Marine Marchande
Pollution maritime : les navires bretons laboratoires de l’Ademe
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Interview

Pollution maritime : les navires bretons laboratoires de l’Ademe

L’Ademe veut mesurer les émissions générées par le transport maritime. Une équipe de l’école d’ingénieurs Estaca va réaliser des tests à bord des bateaux de la Penn ar Bed et de Brittany Ferries. Benoît Sagot, enseignant-chercheur, détaille le projet.

Marine Marchande

L’Ademe veut mesurer les émissions générées par le transport maritime. Une équipe de l’école d’ingénieurs Estaca va réaliser des tests à bord des bateaux de la Penn ar Bed et de Brittany Ferries. Benoît Sagot, enseignant-chercheur, détaille le projet.

Vous avez été sélectionné par l’Ademe pour mesurer les émissions générées par le transport maritime. Comment allez-vous opérer ?

Nous allons réaliser des mesures directement dans les cheminées des bateaux. Deux armateurs bretons ont accepté de nous accueillir : la Penn ar Bed et Brittany Ferries. Nous travaillerons à bord du Fromveur II, qui assure les rotations entre Brest et Ouessant ; de l’Enez Sun, entre Audierne et Sein, et du Honfleur, le futur bateau de la Brittany Ferries.

Quel est l’objectif ?

L’idée est dans un premier temps de mettre au point au point une méthodologie de mesures fiables et robustes qui pourront être reproduites ensuite sur d’autres navires. Nous partons de zéro. Les premiers tests auront lieu au printemps 2020. Notre projet s’étale sur trois ans. Ce qui va nous permettre de réaliser des mesures dans différentes conditions météo. Nous embarquerons sur des bateaux différents : ceux de la Penn ar Bed sont alimentés en gazole et effectuent des rotations courtes avec beaucoup de manœuvres, tandis que le Honfleur aura la particularité d’être propulsé au GNL (gaz naturel liquéfié), un carburant qui permet d’avoir une meilleure combustion et de réduire les émissions polluantes. Dans les premiers, on va notamment tester l’ajout d’additifs dans le gazole et voir quel est l’impact sur les émissions. À bord du Honfleur, on pourra mesurer l’intérêt du GNL, présenté comme un carburant de transition.

Comment votre projet a-t-il été accueilli ?

Nos travaux sont suivis de près par les Chantiers de l’Atlantique, qui ont intégré le consortium (*). Ils anticipent les besoins pour des navires plus propres. Notre projet a été labellisé par le Pôle Mer Bretagne-Atlantique. Nous avons également rencontré l’équipage du Fromveur II et échangé sur la façon dont nous allions travailler ensemble pour ne pas perturber les passagers et les manœuvres. Nous sommes également en contact avec l’architecte du Honfleur. Une trappe va ainsi être réalisée sur le ferry afin que nous puissions accéder au conduit d’évacuation.

Pourquoi se concentrer sur la Bretagne alors que les navires opérant en Méditerranée sont vivement critiqués ?

Il y a un gros problème autour de ces bateaux qui brûlent des carburants chargés en soufre. Ce n’est pas évident de trouver des armateurs qui veulent bien nous accueillir. Mais la méthodologie que nous allons développer sera ensuite applicable sur ces navires.

* Le consortium réunit des écoles d’ingénieurs Estaca et IMT Atlantique, l’ENSM (école nationale supérieure du maritime), des armateurs Penn ar Bed et Brittany Ferries, des entreprises, Eco Gas, Chantiers de l’Atlantique, Man Energy Service.

Une interview réalisée par la rédaction du Télégramme