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Plastic Odyssey : Lancement du prototype du navire qui carbure aux déchets plastiques

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Plastic Odyssey : Lancement du prototype du navire qui carbure aux déchets plastiques

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Vendredi 15 juin, dans les locaux du « Fonds Explore Roland Jourdain » à Concarneau, c’était ce que les start-up appellent dans leur jargon « La preuve de concept ». Une manière très rationnelle de prouver qu’une idée peut déboucher sur une vraie réalisation économique viable. Et c’est justement ce que la structure Plastic Odyssey, hébergée au Fonds Explore et fondée par Simon Bernard, Alexandre Dechelotte, Bob Vrignaud et Benjamin de Molliens a montré hier. Cette preuve de concept a fait mouche devant un parterre non négligeable d’élus et de personnalités conduit par la secrétaire d’État du Ministère de la Transition écologique et solidaire Brune Poirson.

Travailler en amont car après c’est trop tard

Depuis déjà une bonne année - mais l’idée est plus ancienne -, les quatre jeunes de 24 ans à 32 ans, officiers de la marine ou ingénieurs, ont constaté que la quantité de déchets plastiques était une véritable plaie pour le monde et l’avenir. Surtout en mer car ces déchets qui s’accumulent entre deux eaux sont très difficilement récupérables. L’idée de Plastic Odyssey était de travailler en amont, avant que les déchets ne soient jetés d’une manière ou d’une autre, avant qu’ils ne se retrouvent en mer, formant peu à peu ce septième continent qui évolue - et pollue - les océans. Surtout ceux qui baignent le littoral des pays émergents comme l’Afrique, l’Amérique du Sud ou encore l’Asie. « L’idéal étant de travailler en amont et réutilisant le plastique », résumait en substance Simon Bernard.

« Innovation frugale »

Certes, des usines de retraitement des déchets plastiques existent déjà. Mais elles sont budgétivores, donc inaccessibles aux pays émergents. Dans la logique de la récupération des déchets plastiques, Plastic Odyssey a travaillé sous un autre angle : développer un système de petites unités de retraitement des plastiques avec des moyens simples et peu coûteux : « en Innovation frugale », comme le disait Simon Bernard.

Du tri au carburant du navire

La chaîne de petites machines a montré que toutes les étapes techniques étaient franchies pour trier convenablement les différents plastiques, les transformer en granulés, les réutiliser en grande partie pour faire de nouveau objets. Et surtout utiliser les plastiques non recyclables pour fabriquer du carburant ou du gaz. De quoi surprendre et interroger le parterre des officiels. Et surtout de quoi les enthousiasmer en raison de la portée environnementale et humaine de ce projet.

Ulysse le proto

Un peu de théorie et de la pratique aussi avec, à la suite, le baptême du bateau prototype qui avait à son bord cette chaîne d’innovation frugale. Installé à l’avant du petit catamaran, le bloc technique est finalement aussi peu imposant qu’efficace. La secrétaire d’État aidée par Bilou, parrain du navire et qui, par son fonds Explore soutient le projet de Plastic Odyssey, a baptisé ce prototype qui prouve que le concept marche.

 

(DROITS RESERVES)

(DROITS RESERVES)

 

Ulysse et son grand voyage

La Phase 1 est achevée. La construction du grand catamaran de 25 m, « Ulysse », va débuter. En 2020, ce navire partira pour trois ans, et essaimera ce système frugal - et « en open source donc reproductible gratuitement » -, sur les côtes des pays émergents. Histoire de créer de la main-d’œuvre locale, de recycler à la source les plastiques avant leur polluante noyade et de fabriquer du carburant utilisable localement. Ce principe d’économie solidaire a été salué par la secrétaire d’État qui parlait d’un « projet extraordinaire », disait « un immense merci » à Plastic Odyssey et l’assurait de son soutien. Elle a rappelé que l’objectif était d’utiliser 100 % de plastiques recyclées en 2020 et que la feuille de route de l’économie circulaire était déjà tracée avec quelques nouvelles à venir… En effet selon une décision d’août 2016, la vaisselle plastique jetable sera progressivement interdite à partir de 2020.

À partir de 2020, la vaisselle plastique jetable sera progressivement interdite.

Ce vendredi sur le port du Moros, tout le monde a entendu la Secrétaire d’État dire : « nous sommes tous dans le même bateau mais le cap n’est pas bon » et faire l’éloge de ce projet innovant « porteur d’espoir pour l’avenir de la planète ». Christian Courtin-Clarins, propriétaire du groupe de cosmétique, et « soutien de Plastic Odyssey depuis le début », a résumé en reprenant cette maxime attribuée à Saint-Exupéry : « On n’hérite pas la terre de nos parents ; on l’emprunte à nos enfants ».


Un article de la rédaction du Télégramme