Construction Navale
Plombé par les ferries, Aker Yards envisage de céder sa branche offshore

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Plombé par les ferries, Aker Yards envisage de céder sa branche offshore

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L'action Aker Yards a dévissé de plus de 25%, hier, à la bourse d'Oslo, en Norvège. Ce plongeon est la conséquence des difficultés annoncées dans la matinée par le groupe de construction navale, qui ne parvient toujours pas à redresser la barre de son activité ferries, implantée en Finlande. Les sites concernés semblent confrontés à plusieurs problèmes. Ils doivent tout d'abord faire face au manque de main d'oeuvre qualifiée et à une certaine perte de compétences due aux nombreux départs en retraite. Par ailleurs, les chantiers finlandais souffriraient d'un problème d'organisation, tout en ayant sans doute accepté plus de commandes qu'ils ne pouvaient finalement en traiter. Dans le même temps, il convient de noter que nombre des ferries réalisés à Helsinki et Rauma sont des prototypes, ce qui ne facilite pas l'optimisation de l'outil industriel. Conséquence : les retards, annoncés depuis juin dernier, s'accumulent, alors qu'Aker Yards a confirmé hier un nouvel étalement du planning de livraison de plusieurs ferries. Certains navires seront achevés avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois de retard. Selon le groupe : « Suite à ces décalages de livraisons, la rentabilité des projets a été revue et les résultats 2007 et 2008 seront impactés ». Au quatrième trimestre, les chantiers finlandais ont enregistré 49 millions d'euros de pertes. Cette très mauvaise performance va réduire le résultat net annuel de l'ensemble du groupe à environ 44 millions d'euros, soit près de trois fois moins qu'en 2006.
La situation est d'autant plus inquiétante que, par effet de ricochet, l'activité croisière est également touchée en Finlande. Or, Turku, qui doit livrer le troisième et dernier paquebot de la classe Freedom of the Seas (158.000 tonneaux) en avril, doit mobiliser toutes ses énergies et s'appuyer sur ses voisins pour mener à bien le projet Genesis. Challenge technique et industriel, ce mastodonte de 220.000 tonneaux, dont la mise sur cale est intervenue la semaine dernière, sera, et de loin, le plus gros navire de croisière jamais construit. Aker Finnyards n'a que deux ans pour achever ce géant, livrable fin 2009.

Vers une cession de la division Offshore ?

En plus des difficultés de la division Cruise & Ferries, dans laquelle seul le site de Saint-Nazaire semble tirer son épingle du jeu, Aker Yards s'interroge sur l'avenir de sa branche dédiée à l'offshore et aux navires spécialisés. Pour le groupe, une éventuelle cession permettrait d'améliorer la valeur des titres et des dividendes pour les actionnaires. « Afin d'améliorer la valeur pour les actionnaires, le conseil d'administration a décidé d'évaluer la possibilité de séparer la branche d'activité Navires Offshore et Navires Spécialisés. Plusieurs possibilités seront étudiées, parmi lesquelles celle de la céder à des actionnaires existants, celle d'une entrée en bourse séparée, ou d'autres alternatives qui seraient attractives pour les actionnaires », souligne le constructeur.
Les chantiers concernés se situent en Norvège mais aussi en Roumanie, où Tulcea et Bralia réalisent les coques des bateaux. Un nouveau site, en cours de construction au Vietnam, est également dédié à ce secteur surfant sur l'essor des services à l'offshore pétrolier et gazier. La division Offshore et Navires Spécialisés regroupe la majorité des navires inscrits dans le carnet de commandes du groupe. Celui-ci dépasse actuellement 150 unités. En terme de valeur, c'est néanmoins la branche Croisières et Ferries qui dégage le chiffre d'affaires le plus important. Ainsi, le seul chantier de Saint-Nazaire réalise 30% du chiffre d'affaires total d'Aker Yards. L'industriel européen compte, par ailleurs, une troisième branche, dédiée à la réalisation de navires marchands.
C'est donc fragilisé que le groupe, basé à Oslo, doit faire face à l'arrivée dans son capital du Sud-Coréen STX Shipbuilding, propriétaire de 39.2% de son capital depuis octobre. Toutefois, certains observateurs estiment que, derrière la cession de la division Offshore, des intérêts nationaux pourrait être à la manoeuvre. Les chantiers norvégiens faisant tous partie de cette division, la question est de savoir si les Norvégiens ne se prépareraient pas à sauver leurs meubles des griffes coréennes (*).
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(*) Voir notre article sur l'évolution du dossier coréen

Meyer Turku (ex-STX FINLAND)