrait avoir d’autres projets, notamment le développement des capacités d'accueil de bateaux de plaisance, qui pourrait impacter l’implantation du dock flottant. Les négociations sont en cours, et du côté de Piriou, on espère en voir rapidement le bout. Histoire de ne pas rater ce deuxième rendez-vous avec La Réunion.

 

Piriou