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Polynésie : un palangrier chinois « bien encastré »

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Polynésie : un palangrier chinois « bien encastré »

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Depuis le 21 mars, le palangrier Shen Gang Shun 1 est échoué sur un récif polynésien. A bord de ce navire chinois se trouveraient 250 tonnes de carburant, 15 tonnes de poisson et 62 tonnes d’appâts, selon la Direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM), qui déplore cependant le manque d’« informations précises » données par l’armateur et ajoute qu’« une mise en demeure d’agir à l’encontre du propriétaire a été engagée ».

Pour mémoire, ce palangrier long de 49 mètres pour 9 de large construit en 1990 est arrivé le 15 mars à Papeete pour réparer une avarie. Il en est reparti cinq jours plus tard, le 20 mars, après son ravitaillement. Le lendemain, à 8h20, le JRCC Tahiti a reçu une demande d’assistance. Le pêcheur venait de s’échouer à 200 milles de là, sur un récif de l’atoll d’Arutua, dans l’archipel de Tuamotu. Les 36 membres d’équipage ont été évacués par hélicoptère Dauphin, avant d’être récupérés par deux navires chinois (semble-t-il du même armement) qui naviguaient dans la zone.

Une première évaluation visuelle a été menée par la commune d’Arutua qui s’est rendue sur place. Elle a permis de constater que la coque n’est pas éventrée et aucune pollution n’était alors visible. Mais « le navire semble bien encastré sur le platier du récif », selon la DPAM.

Une mission d’évaluation est en préparation afin de se rendre sur zone pour en savoir plus, connaître l’état de la coque et déterminer précisément ce que contient le navire. Un expert et un plongeur doivent notamment y participer. « Cette expertise est indispensable à la mise en place d'une opération de dépollution que nous souhaitons la plus rapide possible, et qui est le préalable à toute opération de déséchouement, ou de démantèlement si le navire ne pouvait pas être extrait du récif. Si cela est possible il faudra acheminer sur place un puissant remorqueur. Mais notre préoccupation est pour l'instant d'éviter tout risque de pollution et avant tout de débarrasser ce palangrier et des matières polluantes ». Elle ajoute encore : « La Polynésie n'a pas l'intention d'être un cimetière à épaves, et encore moins de laisser des pollutions se faire et être impunies. »

Débat sur la pêche illégale

Cet échouement a incidemment relancé le débat sur la surveillance de la pêche illégale dans les eaux de la zone économique exclusive (ZEE). En particulier lorsque des photos diffusées après l’inspection préliminaire, dont certaines montreraient des ailerons cousu dans des carcasses.

Le vice-président de la Polynésie française Teva Rohfritsch a assuré que le navire avait fait l’objet d’un « contrôle à quai (…) avant de reprendre la mer le 20 mars, pour poursuivre sa campagne de pêche en dehors de la ZEE polynésienne ». Il a affirmé que le poisson se trouvant à bord était « destiné à un circuit de vente étranger ».Et, selon lui, « le suivi VMS de ce navire s’est effectué en continu depuis son entrée dans la ZEE jusqu'à son échouement » et « les services de l’État, en charge du contrôle et de la surveillance des navires de pêche étrangers confirment qu’il n’y a eu aucune pêche illégale à l’intérieur des eaux polynésiennes ».

Sans mentionner le navire échoué, le Haut-commissariat de la République en Polynésie française a pour sa part affirmé que « les moyens aériens, maritimes et satellitaires déployés, par l’État, garantissent qu’aucun navire étranger ne pêche dans les eaux polynésiennes ». Seulement autorisés à transiter, ils sont contrôlés via la collecte des données VMS/AIS, des clichés satellites et des moyens aériens et navals.

Une opération complexe pour dépolluer et démanteler un autre navire

Une opération de dépollution et de démantèlement d’un thonier taïwanais gisant échoué sur le flanc depuis plus de deux ans sur un atoll isolé, est par ailleurs en cours, rappelle la DPAM. Le Shen Long Yu, long de de 29 mètres, s’était échoué le 5 novembre 2017 sur le platier de Marutea Nord, à 430 milles de Papeete, avec 14 marins à bord, dont un avait été blessé.

 

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(© JRCC TAHITI)

 

« Au terme de multiples procédures et sommations, l'armateur n'étant pas en mesure d'assurer lui-même les opérations, la Polynésie française s'est substituée à lui ». L’opération a cependant dû être « provisoirement suspendue en raison des mesures de confinement consécutives au Covid-19 ». D’un montant d’1 million d’euros, cette opération menée sur un atoll inhabité, sans quai ou aérodrome, a nécessité l’installation d’une base vie complète pour 15 personnes. Elles doivent notamment assurer leur autonomie en eau et en énergie (groupe électrogènes et carburant).

Cette base vie est située au plus proche de l’épave, à 2 kilomètres de là , sur un petit motu, et à 20 kilomètres de la passe la plus proche. Les opérations nécessitent d’avoir recours à un cargo et une barge. « Les contenants avec les matières polluantes comme les carburants et les huiles sont transbordés par des moyens de transport et de levage qu'il a aussi fallu acheminer sur place, afin d'être ramenés à Papeete pour être traités », précise encore la DPAM, soulignant « la difficulté et la complexité de ces opérations », faisant « intervenir avec des moyens lourds sur les récifs extérieurs des atolls isolés, tout en veillant au respect de l'environnement et à ne pas porter atteinte au récif et à la nature ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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