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Ponant : Le Commandant Charcot pourra-t-il être livré à l’heure ?
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Ponant : Le Commandant Charcot pourra-t-il être livré à l’heure ?

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Commandé à Vard, filiale du constructeur italien Fincantieri, le nouveau navire amiral de Ponant, tout premier paquebot brise-glace de l’industrie de la croisière, doit normalement entrer en flotte en mai 2021. Sauf que la crise du coronavirus a perturbé le programme de son achèvement. Pour mémoire, la coque du navire a été réalisée par le chantier Vard de Tulcea, en Roumanie, d’où elle est partie de 29 mars en vue de rejoindre l’un des sites norvégiens de Vard, celui de Søviknes, chargé de son armement et des essais. Mais avant d’arriver en Scandinavie, le convoi devait d’abord s’arrêter environ deux semaines à Saint-Nazaire, où il était prévu que Le Commandant Charcot passe en cale sèche dans la forme Joubert afin d’y recevoir ses propulseurs principaux, en l’occurrence deux imposants moteurs électriques Azipod. Ces machines d’une puissance unitaire de 17 MW dotés chacun d’une hélice de 6 mètres de diamètre ont été produits par le motoriste ABB en Finlande et sont arrivés le 6 mars, par cargo, à Saint-Nazaire.

 

Les deux Azipod VI du Commandant Charcot arrivés le 6 mars à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE)

Les deux Azipod VI du Commandant Charcot arrivés le 6 mars à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE)

Azipod VI (© ABB)

Azipod VI (© ABB)

 

L’opération, qui était prévue en avril, n’a pas pu se dérouler en raison du confinement imposé par le Covid-19. Le remorqueur Pegasus, qui avait pris en charge la coque en Roumanie, l’a donc directement amenée à Søviknes, où le convoi est arrivé le 28 avril. Les deux Azipod sont quant à eux restés à Saint-Nazaire, dans l’attente que navire de Ponant puisse revenir pour les recevoir. 

Toute la question est maintenant de savoir quand Le Commandant Charcot pourra être remorqué vers la France. Le constructeur et l’armateur espèrent apparemment toujours que cela pourra être le cas en juillet. Mais, pour le moment, ce calendrier se heurte à la problématique de la circulation des personnes à travers l’Europe. Car le montage des pods implique non seulement les personnels de la société française Eiffage – Clemessy, qui a décroché ce chantier, mais aussi la venue d’équipes de Vard et ABB. Or, à ce stade, les déplacements internationaux restent extrêmement compliqués, même si la situation semble devoir s'améliorer dans les semaines qui viennent. 

 

La coque du Commandant Charcot lors de son remorquage vers la Norvège (© PONANT)

La coque du Commandant Charcot lors de son remorquage vers la Norvège (© PONANT)

 

Si l’option estivale ne pouvait cependant voir le jour, la venue du Commandant Charcot à Saint-Nazaire serait décalée vers la fin de l’année. Ce qui ne serait probablement pas sans conséquence sur le planning de livraison du navire. Car au-delà du temps nécessaire à un aller-retour non programmé entre la Norvège et Saint-Nazaire, de la pose des pods dépend aussi une grosse partie des travaux liés à l’électricité, l’un des aspects les plus complexes et critiques de la construction d’un navire. Or, à Saint-Nazaire, seule la partie mécanique est prévue, pas le câblage et la mise en route des installations électriques. Tout cela devra être réalisé au retour du navire à Søviknes. Un point d’autant plus épineux que pour son nouveau fleuron, Ponant a choisi une propulsion duale fonctionnant aussi bien au gasoil qu’au gaz naturel liquéfié (qui sera le carburant principal), avec en plus un mode hybride permettant de naviguer temporairement sur batteries, en mode purement électrique. L’installation électrique du navire est donc complexe et son intégration, comme ses essais et sa mise au point, ne constituent pas une mince affaire. C’est pourquoi, selon certaines sources, il est à redouter que l’achèvement du navire subisse plusieurs mois de retard. Mer et Marine a évidemment interrogé sur cette question Ponant, notamment sur des rumeurs évoquant un retard potentiel de six mois à un an. « Le navire est en finition en Norvège depuis le 28 avril. A ce jour pas de changement concernant la date de livraison du Commandant Charcot », nous a simplement répondu la compagnie, alors que l'entrée en flotte du navire pourrait aussi dépendre d'un agenda politique

En attendant d’y voir plus clair quant aux pods, les travaux d’armement de la coque, déjà partiellement équipée en Roumanie, ont donc repris il y a un peu plus d’un mois en Norvège, en particulier sur des locaux techniques et surtout les espaces publics. Le Commandant Charcot est, comme tout navire en achèvement à flot, alimenté en électricité depuis le réseau terrestre en attendant de pouvoir faire tourner ses moteurs.

Sauf autre considération que les aspects commerciaux, Ponant devrait logiquement tout faire pour mettre en service son navire dans les temps, car un éventuel retard serait très couteux vu le prix des croisières vendues sur Le Commandant Charcot (jusqu’à 100.000 euros par personne pour les grands voyages arctiques de la saison inaugurale). Pour éviter les pénalités, Vard devrait lui-aussi mettre les bouchées doubles. On se rappellera d’ailleurs que Le Lapérouse, premier des six navires d’expédition du projet Explorer de Ponant, avait connu d’importants retards pendant sa construction. Vard était cependant, avec le soutien de Fincantieri, parvenu à le livrer comme prévu pour la saison estivale 2018.

Le projet « Icebreaker », lancé fin 2017 par Ponant et qui a donné naissance au Commandant Charcot (que l’on appelle plus brise-glace au sein de la compagnie mais « navire de haute exploration polaire »), est cependant autrement plus ambitieux que celui des Explorer.

Représentant un investissement de quelques 270 millions d'euros, ce navire unique en son genre mesure 150 mètres de long pour 28 mètres de large et affiche une jauge d’environ 30.000 GT. Il sera capable de s’enfoncer au cœur des régions polaires de l’Arctique et de l’Antarctique, dans des zones encore inaccessibles aux croisières d'expédition. Répondant à la norme Polar Code 2, ses capacités seront supérieures à celles de la plupart des brise-glaces commerciaux, à l’exception notamment des nouveaux navires russes à propulsion nucléaire. Le bateau de Ponant pourra briser une épaisseur de glace allant jusqu’à 2.5 mètres et des crêtes de compression (amoncellement au fil du temps de blocs de glace sous et au-dessus de la banquise) de plus de 10 mètres. Sa propulsion fonctionnera comme on l'a dit au GNL, ce qui permettra de réduire sensiblement, voire d’éliminer pour certains produits, les émissions polluantes (SOx, NOx, particules fines et CO2). Des batteries permettront de plus de pouvoir stopper les moteurs et fonctionner en tout électrique, sans aucun rejet, pendant plusieurs heures. 

Le Commandant Charcot sera le plus gros navire de Ponant. Il sera doté de 135 cabines, soit une capacité de 270 passagers, servis par 187 membres d’équipage. Il embarquera deux hélicoptères, des semi-rigides et proposera également des excursions en aéroglisseur et montgolfière. 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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