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Polynésie : Réduction et adaptation des moyens navals

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Polynésie : Réduction et adaptation des moyens navals

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La décrue des moyens navals basés en Polynésie française va se poursuivre cette année. La base de Papeete devrait, en effet, perdre l'un de ses principaux navires. Appelé à compenser le désarmement de l'un de ses sisterships, le Francis Garnier, le Bâtiment de transport léger (Batral) Dumont d'Urville va rejoindre les Antilles. Cette unité n'étant pas remplacée, les moyens navals en Polynésie ne comprendront plus que la frégate de surveillance Prairial, les patrouilleurs La Railleuse et La Tapageuse, le remorqueur-ravitailleur Revi, les remorqueurs côtiers Manini et Maroa, ainsi que le patrouilleur de gendarmerie Jasmin. A cela, il convient d'ajouter les moyens aériens, soit trois avions de surveillance maritime Gardian de la flottille 25F basés à Faa'a. En 2011 et 2012, deux nouveaux Dauphin de service public, appartenant à la 35F, viendront remplacer les hélicoptères de l'armée de l'Air pour les missions de surveillance et de sauvetage. Enfin, un détachement de la flottille 22S est présent en Polynésie avec un hélicoptère Alouette III destiné à la frégate Prairial.

La force Alfa à Mururoa (© : MINISTERE DE LA DEFENSE)
La force Alfa à Mururoa (© : MINISTERE DE LA DEFENSE)

La grande époque du CEP

Il est loin le temps où des milliers de marins français sillonnaient sur une véritable flotte les atolls du Pacifique. La présence navale tricolore dans cette région a atteint son paroxysme dans les années 60 et 70, à l'époque de la construction et de la montée en puissance du centre d'expérimentations nucléaires en Polynésie. La Marine est, en effet, chargée à l'époque de la logistique et de la surveillance des sites, ce qui mobilisera, au plus fort de l'activité, une centaine de navires de toutes tailles et jusqu'à 40% du tonnage de la flotte. Bâtiments hydrographiques, chasseurs de mines, unités amphibies et de transport, gabares, remorqueurs, pétroliers-ravitailleurs, bâtiments de soutien, escorteurs d'escadre, avisos, patrouilleurs... La France déploiera même la force de combat Alfa, articulée autour du porte-avions Foch et chargée de couvrir la première campagne d'essais (tir Aldébaran en juillet 1966). Revenant en métropole en fin d'année, le groupe aéronaval appareille de nouveau pour le Pacifique en 1968, à l'occasion du premier tir français d'une bombe thermonucléaire. De nombreux bâtiments seront affectés au CEP, dont le croiseur De Grasse (1966 à 1972). Certains, comme le bâtiment de soutien logistique Bougainville (1987), les remorqueurs-ravitailleurs Rari et Revi (1985) ou le bâtiment de soutien de région Taape (1984) furent spécialement construits pour cette mission et financés par la Direction des Centres d'Expérimentations Nucléaires (DIRCEN). Jusqu'en 1996, date de la fin des essais nucléaires, 193 tirs seront réalisés dans les atolls de Mururoa et Fangataufa.

Le Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)
Le Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)

Adaptation des moyens

Avec la fin progressive des essais nucléaires, les moyens de la Marine nationale en Polynésie furent considérablement réduits. Jusque dans les années 90, de nombreux bâtiments restaient néanmoins basés dans cette région. Puis ce fut une lente décrue, le dispositif étant adapté au nouveau contexte régional. Constituée de centaines d'îles, la Polynésie française offre à la France un immense espace maritime. La Zone Economique Exclusive de ces territoires couvre, en effet, 4.804 millions de km2, soit plus de 47% de la surface totale des ZEE françaises (10.192 millions de km2). Malgré tout, le contexte géopolitique local ne justifie pas la présence d'importants moyens militaires. « Le Pacifique sud-est est une zone peu militarisée, plutôt à l'écart des grands courants d'échanges économiques et où la menace potentielle se situe sous le seuil d'emploi des armes. Ainsi, la marine s'adapte pour entretenir en Polynésie française un dispositif ajusté et interdépendant qui vise à faire face dans un théâtre paisible, à des missions de protection, de présence, et de service public », expliquent les Forces Armées en Polynésie.

Le Revi (© : MARINE NATIONALE)
Le Revi (© : MARINE NATIONALE)

Sur place, le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) mène différents travaux, notamment pour établir et mettre à jour les cartes marines. En 2007, la base hydrographique de Polynésie française (BHPF) a été implantée à Motu, dans le port de Papeete. Les unités navales participent, quant à elles, à la surveillance et au contrôle des territoires polynésiens. La surveillance des pêches dans la ZEE est une mission importante des moyens basés en Polynésie. Cette activité se déroule pour l'essentiel autour des îles Marquises, où l'on trouve du thon. Des missions de surveillance sont également menées régulièrement vers Clipperton, un atoll inhabité situé très loin de Papeete, au large du Mexique. Les ressources halieutiques polynésiennes seraient, toutefois, moins importantes qu'on pouvait le penser ces dernières années.


La Tapageuse (© : MARINE NATIONALE)
La Tapageuse (© : MARINE NATIONALE)

Les navires effectuent aussi des missions de soutien aux populations et, jusqu'ici, participaient très activement aux tournées administratives dans les îles, notamment les atolls isolés. A cette occasion, les bâtiments transportent des administrateurs, gendarmes, médecins et différents représentants des administrations du pays ou de l'État. Toutefois, avec la réduction progressive des capacités, la poursuite de cette activité, qui n'entre pas directement dans les missions dévolues en propre à la marine, dépendra sans doute des capacités interministérielles à financer, entre administrations, de nouveaux moyens. Des réflexions sont également en cours, en matière de surveillance des pêches, sur l'évolution du dispositif et la coopération avec les Etats riverains des zones à surveiller.
On notera enfin que la marine assure la surveillance radiologique des sites de Mururoa et Fangataufa. Ainsi, une fois par an, le Revi assiste une mission scientifique chargée de prélever sur place les échantillons d'eau, de sédiments, de faune et de flore nécessaires au constat de la situation radiologique autour de l'ancien CEP.

Un Gardian (© : MARINE NATIONALE)
Un Gardian (© : MARINE NATIONALE)

Recentrage vers les missions principales

La Marine nationale n'ayant plus les moyens de réaliser toutes les missions qui lui étaient jusque là confiées, ses forces devraient, progressivement, se recentrer sur leurs missions principales. La première d'entre elle est, évidemment, la défense. Ses navires et aéronefs sont, en effet, d'abord là pour assurer la protection du territoire polynésien. L'énorme étendue des archipels pose d'ailleurs la question de la capacité à surveiller correctement les espaces. Outre les navires, dont le nombre ne permet évidemment pas une couverture optimale, les moyens aéronautiques demeurent quelque peu limités. En Polynésie, l'action des Falcon 200 Gardian est, en effet, primordiale. Mais ces avions sont peu nombreux et, surtout, commencent à vieillir. Malheureusement, le programme « AVSIMAR », destiné à les remplacer, n'est toujours pas lancé.
L'autre grande mission de la marine est le sauvetage en mer, géré par le Maritime Rescue Center Coordination de Papeete. Armé par des marins, le MRCC coordonne les opérations de sauvetage en mer au profit de pêcheurs, de navires marchands ou encore de plaisanciers. Il s'appuie notamment sur les Gardian, équipés de chaînes SAR (Search and Rescue). En 2011 et 2012, deux hélicoptères Dauphin SP, rattachés à la flottille 35F, seront en plus basés à Tahiti, permettant ainsi au MRCC de disposer de moyens modernes et parfaitement adaptés aux missions de sauvetage en mer.

Un Dauphin SP (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Un Dauphin SP (© : JEAN-LOUIS VENNE)

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