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Plongée dans les archives : 1978, le Lynx débarque à Saint-Mandrier
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Plongée dans les archives : 1978, le Lynx débarque à Saint-Mandrier

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Nouvelle plongée dans les archives photographiques de Jean-Louis Venne. Avec aujourd’hui un clin d’œil historique à l’hélicoptère Lynx, au moment où celui-ci s’apprête à tirer sa révérence dans l’aéronautique navale française. Les derniers exemplaires encore en service prendront en effet leur retraite à la fin de cet été. Les photos illustrant cet article nous ramènent 42 ans plus tôt, en mars 1978, alors que cette machine flambante neuve se posait pour la première fois sur la piste de la base d’aéronautique navale de Saint-Mandrier, dans la rade de Toulon. Les nouveaux Lynx allaient y remplacer l’année suivante les vénérables HSS de la flottille 31F. Ce Lynx, le n°262, n’était pas encore opérationnel et s’il portait déjà la livrée de l’époque de l’aéronautique navale, n’avait pas encore son flocage « MARINE » sur la queue. Cette première visite avait en fait vocation à présenter le nouvel hélicoptère au personnel de la flottille, dont les techniciens qui seraient bientôt chargés de sa maintenance.

 

 

Première visite du Lynx à Saint-Mandrier avec un vol de trois HSS (© JEAN-LOUIS VENNE

Première visite du Lynx à Saint-Mandrier avec un vol de trois HSS (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le WG-13 Lynx est né d’une coopération franco-britannique initiée à la fin des années 60 afin de répondre à des applications maritimes et terrestres : lutte anti-sous-marine, antinavire et antichar, déploiement de troupes et de forces spéciales, sauvetage et assaut en mer, logistique… Produit par Westland, le prototype réalise son premier vol en 1971 et, alors que la mise au point se révèle longue et compliquée, les appareils de série commencent à entrer en service en 1977 dans les forces terrestres et navales britanniques. En France, seule la Marine nationale se dote de cette machine pour les besoins de ses frégates anti-sous-marines de nouvelle génération, les F67 et F70. Le Lynx est livré à partir de septembre 1978 à l’aéronautique navale et est opérationnel courant 1979, année où entre en service le Georges Leygues, tête de série des sept frégates (on dit alors corvettes) du type F70 ASM, qui suivent les trois F67 (Tourville, Duguay-Trouin, De Grasse) entrées en flotte entre 1974 et 1977. Chaque bâtiment de ces deux classes est conçu pour embarquer deux hélicoptères.  

 

L'ancienne frégate Tourville (© JEAN-LOUIS VENNE

L'ancienne frégate Tourville (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'ancienne frégate De Grasse (© MICHEL FLOCH

L'ancienne frégate De Grasse (© MICHEL FLOCH)

L'ancienne frégate Georges Leygues (© MICHEL FLOCH)

L'ancienne frégate Georges Leygues (© MICHEL FLOCH)

Lynx sur le Latouche-Tréville (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lynx sur le Latouche-Tréville (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le tandem Lynx/F67-F70 constitue à l’époque une petite révolution puisque les frégates disposent non seulement de puissants moyens de détection sous-marine, dont un sonar remorqué à immersion variable pouvant être immergé jusqu’à 700 mètres de profondeur (concept développé avec succès pour les anciens escorteurs d’escadre ASM), mais bénéficient avec ces nouveaux hélicoptères d’un moyen de détection et d’attaque à distance des sous-marins adverses. Avec des capacités sans commune mesure par rapport aux anciens HSS (voir notre reportage sur la frégate Latouche-Tréville).

Doté d’un radar ORB-31, d’un sonar trempé DUAV-4 et pouvant embarquer deux torpilles Mk 46, le Lynx est un appareil puissant, équipé de deux turbines Rolls-Royce BS 360 de 1130 cv chacune. Il peut voler à 150 nœuds, dispose d’une autonomie de 2H30 et peut tenir des stations sonar quand les conditions météorologiques sont difficiles. En plus de son sonar trempé, le Lynx peut aussi déployer des bouées acoustiques. Il est également équipé d'un treuil pour les hélitreuillages de personnel ou les missions de secours en mer. 

 

 

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

 

Pour sa mise en œuvre sur frégates et la sécurisation des manœuvres d’appontage, en particulier quand la mer est mauvaise, il est équipé d’un harpon qui vient se fixer dans la grille intégrée sur la plateforme hélicoptère des bâtiments. Pendant une quinzaine d’années, les Lynx de la marine française ont également une vocation antinavire, puisqu’ils peuvent emporter le missile AS-12 (les britanniques mettant en oeuvre le Sea Skua). Mais ce missile français est retiré du service en 1995 (cette capacité sera retrouvée avec le nouveau missile antinavire léger franco-britannique ANL/Sea Venom qui équipera les futurs Guépard Marine français et avant eux les Wildcat de la Royal Navy).

 

Lynx britannique tirant un missile Sea Skua (© ROYAL NAVY)

Lynx britannique tirant un missile Sea Skua (© ROYAL NAVY)

 

En tout, une quarantaine de Lynx furent livrés à la Marine nationale, qui les arma essentiellement au sein des flottilles 31F (Saint-Mandrier puis Hyères à partir de 2003) et 34F (Lanvéoc-Poulmic), l’appareil passant aussi, dans une moindre mesure, au sein d’autres formations, comme la 35F dans les années 80 (avant l’arrivée des Dauphin à partir de 1990) et le Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale (CEPA/10S).

Mise en sommeil en 2010, la 31F est réactivée en octobre 2012 et équipée des nouveaux Caïman Marine, la version française du NH90 NFH qui succède aux Super Frelon (retiré en 2010) et aux Lynx. Ces derniers ne sont plus mis en œuvre dans leur rôle d’hélicoptères embarqués que dans la 34F, au sein de laquelle ils sont regroupés. A cette époque, la petite vingtaine de machines survivantes est pour l'essentiel stationnée en Bretagne, où se concentrent les frégates du type F70 ASM les plus récentes. Des détachements de Lynx de la 34F officient cependant depuis Hyères jusqu’au désarmement des dernières F70 ASM basées à Toulon, les Montcalm et Jean de Vienne en 2017/2018.

 

Lynx sur le Montcalm (© MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

Lynx sur le Montcalm (© MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

(© MICHEL FLOCH)

(© MICHEL FLOCH)

 

Fin 2019, il ne restait plus que 10 Lynx en ligne, 9 étant affectés à la flottille 34F à Lanvéoc-Poulmic et un autre au CEPA/10S à Hyères. Jusqu’au dernier moment, ils continueront de voler et à embarquer sur les deux ultimes frégates anti-sous-marines brestoises du type F70, les La Motte-Picquet et Latouche-Tréville. La première a récemment achevé son ultime mission opérationnelle et va être retirée du service. Quant à la seconde, qui a tenu 100 jours d’alerte ASM depuis le 1er décembre 2019, elle tirera sa révérence d’ici 2022 et sera remplacée par la frégate multi-missions Auvergne, actuellement basée à Toulon et qui doit être transférée à Brest à cette échéance. Le Latouche-Tréville est donc appelé à vivre sa dernière année et demi de carrière sans hélicoptère. Une ultime sortie du vieux tandem F70/Lynx est prévue à la fin de l’été.

Le renouvellement des Lynx sera pour sa part achevé en 2021 avec la livraison des 4 derniers Caïman Marine, dont 23 sont actuellement opérés dans les flottilles 31F et 33F sur les 27 commandés. Quant au CEPA/10S, après le retrait des Lynx, il n'aura plus de machine attitrée.

 

Le nouveau Wildcat britannique (© ROYAL NAVY)

Le nouveau Wildcat britannique (© ROYAL NAVY)

 

L’histoire du Lynx ne s’achève cependant pas avec sa sortie de la flotte française. Cette machine, produite à plus de 400 exemplaires, a connu un beau succès à l’export, une quinzaine de pays en faisant l’acquisition en plus du Royaume-Uni et de la France. Des appareils sortis dans différentes versions alors que le Lynx a régulièrement fait l’objet d’évolutions et de rénovations. De nouveaux modèles profondément modernisés ont même vu le jour, comme les Super Lynx 300 livrés à l’Algérie il y a quelques années. Dans la foulée, AugustaWestland a mené à bien le programme AW159 Wildcat, qui a vu le développement d’une nouvelle génération de Lynx appelée à succéder à son vieil aîné dans les forces britanniques, notamment pour les missions de lutte ASM et antinavire. Une machine commandée à 62 exemplaires par le Royaume-Uni, dont 28 pour la Royal Navy qui en a pris livraison entre 2014 et 2016 (les derniers Lynx de première génération de la Fleet Air Arm étant retirés du service en 2017). Plusieurs pays ont par ailleurs adopté le Wildcat (Algérie, Corée du Sud et Philippines). La famille Lynx va donc continuer de voler très longtemps encore au-dessus des mers du monde entier.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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