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Plaisance : Ce qui a changé en dix ans

2008-2018. Dix ans après la crise de 2008, comment se porte le marché de la plaisance ? En quoi est-il différent de celui de 2008, quelles leçons peut-on tirer de la crise ? Revue de détail à l’occasion de l’ouverture du Nautic, Porte de Versailles, à Paris.

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Des chiffres en trompe-l’œil. C’est un fait. L’ensemble de la filière nautique a retrouvé un volume d’affaires équivalent à celui de 2008, à 4,8 milliards d’euros. L’occasion pour Yves Lyon-Caen, président de la Fédération des industries nautiques (FIN), de saluer les bons résultats des marques françaises à l’export (816 Me). C’est oublier un peu vite l’effondrement du marché intérieur qui ne représente plus qu’un bateau sur quatre. En l’espace de dix ans, les immatriculations de bateaux neufs ont été divisées par deux (12 585 unités), et le montant des ventes a baissé de 38 % (270 M€).

Le moteur démocratise le marché. Sur la même période, la part des bateaux à moteur a encore grignoté quelques points pour s’établir à 76 %. Autrement dit, trois bateaux neufs sur quatre sont à moteur. Le timonier ou le pêche-plaisance reste une valeur sûre, tandis que les coques open ont tendance à marquer le pas face aux semi-rigides. Performants et faciles d’usage, ces derniers séduisent surtout pour leur faible coût d’entretien, et l’absence de frais d’anneau. Un succès qui ne se dément pas, confirme Yves Therville (MB Marine) au Crouesty (56) : « Pour un bateau vendu, ce sont trois pneumatiques immatriculés ! ».

Le voilier pour les purs et durs. Entre 2007 et 2017, les ventes de voiliers neufs ont baissé de 46 %. Elles ont toutefois généré un volume de transaction de 160 millions d’euros sur le marché intérieur. Il faut y voir le résultat de la demande toujours soutenue des sociétés de location sur les grosses unités mais aussi un renouvellement accéléré par une clientèle de passionnés qui monte en gamme. « Le gros de nos ventes de voiliers se fait surtout sur des unités de 12 m au lieu de 9-10 m auparavant », indique Yann Fercot, responsable commercial chez Marine West (Port-la-Forêt, Lorient).

Une clientèle plus exigeante. « En dix ans, la clientèle est devenue beaucoup plus pointue, témoigne Marc Hennequin (Jet Marine). À la recherche d’une configuration précise plutôt qu’un prix, le client sait ce qu’il veut. À nous de répondre à ses exigences ». Pour Charlotte Marijon (Ocqueteau), le critère déterminant, c’est la nouveauté. « Les gens ont besoin de se dire qu’ils ont un bateau différent ».

Le boom de la location. « L’usage plutôt que la propriété ! ». C’est le credo des plateformes de location qui se rêvent en Airbnb de la plaisance. Inexistantes il y a dix ans, elles s’appellent Click and boat, Samboat ou Globesailor, et revendiquent déjà des dizaines de milliers de bateaux disponibles à la location. La « plaisance 2.0 » vise les 89 000 Français qui ont passé leur permis en 2016. Un enjeu qui n’a pas échappé à Bénéteau qui vient de mettre la main sur le Nantais Heycaptain, via sa filiale Band of boats.

Le marché de l’occasion dope l’entretien et l’équipement. Redoutant un phénomène « d’ubérisation » de la plaisance, nombre de professionnels se sont recentrés sur le marché de l’occasion, cinq fois plus lourd en volume (61 783 unités). Il suffit de constater l’ampleur prise par le Mille Sabords au Crouesty. À Arzon, Yves Therville (MB Marine) évoque d’ailleurs une édition 2018 « exceptionnelle ». De quoi doper l’activité entretien et réparation, mais aussi la vente d’équipements (accastillage, électronique, sécurité). Constat partagé sur la côte Nord, par Philippe Rouxel qui se félicite de l’émergence d’une nouvelle clientèle en provenance de Croatie, Pologne ou Roumanie, malgré une nuance de taille : « Le marché anglais s’est littéralement volatilisé depuis deux ans sous l’effet du Brexit ».

Un article de la rédaction du Télégramme