Science et Environnement
Pollution des mers:. le combat d’Anne Quéméré

Interview

Pollution des mers:. le combat d’Anne Quéméré

« On ne peut pas se permettre d’attendre. Nous sommes tous de petits ouvriers ; alors, il faut y aller ». Cette année, Anne Quéméré a été la présidente d’honneur du festival concarnois Livre & Mer, qui s'est tenu du 8 au 11 novembre. L’occasion pour la navigatrice d’évoquer un combat qui lui tient à cœur : la protection des océans, malmenés par les pollutions.

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À Concarneau, vous avez notamment  participé à une rencontre autour de la pollution des mers par le plastique. Un combat forcément important ?

Évidemment. D’autant que l’on n’a pas besoin de naviguer pour être choqué par la pollution plastique. Elle n’est pas la seule. Il y en a malheureusement bien trop. Autant, face à une pollution aux hydrocarbures, on est un peu impuissant. On se contente de mettre les pieds et les mains dedans pour ramasser et essayer de sauver les quelques oiseaux qui peuvent l’être. Pour le plastique, au contraire, nous sommes consommateurs… 80% des plastiques que l’on va retrouver en mer sont d’origine terrestre. C’est donc qu’ils viennent de nous mais nous n’avons pas su les gérer. C’est quelque chose d’assez exaspérant car le plastique, aujourd’hui, est partout. On le retrouve même dans la Fosse des Mariannes.

Peut-on être navigateur sans se soucier de la santé des océans ?

Je ne pourrais parler pour tout le monde. Il y aura toujours des réfractaires mais la grande majorité des voyageurs de mer sont conscients de ce qui se passe. Lorsque l’on navigue, on a l’impression d’être dans un univers qui est encore relativement pur (…). Alors, voir subitement un plastique flotter et dériver, oui, c’est choquant.

Vous dites que l’océan est « le thermostat de notre planète ». À quel niveau se situe-t-il, selon vous ?

Soit très bas, soit très haut, selon de quel côté on le regarde. En tout cas, il est loin d’être à l’équilibre. Beaucoup d’associations alertent, beaucoup de gens agissent. Mais a priori, ça ne suffit pas. Les décisions doivent être prises à un très haut niveau. C’est triste à dire mais il faut presque que ça devienne des lois. Lorsque l’on interdit le sac à usage unique, lorsque l’on commence à avoir d’autres formes de couverts, de pailles… on se dit que ce sont de petites gouttes d’eau. Mais, petit à petit, elles permettent à tout un chacun de prendre conscience du problème.

Je prends souvent cet exemple, qui m’a frappée lors de ma deuxième traversée de l’Atlantique à l’aviron. Je cheminais entre New York et la Bretagne. Je suis passée, pas très loin de Newport, le port d’arrivée des grands TransAtlantiques. L’un de ces grands paquebots de croisière arrivait. Il y avait une fête à bord. Le lendemain matin, je me suis retrouvée entourée d’une mer de ballons de baudruche, lancés depuis le bateau. Ces ballons ressemblent à des méduses. Certains ont dû être absorbés par des tortues. Au-delà d’être polluants, ils tuent donc. J’espère, aujourd’hui, que cette tradition n’existe plus. Je me dis que ça ne partait pas d’un mauvais geste volontaire mais en même temps, personne n’avait réfléchi à l’endroit où ces ballons allaient atterrir. En l’occurrence, amerrir.

Comment voyez-vous l’avenir ?

J’aime être optimiste car si on ne l’est pas, autant tout laisser tomber, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’existe pas. J’ai vraiment envie de croire qu’on peut faire bouger les choses. L’union fait la force, on le voit. Et petit à petit, les mentalités évoluent, même si ça prendra du temps (…).

Une interview de la rédaction du Télégramme

Pratique

Le festival Livre & Mer (livremer.org) s'est tenu du 8 au 11 novembre à Concarneau. Anne Quéméré y a sorti en avant-première son dernier ouvrage, « Attraper les nuages ». La navigatrice a également présenté durant le week-end son exposition photographique, « Immersion en Arctique ».