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Polynésie : probable pollution autour du palangrier échoué

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Polynésie : probable pollution autour du palangrier échoué

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Mauvaise nouvelle en Polynésie : des hydrocarbures se sont très probablement échappés du palangrier chinois échoué et un barrage a été déployé. Quant aux opérations pour dégager le Shen Gang Shun 1 du platier corallien d’Arutua elles s’annoncent complexes, du fait des difficultés d’accès à l’épave, notamment.

Ce thonier s’est échoué le 21 mars à 370 kilomètres au nord-ouest de Tahiti pour des raisons qui n’ont pas encore été précisément déterminées, probablement une négligence humaine, mais une défaillance technique n’est pas exclue. Selon la Direction polynésienne des Affaires maritimes (DPAM), le propriétaire chinois du navire de 49 mètres, Shenzen Shengang Overseas Industrial Co. LTD, reste avare d’informations. A bord, se trouvaient 250 tonnes de carburant.

 

Des traces noires ont été observées sur le platier. (

Des traces noires ont été observées sur le platier. (© DPAM)

 

« Zone du récif noircie »

Une mission d’expertise (comprenant notamment un agent de la Direction de l’Environnement équipé d’un drone et deux plongeurs) envoyée sur place le 18 avril a observé une fissure sur la coque. Du carburant s’est certainement échappé par cette brèche, puisqu’une forte odeur d’hydrocarbures règne autour du palangrier. Surtout, des images prises par le drone montrent « une zone du récif noircie longue de plusieurs dizaines de mètres », selon la présidence de la Polynésie française qui restait prudente, le 22 avril : « Il n’est pas possible en l’état de dire si ces constatations, qui n’ont été détectées sur les images du drone qu’au retour à Tahiti, résultent de l’échouement et sont un effet direct d’une pollution ou de la prolifération d’algues brunes sur le platier sous l’effet du choc ». Pour en avoir le cœur net, cinq prélèvements d’eau ont été effectués autour du bateau de pêche et d’autres vont l’être prochainement. La pollution inquiète les habitants (1664 personnes en 2017) qui dépendent du lagon, en particulier, semble-t-il, des perliculteurs.

 

Le navire est échoué sur le récif coralien. (

Le navire est échoué sur le récif coralien. (© DPAM)

 

En plus du carburant, le palangrier contient 22 bouteilles de 20 kilos de fréon pour les chambres froides, ainsi que « de grosse quantités de piles et de peinture ». Par ailleurs, il contenait 15 tonnes de poisson et 62 tonnes d’appâts. Tout ce poisson est en décomposition.

Barrage flottant

Avant d’envisager un éventuel déséchouement, en ayant peut-être recours aux remorqueurs Aito Nui et Aito Nui II comme l’a suggéré le ministre en charge des transports interinsulaires Jean-Christophe Bouissou, un premier plan en trois phases a été élaboré. Il consiste à établir des barrages flottants, puis enlever la cargaison, et enfin le carburant.

En fin de semaine dernière, des navires sont partis pour Arutua afin de réaliser la première phase du plan diligenté par la Polynésie française. Coordonnées par Odewa, plusieurs entreprises spécialisées en travaux sous-marins (Scadem Polynésie, Rovotik), sont intervenues pour déployer un barrage de 432 mètres afin de protéger le lagon. Il a fallu travailler depuis le large, car l’atoll ne dispose que d’une petite passe peu profonde. Opération réussie, même si le barrage ne pouvait être fermé vers le large en raison de la houle qui bat le récif et qui l’aurait déchiré. La suite des opérations devrait être compliquée car il n’y a pas de motu à proximité pour entreposer l’équipement.

 

Pas de motu à proximité, la houle qui bat le récif et pas de passe pour s'approcher : les opérations vont être complexes. (

Pas de motu à proximité, la houle qui bat le récif et pas de passe pour s'approcher : les opérations vont être complexes. (© DPAM)

Un catamaran a achevé un barrage flottant. (

Un catamaran a achevé un barrage flottant. (© DPAM)

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(© DPAM)

 

Sortir le poisson

La deuxième phase du plan prévoit d’extraire le poisson des cales ainsi que l’huile et les matières dangereuses autres que le carburant. Une opération compliquée par l’état de putréfaction des poissons et qui prendrait trois à quatre semaines. Il faudra enlever le poisson à la main. Les équipes munies de masques, voire de scaphandres, en raison de la concentration de CO2 et d’ammoniac, ne pourront rester plus de 2 heures à l’intérieur. Enfin le carburant devra être pompé pour que le navire puisse être enfin démantelé ou remorqué.

« A ce stade nous n’intervenons pas sur l’épave elle-même », souligne-t-on à la DPAM. « Toutes les actions concernant l’épave, sa dépollution, son retrait ou son démantèlement, relèvent du propriétaire et de son assureur ». Des procédures et sommations en justice ont été lancées. Le navire appartenant à une société chinoise est exploité par une autre société, dont le représentant légal est à Taiwan (Lung Soon Ocean Group) et assuré auprès d’une compagnie taiwanaise (Msig Mingtai Insurance Co., ltd) qui a mandaté un expert maritime pour élaborer un plan de sauvetage, mais « nous attendons que ce plan une fois bouclé nous soit communiqué ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.