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Plan de relance : pas une commande de bateau gris supplémentaire

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Plan de relance : pas une commande de bateau gris supplémentaire

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C’est la douche froide pour le Groupement des Industries de Construction et Activités Navales (GICAN), et plus particulièrement pour ses membres impliqués dans le secteur militaire, qui espéraient bénéficier du plan de relance de l’économie française. Dans le cadre des travaux préparatoires initiés ces derniers mois à la demande du gouvernement pour identifier les besoins d’aide, le GICAN avait remis un projet comprenant une cinquantaine de propositions. Un projet axé autour de la commande de navires étatiques, du renforcement de la R&D en faveur de l’innovation, ou encore du développement de l’emploi et des compétences. Sur le haut de la pile, il y avait la demande d’accélérer un certain nombre de programmes destinés à la Marine nationale : frégates patrouilleurs, vedettes, guerre des mines, unités amphibies, bâtiments hydro-océanographiques…

Mais à ce stade le gouvernement n’a rien cédé sur le calendrier des programmes prévus par l’actuelle loi de programmation militaire, qui couvre la période 2019-2025. Alors que les moyens financiers du ministère des Armées ont été renforcés ces dernières années, l’Etat semble en effet considérer que, pour le moment, le niveau d’activité des chantiers navals français est suffisant et que d’autres secteurs, bien plus malmenés par la crise consécutive à la pandémie, sont aujourd’hui prioritaires. On notera d’ailleurs que cela vaut aussi pour les autres composantes de l’industrie militaire française, le plan de relance présenté hier n’intégrant pour les armées que les mesures déjà annoncées en juin dans le cadre du plan de soutien d’urgence au secteur aéronautique. Pour mémoire ce dernier ne comprend aucun projet nouveau mais la commande anticipée d’hélicoptères (8 Caracal pour l’armée de l’Air, 10 EC160 pour la Gendarmerie nationale et 2 EC145 pour la Sécurité civile) et de drones navals : un second prototype de VSR700 dans le cadre du programme SDAM (système de drone aérien pour la marine) et la commande d’environ 25 systèmes de mini-drone marine (SMDM) basés sur le DVF 2000 Aliaca. L’ensemble représente une enveloppe de 832 millions d’euros.

Pour autant, la défense n’est certainement pas la laissée pour compte de l’industrie française, l’Etat y consentant déjà un effort considérable, avec rien que pour les quatre prochaines années un investissement quasiment équivalent à l’ensemble du plan de relance de l’économie française. C’est ce qu’a rappelé hier le ministère des Armées, par la voix d’Hervé Grandjean, conseiller de Florence Parly pour les affaires industrielles : « Loin d’être lésé, le ministère des Armées dispose d’un budget de 110 milliards d’euros d’investissement pour les années 2019-2023 dans le cadre de la Loi de programmation militaire ». Des actions d’urgence ont cependant été mises en œuvre auprès des sociétés de la base industrielle et technologique de défense (BITD) réellement fragilisées par la crise, notamment des PME, pour les aider à passer cette période difficile. Il s’agit d’aides générales (financement à court terme de la trésorerie avec les prêts garantis par l’Etat) ou spécifiques au ministère (commandes anticipées d’équipements ou commandes de prestations, attribution de subventions via le soutien à l’innovation, recapitalisations de PME via par exemple le fonds d’investissement Def’Invest…)

Les entreprise de la défense, dont celle du naval, vont bénéficier de toutes les mesures transverses du plan de relance, comme les aides fiscales en faveur de la compétitivité ou encore en faveur de la formation professionnelle.

Concernant l’industrie navale et maritime en général, au sein de laquelle les activités civiles pèsent aussi lourd que le militaire, il en sera de même. Même si, pour l’heure, le plan de relance de l’économie ne flèche directement que 250 « petits » millions d’euros vers la mer, ce secteur bénéficiera comme les autres des mesures transverses. Mais le GICAN, lui, continue d’espérer un plan sectoriel.  « Le plan de relance proposé par le GICAN, et la Filière des Industriels de la Mer, met en avant le besoin d’une relance par la commande, pour des navires et équipements civils et militaires, mais aussi par l’offre et l’innovation, grâce notamment à une montée en puissance et une accélération des financements publics d'investissement labellisés par le CORIMER, pour accélérer en priorité sur le verdissement et la transition numérique des navires. Le plan de relance proposé ce jour par le gouvernement doit permettre de consolider la filière française et européenne et favoriser la résilience et la souveraineté, par la relocalisation de certaines activités et le développement de l’emploi industriel », a déclaré hier le président du GICAN, Hervé Guillou.

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