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Polar Pod : Le projet de station dérivante de Jean-Louis Etienne

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C’est un projet un peu fou, comme Jean-Louis Etienne les aiment. Une démarche innovante, une audace technologique et une possibilité rare de faire avancer la science dans ces eaux australes que l’on connaît si mal. Ce projet, c’est Polar Pod. Un drôle d’engin, cet observatoire habité perché au bout d’un mât, qui va dériver, sans assistance mécanique, pendant des mois dans le courant circumpolaire antarctique. Une base avancée pour effectuer des prélèvements réguliers et sur de longues distances dans l’océan austral. Une zone où les scientifiques ne peuvent actuellement s’appuyer que sur les bases des terres australes et antarctiques françaises et les campagnes océanographiques. Mais également beaucoup sur des modèles obtenus en laboratoires à partir de données satellites.

De nombreux programmes scientifiques

Le programme Polar Pod Expedition que Jean-Louis Etienne vient de lancer est donc l’occasion d’augmenter ces mesures « in situ », dans un courant qui recèle de nombreuses ressources scientifiques. Ceci en raison de son absorption en CO2 et des conséquences que cela a sur la courantologie ou la biologie marine, notamment sur la présence de plancton, dont on sait désormais l’importance dans l’équilibre des océans. Le « docteur » Etienne est allé voir ces chercheurs qu’il connaît bien, après ses nombreuses expéditions scientifiques. Et l’intérêt a été immédiat : climatologues, courantologues, océanologues, biologistes marins… des labos du CNRS, de l’Ifremer et beaucoup d’autres sont prêts à envoyer des volontaires dériver dans la station du Polar Pod.
 
Dessiné à Lorient
 
C’est à Lorient, dans les bureaux de Ship Studio, que cet engin unique a été dessiné. Laurent Mermier, directeur de Ship Studio et architecte naval, connaît Jean-Louis Etienne depuis l’époque d’Antarctica – devenu Tara depuis –  construit au chantier SFCN de Villeneuve-la-Garenne, dans lequel il a commencé sa carrière. « Jean-Louis m’a appelé, il voulait repartir en mission scientifique. Il voulait d’abord construire un bateau océanographique à voile, mais c’est compliqué et cher. Il est ensuite parti sur l’idée d’une station qui dérive, en autonome, et qui soit capable d’assurer une mission scientifique dans des eaux réputées pour être agitées. Alors on a réfléchi ». Exit l’idée d’une plateforme large, Laurent Mermier se souvient d’un navire un peu particulier de la marone américaine. « Le FLIP, ou Floating Instrument Plateform, est une unité que l’US Navy a construit dans les années 50 : une station émergée, un mât, un ballast et un lest. Au début, il servait à l’espionnage des sous-marins, la partie immergée était recouverte de sonars. Mais ils l’ont rapidement désarmé. Il a été récupéré pour des missions scientifiques et est toujours en flotte. L’esprit de ce type de construction  navale a depuis été repris, notamment pour les plateformes pétrolières de type SPAR ».
 
Le FLIP (© US NAVY)
 
Jean-Louis Etienne retrouve les plans du FLIP. Laurent Mermier dessine un projet comme il les aime, sur mesure. La plateforme dérivante mesure cent mètres de haut. Comme un iceberg, la plus grosse partie est sous l’eau, avec un ballast de 70 mètres. « Pour parler simplement, on pourrait comparer le principe à celui du culbuto. On peut le coucher, il reviendra toujours à la verticale ». La stabilité, primordiale pour les mesures scientifiques, a été particulièrement soignée. « Nous savons qu’il y a dans la zone des 40èmes et 50èmes des grosses conditions de houle. Alors nous avons beaucoup travaillé sur la tenue à la mer de la station. La plateforme est prévue pour être en déphasage par rapport aux vagues.  Son déplacement vertical correspond à une hauteur de 20% par rapport à celle de la vague : pour une vague de 10 mètres, le Polar Pod va donc avoir un mouvement de 2 mètres ».
 
(© SHIPSTUDIO)
 
(© SHIPSTUDIO)
 
 
 
(©SEPTIEME CONTINENT)
 
 
Sur le Polar Pod, il n’y aura pas de gros moteurs diesel : deux voiles pour s’orienter, des éoliennes pour alimenter les batteries, une hydrolienne pour le complément. « L’idée était de faire une station neutre écologiquement parlant ». La station pourra effectuer une mission de six mois, avec un ravitaillement au milieu et embarquer 5 personnes, dont deux marins.
« Actuellement Jean-Louis Etienne est en train de réunir les fonds. L’ensemble du projet est estimé à 10 millions d’euros. La construction pourrait être lancée en 2014 ». Plusieurs chantiers français sont déjà sur les rangs.
 
 
(© SEPTIEME CONTINENT)