Histoire Navale
Plongée dans les archives : la démolition du porte-avions Arromanches en 1978-79
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Plongée dans les archives : la démolition du porte-avions Arromanches en 1978-79

Histoire Navale

Nouvelle plongée dans les archives avec, aujourd’hui, le démantèlement de l’ancien porte-avions Arromanches il y a plus de 40 ans à La Seyne-sur-Mer.

 

L'Arromanches, ici en rade de Toulon en 1972 (© GIORGIO ARRA)

L'Arromanches, ici en rade de Toulon en 1972 (© GIORGIO ARRA)

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Ce bâtiment est pour mémoire l’ex-HMS Colossus, un ancien porte-avions léger britannique lancé en septembre 1943 et mis en service en décembre 1944. Arrivé après la fin des hostilités en Europe, il achève la guerre dans le Pacifique contre le Japon. Le HMS Colossus la tête de série d’une classe de 10 unités dont quatre ont connu une seconde vie dans des marines étrangères. Le HMS Venerable deviendra le Karel Doorman néerlandais de 1948 à 1968, puis sera transféré à l’Argentine et rebaptisé Veinticinco de Mayo (sa démolition n’interviendra qu’en 1999). Une seconde unité de ce type, le HMS Warrior, sert dans la marine argentine de 1958 à 1971 sous le nom d’Independencia. Quant au HMS Vengeance, il sera brièvement armé, de 1952 à 1955, par la flotte australienne, avant d’être vendu au Brésil où il sert de 1960 à 2001 sous le nom de Minas Gerais.

C’est le HMS Colossus qui est le premier de sa classe à quitter la Royal Navy. Dès août 1946, il est en effet loué à la France par le Royaume Uni. Rebaptisé Arromanches, en mémoire du débarquement de Normandie, le bâtiment mesure 211 mètres de long pour 24.5 mètres de large (34 au niveau du pont d’envol) et affiche un déplacement de plus de 17.000 tonnes en charge. Il peut embarquer environ 25 avions, deux ascenseurs axiaux desservant le hangar situé sous le pont d'envol. Basé sur quatre chaudières et des turbines à engrenage, son appareil propulsif développe 40.000 cv, à peine de quoi le faire avancer à 25 nœuds, ce qui est lent pour un bâtiment de cette époque.

L’Arromanches participe dès 1948, avec des Dauntless, au soutien des troupes françaises engagées en Indochine, ce qui oblige à des contorsions diplomatiques et empêche rapidement son emploi dans des opérations de guerre contre le Viet Minh du fait de son statut de bâtiment prêté par les Britanniques. Une situation qui cesse en 1951 lorsque la France le rachète après cinq ans de location. Dès lors, les campagnes vers l’Indochine vont s’enchaîner, le porte-avions français embarquant des Hellcat et Helldiver.

 

Hellcat à l'appontage sur l'Arromanches dans le golfe du Tonkin en 1953 (© US NAVY)

Hellcat à l'appontage sur l'Arromanches dans le golfe du Tonkin en 1953 (© US NAVY)

 

En 1953 et 1954, ses flottilles tentent, notamment, d'éviter l'inéluctable chute de Ðiện Biên Phủ qui signe la défaite de la France en Indochine. Deux ans plus tard, l’Arromanches est engagé avec des Corsair et Avenger dans l’affaire de Suez, quand Londres et Paris, alliés à Israël, décident de prendre le contrôle du canal égyptien après l’annonce de sa nationalisation par Nasser. C’est l’opération Mousquetaire, succès militaire initial transformé en fiasco politique suite au retrait imposé par les menaces et pressions russes comme américaines.

A l’issue d’un grand carénage, qui s’achève en 1958, le porte-avions voit matérialisé sur son pont d’envol une piste oblique, inclinée à 4° et il est doté un miroir d’appontage lui permettant d’accueillir des avions modernes : le Bréguet Alizé de lutte anti-sous-marine, et le Fouga Zéphyr dédié à la formation des pilotes de l’aéronautique navale. Mobilisé lors de la crise de Bizerte en 1961, l’Arromanches sert ensuite de plateforme polyvalente : transport d’assaut, porte-hélicoptères, porte-avions école… Car la Marine nationale réceptionne enfin ses premiers porte-avions neufs nativement conçus pour cette fonction, les Clemenceau et Foch, qui entrent respectivement en service en 1961 et 1963. La modernisation de l’Arromanches en 1958 avait d’ailleurs pour but de préparer l’arrivée de ces nouveaux bâtiments, en accélérant la mise au point des Alizé et Zéphir, tout en disposant au plus vite d’un porte-avions école pour former les pilotes des nouveaux Etendard IV.

 

Le Clemenceau en 1976 (© GIORGIO ARRA)

Le Clemenceau en 1976 (© GIORGIO ARRA)

L'Arromanches en 1972 (© GIORGIO ARRA)

L'Arromanches en 1972 (© GIORGIO ARRA)

 

L’ancien Colossus poursuivra sa carrière jusqu’en 1974, année où il est finalement retiré du service. Désarmé à Toulon, il est vendu pour être démoli en 1977. Les travaux débutent l’année suivante au port de Brégaillon, à La Seyne-sur-Mer, et durent jusqu’à la fin 1979. Lors de l'opération, les chalumeaux se sont notamment attaqués aux pourtours du pont d'envol qui a fini par tomber dans le hangar, où il fut découpé en morceaux.

 

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'Arromanches en cours de démantèlement à La Seyne en septembre 1978 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

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