Histoire Navale
Plongée dans les archives : le Marcel Le Bihan, ancien support de bathyscaphe
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Plongée dans les archives : le Marcel Le Bihan, ancien support de bathyscaphe

Histoire Navale

Alors que la France se dote d’un tout nouvel engin d’exploration des grands fonds avec le drone Ulyx, de l’Ifremer, nous revenons aujourd’hui sur l’histoire des anciens tenders d’aviation allemands intégrés après-guerre dans la marine française, et plus particulièrement celle du Marcel Le Bihan. Un bâtiment qui, il y a 60 ans, était affecté au groupe des bathyscaphes et servit notamment de navire support à l’Archimède lorsque celui-ci plongea à plus de 9000 mètres dans la fosse des Kouriles en juillet 1962.

Le Marcel Le Bihan débute sa carrière dans la marine allemande sous le nom de Greif. Réalisé par le chantier Lübecker Fleudewerke de Lübeck, où sa construction débute en 1935, il est mis en service au sein de la Kriegsmarine à l’été 1937. Il s’agit d’un tender d’aviation, en clair un bâtiment conçu pour assurer le ravitaillement mais aussi le dépannage d’hydravions. Ceux-ci sont très en vogue à l’époque, depuis la côte pour des missions de transport, de surveillance voire de combat, mais aussi en tant qu’appareils embarqués sur les grandes unités militaires (cuirassés, croiseurs) d’où ils sont catapultés pour des opérations de reconnaissance ou d’aide à la conduite de tir de l’artillerie.

Long de 72 mètres pour une largeur de 10.6 mètres et un déplacement d’environ 1000 tonnes en charge, le Greif dispose d’une vaste plage arrière, capable d’accueillir des appareils manutentionnés au moyen d’une grue roulante (rails sur le pont) d’une capacité de levage de 13 tonnes. Il est donc équipé pour assister des hydravions ne pouvant regagner leur base ou victimes de problèmes techniques, mais aussi ravitailler des appareils en cours de mission, par exemple sur un long trajet pour lequel leur autonomie n’est pas suffisante. Armé par une quarantaine de marins, le navire est équipé de deux moteurs diesels MAN avec une puissance propulsive de 4400 cv. Capable d’atteindre 16 nœuds et de franchir plus de 2000 nautiques à une douzaine de nœuds, il présente la particularité d’être doté non pas de traditionnelles lignes d’arbre, mais de propulseurs cycloïdaux Voith Schneider, qui lui offrent une très grande manœuvrabilité.

Pendant la guerre, le bâtiment est notamment affecté en Baltique. Il est saisi par les Américains en 1945. Ceux-ci le cèdent finalement à la France en février 1948. Renommé Marcel Le Bihan, en hommage à un officier-marinier de l’aéronautique navale décédé héroïquement dans un combat aérien contre les Italiens en juin 1940, il reprend du service sous pavillon français dès le mois d’août 1948. En 1951-1952, il est déployé en Indochine où il est employé comme support d’hydravions et bâtiment base de commandos. De retour en France, il sert en tant qu’aviso, tout en conservant ses moyens de levage. Son armement comprend un canon de 105 mm, deux autres de 40 mm et deux affuts doubles de 20 mm.

 

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