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Pollution : D’où viennent les déchets sur nos plages ?

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Pollution : D’où viennent les déchets sur nos plages ?

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Faire la guerre aux sacs plastique et aux gobelets échappés, voilà l’idée de la charte présentée par la secrétaire d’État Brune Poirson pour lutter contre la pollution des plages. Certaines communes ont déjà annoncé leur souhait de s’impliquer en ce sens. Dans le viseur, une cible principale : le plastique.

La production de plastique dans le monde est passée d’1,5 million de tonnes dans les années 1950 à 300 millions actuellement, selon des chiffres de l’Agence européenne de l’environnement, dont un tiers concerne des produits à usage unique - gobelets, couverts, sacs, cotons-tiges… -. Selon les chiffres les plus récents, 8 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans chaque année. Et en particulier ce type de déchets jetables.

En Europe, chaque année, l’ONG Surfrider organise des collectes de déchets sur les plages. Une partie donne lieu à un recensement détaillé des déchets découverts sur différentes façades du littoral. En 2017, sur 151 opérations menées en grande partie dans des mers et océans qui bordent la France, presque huit déchets sur dix ramassés sur les plages et en mer étaient des plastiques à usages uniques. Le trio de tête change peu au fil des collectes : mégots de cigarettes, bouteilles en plastique et sacs en plastique, accompagnés de fragments de plastique et polystyrènes.

 

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En Bretagne, le plastique jetable concurrencé par la pêche

La Bretagne n’est pas épargnée. En 2018, 77 initiatives de ce type ont été menées dans la région, dont une douzaine - 15 km de plage au total - a donné lieu à une quantification précise des déchets ramassés. D’après ces chiffres régionaux, plus de six déchets sur dix sont en plastique.

 

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Six sur dix, c’est beaucoup, mais c’est moins qu’à l’échelle française ou européenne. La raison ? Une spécificité de la région : les déchets liés à la pêche. « En Bretagne, la proportion de déchets liés à la pêche est plus importante que la moyenne globale », souligne Surfrider. Alors que ceux-ci représentent 4 % des collectes dans l’Hexagone, leur proportion est de 18 % sur les côtes bretonnes.

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Des sources de pollution mondiales

Pas de quoi étonner Lionel Lucas, cofondateur de l’association Ansel, qui organise des nettoyages de plages depuis une vingtaine d’années. « Environ 80 % des déchets viennent du continent, apportés par les fleuves, Brune Poirson a raison de le souligner », relève-t-il. « Mais en Bretagne, il n’y a pas de fleuve majeur. Sur les côtes bretonnes, on trouve une part de déchets abandonnés sur les plages, mais surtout énormément de déchets issus de la pêche ou de la perte de conteneurs en transport maritime. » Comprendre : venus en grande partie du large.

Il en veut pour preuve l’outil lancé par l’association en 2016, Ocean Plastic Tracker, qui centralise les signalements de certains déchets issus des courants marins. Il y a une dizaine d’années, des chercheurs océanographes avaient remonté le fil de canards en plastique, dont certains s’étaient échoués sur le nord de la France, après la perte d’une cargaison d’un navire dans le Pacifique en… 1992. L’outil Ocean Plastic Tracker vise, de la même manière, à identifier les trajets effectués par les déchets et leurs effets à long terme. Chaussures, bouchons, cartouches issus de conteneurs tombés sont recensés, ainsi que des objets à l’origine identifiable apportés par les courants, comme des casiers à homard canadiens.

« Ce ne sont plus des déchets, ce sont des pièces à conviction », fait valoir Lionel Lucas : les recherches de l’association permettent d’identifier la source. Ces pollutions durent depuis des années et traversent des milliers de kilomètres, illustrant la particularité de certaines régions comme la Bretagne, soumises à des sources éloignées ou indirectes. « On a raison de taper sur celui qui abandonne ses déchets. Mais d’autres responsabilités existent. Certaines localités, comme Concarneau ou Porsall, sont exposées à la pollution mondiale. » Pour le cofondateur, ces phénomènes doivent faire l’objet d’une discussion avec les professionnels et armateurs pour aider les collectivités. « Quand on prend l’autoroute, on est content de voir que les objets sont ramassés. Qui ramasse sur les autoroutes maritimes ? »

Un article de la rédaction du Télégramme