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Ponant invente le brise-glace de croisière

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Construction Navale

L’annonce suscite beaucoup d’enthousiasme, et dans le même temps un certain nombre de questions sur le plan environnemental et la pertinence de développer une activité touristique dans les derniers sanctuaires naturels de la planète. Hier, Ponant a dévoilé son futur brise-glace de croisière, une première mondiale, qui verra le jour en 2021 lorsque le navire sera livré par le constructeur Vard. Pour ce dernier, auquel les quatre nouvelles unités d’expédition de la classe Explorer précédemment commandées par Ponant donnent déjà du fil à retordre, c’est un projet encore plus ambitieux qui s’annonce.

Ponant n’a, en effet, pas lésiné sur les moyens pour ce nouveau bateau, qui sera le plus imposant de sa flotte et aussi le plus coûteux, avec un investissement de quelques 270 millions d'euros. Ces derniers mois, alors que le projet était évoqué dans les coursives, on pouvait penser que le terme « brise-glace » serait exagéré et que la compagnie se contenterait d’une coque un peu plus renforcée et d’une étrave en couteau permettant de fractionner une banquise relativement légère. Mais non, ce sera véritablement un brise-glace, taillé pour les croisières d’expédition « ultimes », comme le dit Ponant. Conçu et réalisé aux standards Polar Class 2, il pourra casser une épaisseur de glace allant jusqu’à 2.5 mètres. Une capacité équivalente à celle des méthaniers polaires construits pour exporter le gaz sibérien et même plus importante que celle des derniers brise-glaces russes (pour la plupart 1.5 mètres), à l’exception de l’Arktika à propulsion nucléaire (3 mètres) en achèvement à Saint-Pétersbourg.

Il faut dire que le « Ponant Icebreaker » devra notamment pouvoir amener ses passagers jusqu’au pôle nord géographique à travers les glaces de l’océan Arctique, ou encore des lieux encore inaccessibles pour les touristes en Antarctique, en particulier dans la mer de Ross.

 

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(© STIRLING DESIGN INTERNATIONAL)

 

Long de 150 mètres pour une largeur de 28 mètres et une jauge d’environ 30.000 GT, le navire comptera 135 cabines et suites, toutes avec balcon privatif et dont 68 seront dotées d’une baie vitrée avec terrasse. Voulu par Ponant comme une unité de luxe, ce bateau accueillera dans le plus grand confort ses 270 passagers, servis par 187 membres d’équipage. Il comptera deux restaurants panoramiques, un grill, différents bars et salons, un centre de bien-être ou encore une double piscine extérieure sur l’arrière. Ses passagers pourront réaliser des excursions en mer ou vers des sites terrestres dépourvus d’infrastructures portuaires au moyen de 16 embarcations semi-rigides. Mais le navire pourra aussi, et c’est une nouveauté chez Ponant, embarquer deux hélicoptères pour permettre aux croisiéristes d’apprécier les somptueux paysages polaires depuis le ciel ou accéder à des sites terrestres plus éloignés ou difficiles d’accès depuis le littoral.

 

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(© STIRLING DESIGN INTERNATIONAL)

 

Conçu par le bureau d’études finlandais Aker Arctic, spécialiste des bateaux polaires, avec des lignes imaginées par le cabinet d’architecture nantais SDI, auquel on doit déjà les design extérieurs des Boréal et Explorer, le Ponant Icebreaker sera doté d’une propulsion hybride. Celle-ci reposera sur des moteurs dual-fuel Wärtsilä W31, pouvant fonctionner au gasoil comme au gaz naturel liquéfié. S’y ajoutera un parc de batteries. Pouvant atteindre 15 noeuds en eaux libres, le navire sera doté de propulseurs électriques externes Azipod - présentés comme les plus puissants du marché - ce qui est devenu la norme sur les brise-glaces. Pour des questions environnementales, l’idée est évidemment que le bateau fonctionne dans les zones sensibles grâce au GNL, avec ses batteries comme appoint. Le gaz offre en effet l’avantage d’éliminer les rejets d’oxydes de soufre (SOx) et d’oxydes d’azote (NOx), ainsi qu’une bonne partie des particules fines, tout en réduisant de 30 à 35% les émissions de de dioxyde de carbone (CO2). La propulsion électrique diminue en outre les bruits et vibrations. Les réserves en GNL seront très importantes puisque le navire disposera d’une cuve à membranes conçue par le groupe français GTT, dont la capacité sera de 4500 m3. A titre de comparaison, les premiers paquebots dotés d’une propulsion au gaz, les AIDAnova et Costa Smeralda, deux géants de plus de 330 mètres, 183.900 GT de jauge et 2600 cabines livrables en 2018 et 2019, auront trois cuves totalisant 3550 m3 de GNL, avec une autonomie annoncée d’une semaine. Autant dire que le brise-glace de Ponant pourra naviguer sans se ravitailler sur une période bien plus longue.

Toutes ces technologies sont déjà éprouvées sur différents types de navires réalisés ces dernières années, le premier brise-glace au GNL, le Polaris, ayant par exemple été mis en service en 2016 au sein de l’agence finlandaise des transports.

 

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(© STIRLING DESIGN INTERNATIONAL)

 

En été, le Ponant Icebreaker jouera avec la fonte partielle de la banquise en Arctique pour se frayer un passage en profitant de la formation de chenaux naturels. Mais il devra aussi ouvrir son propre passage et, comme tout brise-glace, être suffisamment robuste s’il devait rester bloqué sur des périodes plus ou moins longues.  Le navire pourra combiner deux modes de navigation : en marche avant dans une glace compacte et en marche arrière, les hélices permettant alors de broyer la glace, dans des conditions extrêmes.

A noter enfin que Ponant annonce que le navire sera doté d'un laboratoire qui sera mis à la disposition de scientifiques « pour des missions d’océanographie de recherche ou opérationnelle. La compagnie offre ainsi un véritable soutien logistique à la communauté scientifique et notamment la possibilité de déposer du matériel ou des hommes sur des sites spécifiques et difficiles d'accès ; accueillir à bord des chercheurs et leur matériel scientifique dans des laboratoires dédiés ; installer à bord du matériel scientifique autonome ». 

Commes les Explorer, livrables à partir de 2018, la coque du Ponant Icebreaker sera réalisée en Roumanie par le chantier Vard de Tulcea, puis sera remorquée vers Søviknes, l'un des sites norvégiens du constructeur, afin d'être achevée. Ponant devrait normalement réceptionner son brise-glace au second trimestre 2021. 

 

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(© STIRLING DESIGN INTERNATIONAL)

Compagnie du Ponant Vard