Croisières et Voyages
Ponant : Jean-Emmanuel Sauvée laisse la barre de la compagnie

Actualité

Ponant : Jean-Emmanuel Sauvée laisse la barre de la compagnie

Croisières et Voyages

Alors que, selon les mots de François Pinault, « Ponant se bat aujourd’hui pour sa survie », l’emblématique patron de la compagnie française quitte ses fonctions de président directeur-général, a appris ce week-end Mer et Marine. Jean-Emmanuel Sauvée, dont le successeur sera recruté dans les mois qui viennent, va cependant garder un pied dans la société qu’il a cofondée il y a 32 ans puisqu’il est appelé à prendre la présidence de son Conseil de surveillance. « JES », comme on l'appelle chez Ponant, est un ancien « Mar Mar ».  Diplômé de l’École de la Marine marchande en 1986, c’est sur les navires de Brittany Ferries, Bourbon Offshore puis CMA CGM qu'il débute une carrière d’officier. Mais il a d'autres ambitions et, à seulement 23 ans, se lance avec un groupe de jeunes camarades dans l’aventure Ponant. Aujourd’hui âgé de 55 ans, Jean-Emmanuel Sauvée, à qui certains ont prêté un intérêt pour la politique, a été élu en avril dernier président d’Armateurs de France pour un mandat de deux ans.

Un départ prévu de longue date

Depuis la reprise en 2015 de Ponant par Artémis, la holding de la famille Pinault (qui détenait selon l’un de ses collaborateurs 95% de la compagnie en 2018 - le reste du capital étant alors possédé par le management), le fait que Jean-Emmanuel Sauvée laisse la barre au bout de quelques années était entendu. La rumeur voulait depuis longtemps que le changement intervienne d’ici 2021. C’est maintenant chose faite, même si la période très tempétueuse et incertaine que traverse actuellement l’industrie de la croisière se prête sans doute moins à un changement de capitaine que ce que les protagonistes avaient imaginé.

François Pinault réaffirme son soutien à Ponant

La décision a été officialisée en interne le 2 octobre, dans un courrier rédigé par François Pinault à l’attention des collaborateurs de Ponant et dont Mer et Marine a pris connaissance. « Le plan de succession de Jean-Emmanuel à la direction opérationnelle de l’entreprise est un sujet que nous avons plusieurs fois évoqué ensemble depuis 2015, et que nous préparions tous les deux, pour qu’il se passe au mieux, depuis quelques semaines. Nous pensons tous deux que le moment est venu d’activer cette transition. Un processus de recrutement est donc en cours, piloté conjointement par Artémis et Jean-Emmanuel. Lorsque le nouveau Président Directeur Général prendra ses fonctions d’ici quelques mois, j’ai proposé à Jean-Emmanuel de me remplacer à la présidence du Conseil de Surveillance (organe de pilotage stratégique au sein duquel siège Artémis), ce qu’il a accepté et je l’en remercie chaleureusement. Cette solution permettra à Ponant de continuer à bénéficier de sa vision et de son savoir-faire, tout en facilitant la transition avec son successeur sur le plan opérationnel », écrit François Pinault. Ce dernier précise que dans l’attente de la nomination d’un nouveau P-DG, un « Directoire exceptionnel » a été mis en place. Un Directoire « aux pouvoirs renforcés, composé des membres du COMEX et de représentants d’Artémis. Il a pour double mission de permettre à Ponant de surmonter la grave crise que traverse notre industrie, et de rendre aussi fluide que possible cette période intermédiaire en termes de gouvernance d’entreprise ». 

« Les fondamentaux de la société demeurent solides »

Alors que la croisière subit de plein fouet la crise sanitaire, François Pinault tient, dans sa lettre, un discours lucide sur cette situation aussi grave qu’imprévue, tout en se voulant rassurant pour les personnels de la compagnie en réaffirmant le soutien d’Artémis : « Ponant se bat aujourd’hui pour sa survie. Dans ce contexte inédit, Artémis a décidé de jouer pleinement son rôle d’actionnaire, en renforçant son soutien financier de manière significative au cours des prochains mois pour passer ce cap difficile et aborder sereinement la sortie de crise (…) Jean-Emmanuel et moi-même partageons le constat que les fondamentaux de la société demeurent solides et que Ponant bénéficie en interne de tous les talents nécessaires à la sortie de crise, que nous espérons prochaine ». François Pinault a également salué le travail du premier patron de Ponant et de son équipe : « Il y a de quoi être fiers du travail accompli collectivement sous la direction de Jean-Emmanuel Sauvée, dont la vision d’entrepreneur il y a 32 ans et l’implication totale depuis lors ont contribué à faire de Ponant l’un des plus beaux noms de la croisière dans le monde ». 

Une aventure débutée à Nantes en 1988

C’est pour mémoire en avril 1988 que l’aventure de la Compagnie des Iles du Ponant a débuté. Une société créée à l’époque par un groupe de jeunes officiers de la Marine marchande, dont Jean-Emmanuel Sauvée. Agés de 23 à 29 ans, fraîchement diplômés de l’Hydro de Nantes, ils décident, une quinzaine d’années après la retraite forcée du paquebot France et alors que la croisière dans l’Hexagone ne subsiste plus qu’avec le vieux Mermoz de Paquet (qui sera rachetée en 1993 par Costa), de créer de toute pièce une nouvelle compagnie tricolore. Un premier navire, le voilier Le Ponant, trois-mâts de 85 mètres et 32 cabines, est mis en service en 1991. Une seconde unité neuve, Le Levant (99.6 mètres, 45 cabines), sort en 1998. Puis vient en 2004 Le Diamant (124 mètres, 113 cabines), ancien ferry construit en 1974, converti en petit paquebot en 1986 et avec lequel la compagnie débute son activité dans les régions polaires.

La période CMA CGM puis la reprise par Bridgepoint

Ponant va ensuite connaître un très fort développement sous l’impulsion des investissements consentis par ses actionnaires successifs. D’abord CMA CGM, qui prend le contrôle de la compagnie fin 2004 et entraine le déménagement de son siège de Nantes à Marseille, où il se trouve toujours. Le groupe de Jacques Saadé va permettre à Ponant de concrétiser ses ambitions, en particulier sur les croisières polaires. Deux nouveaux navires de 142 mètres et 132 cabines, Le Boréal et L’Austral, entrent en service en 2010 et 2011. Un troisième, Le Soléal, s’y ajoute en 2013. Un an plus tôt, Ponant a été cédée au fonds d’investissement britannique Bridgepoint, qui soutient la construction d’un quatrième navire de ce type. Le Lyrial, livré en 2015, constitue une version plus haut de gamme de ses aînés, avec la réduction du nombre de cabines (122) et l’intégration de suites, ainsi qu’un design intérieur plus luxueux, évolution qui avait débuté avec Le Soléal. Alors que Le Levant et Le Diamant sont vendus en 2012, ces nouvelles unités permettent à Ponant de devenir le leader mondial des croisières polaires.

L'énorme coup d'accélérateur avec Artémis

Une position que la compagnie entend maintenir et développer, tout en devenant plus globalement le numéro 1 des croisières d’expédition. Une ambition portée par un plan d’investissement colossal initié grâce à un nouveau propriétaire. En 2015, Ponant passe en effet dans le giron d’Artémis. La holding de la famille Pinault, qui détient de nombreuses marques dans le secteur du luxe, va donner un impressionnant coup d’accélérateur à Ponant. Près d’un milliard d’euros est ainsi mis sur la table pour doubler la capacité de la flotte.

De cinq navires, cette flotte passe douze, avec d’abord la série des six Explorer, navires de luxe de 131 mètres et 92 cabines livrés au rythme de deux unités par an de 2018 à 2020. A cela il faut ajouter de la croissance externe, avec le rachat en 2019 de la compagnie Paul Gauguin Cruises (PGC), spécialiste des croisières en Polynésie. Son unique navire, le petit paquebot Paul Gauguin (153 mètres, 166 cabines) datant de 1997, devient la douzième unité de la flotte.

La treizième sera hors-normes puisqu’il s’agit du premier paquebot brise-glace de l’industrie de la croisière. Capable de s’enfoncer dans la banquise jusqu’à des zones encore inaccessibles pour les bateaux de tourisme, Le Commandant Charcot (150 mètres, 130 cabines) doit entrer en flotte en 2021. Pour la suite, deux nouvelles unités d’expédition dérivées des Explorer ont été commandées fin 2019, peu avant la crise, pour PGC. A ce stade, leur livraison reste attendue en 2022 mais, compte tenu du contexte, elle pourrait être décalée.  

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Ponant | Toute l'actualité de la compagnie de croisière française