Science et Environnement
Plastic Odyssey cherche un navire pour un tour du monde

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Plastic Odyssey cherche un navire pour un tour du monde

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Plastic Odyssey passe à la vitesse supérieure. Le projet visant à réduire la pollution plastique grâce à des technologies low-tech et open-source est à la recherche d'un navire d'exploration. Objectif : réaliser un tour du monde de trois ans, à commencer fin 2020, pour notamment implanter des petites unités de recyclage dans des zones particulièrement touchées.

L’équipe, qui compte une dizaine de personnes, est en quête d’un bateau de travail d’environ 35 mètres, robuste et consommant peu de diesel, qui devra être transformé pour embarquer les machines. Une quinzaine de membres d'équipages seront embarqués. Simon Bernard, responsable de l’expédition, espère finaliser l’opération très prochainement.

Pour financer son périple, Plastic Odyssey a recours à du sponsoring, « comme la course au large », explique-t-il. « C’est le modèle de tous ces projets d’exploration qui ne cherchent pas forcément à faire du profit, mais à explorer de nouvelles manières d’innover ».

Ainsi, après Clarins, la Matmut est devenue le deuxième sponsor officiel de Plastic Odyssey. Le premier partenaire principal sera dévoilé le 8 juin à l’occasion de la journée mondiale de l’Océan. D'autres grands groupes pourraient rapidement rejoindre l’aventure. Aujourd’hui, selon Simon Bernard, environ la moitié du budget global de 10 millions d’euros sur cinq ans a été trouvé.

Encourager le recyclage

Le projet Plastic Odyssey a germé dans son esprit, alors qu’il était encore étudiant à l’Ecole nationale supérieure maritime pour devenir ingénieur-officier de la marine marchande. Il participe à l’expédition Nomade des mers. De passage à Dakar, il constate par lui-même l’immense quantité de plastique déversée à la mer. On l'estime à « 19 tonnes par minute » dans le monde. Passionné par les questions environnementales, il recherche des solutions.

Plutôt que de ramasser le plastique en mer, Plastic Odyssey veut contribuer à arrêter cette pollution en favorisant le recyclage à terre. Car, si une partie flotte à la surface, souvent sous forme de particules, la majorité coule. Ainsi, il y aurait « 200 à 300.000 tonnes maximum de plastique à la surface, contre 80 millions de tonnes dans les océans », explique-t-il.

Le projet vise donc à « rendre accessible un système industriel au plus grand monde pour traiter du plastique. Si on arrive à construire des petits centres de recyclage à bas coût, on va pouvoir créer des économies locales et faire en sorte que des gens puissent vivre grâce au plastique et donc éviter la pollution ». Reste à inventer des outils peu chers, en open source, et permettant de récupérer le plastique pour le valoriser.

Déjà, le 15 juin 2018, Plastic Odyssey a baptisé Ulysse. Ce catamaran de 6 mètres utilise du plastique comme combustible. Grâce à un petit prototype de pyrolyse, le vieux plastique est transformé en carburant à bord. Pour en faire la promotion, le prototype a fait le tour de France.

 

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(©  PLASTIC ODYSSEY)

 

Propulsé par du plastique

Maintenant, Plastic Odyssey veut changer de braquet avec un bateau ambassadeur, pensé comme « une sorte de Calypso du plastique », résume à gros traits Simon Bernard. Il réalisera un tour du monde par la Méditerranée, l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique du Sud, les Caraïbes, la Polynésie, l’Asie du Sud-Est et du Sud, Madagascar, l’Afrique du Sud, avant de regagner l’Europe en longeant l’ouest de l’Afrique. Des escales de quelques jours à plusieurs semaines sont prévues sur des « hot spots » de la pollution plastique.

 

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(©  PLASTIC ODYSSEY)

 

Ce navire, qui pourrait être aménagé avec des déchets venant de refits de yachts, sera largement propulsé, sinon à 100%, par du carburant issu du recyclage de plastiques. Ils devraient être récupérés à chaque escale et traités à bord du bateau. Ainsi, le navire pourra mener des missions pédagogiques visant à la réduction d’usage de plastique, mais aussi faire office de « démonstrateur » pour promouvoir le recyclage et les machines mises au point par Plastic Odyssey.

Quelles sont-elles ? D’abord, un capteur de tri avec une machine de spectroscopie infrarouge pour trier les plastiques, car « un tas de déchets triés a de la valeur », explique Simon Bernard. « Normalement, un appareil portable (de spectroscopie) coûte 15.000 euros. Nous essayons d’en faire un pour 100 euros », permettant d’avoir un usage basique. Les composés seront achetables sur Internet et les plans disponibles en ligne gratuitement.

Ensuite, Plastic Odyssey a développé une extrudeuse pour fondre le plastique afin de le recycler. La machine se présente comme une vis permettant d’acheminer des copeaux de plastique dans un tube chauffé. La pâte de plastique fondue peut ensuite être moulée pour réaliser des objets de construction (planches, tubes..).

Enfin, une partie du plastique qui ne serait pas recyclé peut être transformée en carburant par pyrolyse. « C’est la meilleure option quand on ne peut rien faire d’autre ».

Anthropologie

Mais ce n’est pas tout. Plastic Odyssey intègre un volet anthropologique. « On s’est rendu compte que c’est bien de trouver des solutions techniques, mais si elles ne sont pas utilisées sur place parce que la culture est différente, parce que les modes de vie ne sont pas les mêmes, ça ne sert à rien ». L’équipe travaille avec des anthropotechnologues, notamment Philippe Geslin (ethnologue, professeur à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale) : « Leur spécialité, c’est d’aller trouver des solutions techniques qui fonctionnent socialement pour être vraiment utilisées sur place, car correspondant aux codes et usages ». L’un d’entre eux pourrait être embarqué, car « je pense que vraiment prendre en compte le facteur humain dans les problèmes qu’on doit résoudre aujourd’hui, c’est ce qui fait la différence entre ce qui marche et ce qui ne marche pas ».