Croisières et Voyages
Ponant : l’épidémie sur le Cartier avait débuté lors de la précédente croisière

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Ponant : l’épidémie sur le Cartier avait débuté lors de la précédente croisière

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Le 2 novembre, Le Jacques Cartier, l’un des navires de la compagnie de croisière française Ponant, était rapatrié à Marseille suite à une épidémie de Covid-19 à bord. Selon le bilan final communiqué par l’armateur, 12 membres d’équipage et 7 passagers ont contracté le virus, sur un total de 165 personnes présentes sur le navire (93 membres d’équipage et 72 passagers). L’alerte avait été donnée dans la soirée du 25 octobre, suite au dépistage positif lors de « tests de contrôle » de deux membres d’équipage. Ces tests interviennent quelques heures seulement après le départ du Jacques Cartier de Malte, où il vient de débuter une croisière prévue pour s’achever le 2 novembre à Athènes. Un voyage finalement interrompu dès le lendemain, à l’arrivée du navire dans le port sicilien de Syracuse, où il reste quatre jours à quai. Le temps de mener en lien avec les autorités sanitaires italiennes une campagne de dépistage générale, qui révèle 17 suspicions de cas positifs, les derniers s’y ajoutant lors d’analyses complémentaires menées à bord pendant le transit vers Marseille (les navires de Ponant ayant été équipés pour mener des tests PCR, antigéniques et sérologiques).  

Des passagers de la croisière Nice-Malte tombent malade et s’indignent

Mais rapidement, on apprend que la Covid-19 a en réalité embarqué et s’est propagé sur Le Jacques Cartier lors de sa précédente croisière, entre Nice et Malte, du 18 au 25 octobre. Non pas par la compagnie, mais par ses clients. Lorsque le rapatriement à Marseille est connu, plusieurs d’entre eux alertent en effet différents media, dont Mer et Marine, expliquant que des passagers de la croisière Nice-Malte sont tombés malade après leur débarquement à La Valette. « Un certain nombre d’entre eux ont étés testé positifs et ont développé un Covid plus ou moins grave dans les jours qui ont immédiatement suivi, ce dont la compagnie a été informée », nous expliquait ainsi, le 3 novembre, une passagère parisienne ayant fait le voyage Nice-Malte. Des propos corroborés par plusieurs autres témoignages de passagers furieux, qui dans des termes très durs dénoncent le manque d’information et de suivi dont ils ont fait l’objet à leur retour en France. « Nous avons simplement reçu un mail dans la soirée du le 27 octobre nous indiquant que des cas positifs de Covid-19 avait été détectés parmi des membres d’équipage et passagers lors de la croisière qui avait suivi la nôtre. On nous expliquait que compte tenu des protocoles à bord nous n’étions pas considérés comme des cas contacts mais on nous invitait quand même à réaliser un test PCR. Nous avons rapidement compris que quelque chose n’allait pas puisque nous étions un certain nombre à être restés en contact après la croisière et nous avons ainsi appris que des personnes étaient tombées malade, ce qui a été le cas de plusieurs d’entre nous. Cela a été très difficile, heureusement nous avons pu nous soutenir les uns les autres », nous expliquait le 4 novembre Françoise, une passagère du sud de la France, qui elle-même a connu des journées et nuits très douloureuses marquées par de fortes douleurs et des problèmes respiratoires. « Nous sommes très en colère car on nous a vendu une croisière dans une bulle sanitaire, il faut voir la documentation que nous avons reçu pour nous rassurer, alors nous y sommes allés les yeux fermés. Au final, cela s’est transformé en cauchemar. Mais le plus grave, c’est qu’à notre retour on nous a laissés en plan et qu’à part le mail du 27 octobre, personne chez Ponant ne nous a recontacté pour s’enquérir de notre état de santé alors qu’il était évident que l’épidémie avait débuté sur notre croisière ».

La compagnie recontacte tout le monde, apprenant l’existence de 22 cas supplémentaires

Plus de dix jours après leur débarquement, les passagers de la croisière Nice-Marseille (123 personnes, dont 14 sont restées à bord pour la croisière suivante) sont finalement recontactés, dans la foulée des premières questions sur ce voyage posées par la presse à la compagnie. Et cette fois, les choses ne trainent pas. Tous sont rappelés téléphoniquement, et parfois à plusieurs reprises comme le confirme Françoise, avec qui nous avons de nouveau échangé le 10 novembre. « Ils se sont enfin réveillés, c’est bien, mais ce que nous voulons ce sont des excuses et la transparence sur ce qui s’est passé. Il faut au moins que cela serve de leçon pour qu’une telle situation ne se reproduise pas ».

Chez Ponant, on ne reconnait pas d’erreur, ni dans le déroulement des faits et la mise en œuvre du protocole sanitaire, ni dans le suivi de la clientèle. Cela, bien qu’à l’évidence il eut été judicieux, au-delà du mail d’alerte du 27 octobre qui du reste n’invitait pas les passagers à donner de leurs nouvelles, de recontacter immédiatement et activement les clients de la croisière Nice-Malte. Ne serait-ce que pour comprendre comment et dans quelles proportions l’épidémie a pu arriver et se répandre à bord, sans être détectée malgré les tests pré-embarquement, les contrôles quotidiens (température, oxygénation) sur les passagers et membres d’équipage ainsi que les multiples mesures sanitaires en vigueur sur les navires de Ponant. Cela, afin de savoir si, face à ce premier cas majeur auquel la compagnie est confrontée depuis la reprise de son activité en juillet, les protocoles et la fameuse « bulle sanitaire » mis en place avec le Bureau Veritas sont suffisamment robustes et fiables.

Car même si l’armateur rappelle des problématiques « de secret médical » et qu’il ne peut pas se « substituer » aux autorités sanitaires, au final, le bilan interpelle. A l’issue de la compagne de rappels des passagers de la croisière Nice-Malte, qui s’est achevée lundi, il ressort en effet que 22 d’entre eux, selon les chiffres fournis le 10 novembre par la compagnie à Mer et Marine, ont contracté le virus. Une de ces personnes est actuellement hospitalisée. Son état ne serait pas grave selon la compagnie, qui assure qu’à sa connaissance, il n’y a pas eu de décès.  

Cela fait donc en tout 41 cas sur les deux dernières croisières du Jacques Cartier : 12 membres d’équipage et 29 passagers. Des proportions qui ne sont pas loin d’équivaloir celles des épidémies survenues sur de grands paquebots au début de la crise, alors qu’il n’y avait à l’époque pas toutes les mesures de protection en vigueur aujourd’hui. Une réalité qui interroge et va sans doute conduire Ponant, comme d’autres, à revoir son dispositif, à la lumière de cet évènement mais aussi de l’évolution de la maladie et des capacités de détection du virus, qui a déjà connu plusieurs variantes depuis le mois de mars.

Les évolutions du virus rendent-elles les protocoles moins efficaces ?

Concernant le « patient 0 », les soupçons se focalisent sur l’un des musiciens présents à bord, en l’occurrence le pianiste, qui avait embarqué sur Le Jacques Cartier à Marseille, juste avant que le navire rejoigne Nice le 18 octobre pour accueillir ses passagers. Alors que son test réalisé dans les 48 heures avant l’embarquement s’était révélé négatif, un second test au moment de monter à bord est ressorti positif. Un troisième a donc été réalisé par l’IHU de Marseille, avec lequel Ponant a un partenariat sur les questions sanitaires, pour confirmer l’état de santé du musicien. Ce troisième test s’est révélé négatif et le pianiste a donc été autorisé à embarquer. « A posteriori, nous pourrions avoir d’éventuels soupçons sur le pianiste. En effet,  c’est l’unique cas où l’intégralité des tests réalisé n’a pas été dans le même sens. Nous avons fait confiance au test de contrôle final et sans équivoque, réalisé par l’hôpital et qui s’est révélé négatif. Cependant, on ne saura jamais de manière certaine qui fut la première personne contaminée et nous n’excluons quand même pas que des passagers aient pu aussi être porteurs », explique à Mer et Marine le directeur des opérations de Ponant. Frédéric Gallois met en avant les évolutions constatées sur le nouveau coronavirus : « Le problème c’est que l’on voit maintenant des évolutions du virus, on peut passer une série de tests PCR négatifs et quand même développer la maladie. Selon certains, cette seconde vague serait plus contagieuse, il y a des phases de la maladie où le virus n’est pas détectable et quasiment que des asymptomatiques. Dans ce contexte, le cas du musicien, si c’est bien lui, nous trouble et suite à ce qui s’est passé, nous avons décidé de suspendre temporairement nos opérations ». A la question de savoir s’il n’aurait pas mieux fallu annuler la croisière du Jacques Cartier dès Nice, alors que le nombre de contaminations repartait sensiblement à la hausse en France, on estime chez Ponant que les voyants étaient encore au vert, même si on reconnait qu’il y avait une attention accrue : « C’est pour cette raison d’ailleurs que des tests complémentaires ont été menés à l’embarquement et que le navire n’est parti de Nice que le lendemain de la date prévue ». Quant aux soupçons de certains passagers sur le fait que la compagnie, au moment du départ de Malte, avait conscience qu’une épidémie était probablement en cours, le siège de Ponant avait déjà catégoriquement démenti dans une réponse à nos questions le 7 novembre : « Aucune suspicion n’a été identifiée à l’embarquement à Malte, car tous les passagers et membres équipages avaient été testés négatifs et que personne n’avait montré le moindre symptôme à l’arrivée à Malte le 25 octobre ». Sauf que le Covid, comme on l’a vu, était déjà monté à bord.

« Il faut un retour d’expérience général »

Evidemment, après un été quasiment sans anicroche, la double épidémie du Jacques Cartier a fortement secoué Ponant et oblige l’armateur à se poser des questions. A la lumière des derniers évènements, il faut selon Frédéric Gallois « un retour d’expérience général et nous avons dans cette optique constitué un groupe de travail, avec notamment les marins-pompiers et l’IHU de Marseille ainsi que d’autres médecins, pour comprendre les forces et les faiblesses de notre protocole face au virus et son évolution. Nous allons prendre le temps d’étudier le dispositif au regard de la situation afin d’en tirer les enseignements et si besoin faire évoluer notre stratégie avant de reprendre nos opérations ». Pour Frédéric Gallois, le protocole mis en place en juillet était en tous cas solide : « sinon, nous n’aurions pas réalisé 59 croisières sans problème cet été ». Avant Le Jacques Cartier, la compagnie avait eu toutefois à gérer deux cas de Covid-19 sur sa flotte, une passagère américaine sur Le Paul Gauguin en Polynésie et un membre d’équipage sur Le Lyrial exploité cet été vers la Corse. « Mais dans ces deux cas le protocole a parfaitement fonctionné. Les personnes ont été détectées vite et isolées, sans que le virus se propage. La réalité c’est que nous avons beaucoup navigué depuis cet été, nous avons fait 3500 heureux, des clients qui se sont sentis en sécurité, avec un taux de satisfaction qui a été le plus élevé de notre histoire. Cette saison nous a permis de bâtir un solide retour d’expérience alors que nous croyons toujours dans le fait qu’un espace clos est un espace protégé. Pour les deux dernières croisières du Jacques Cartier, je ne pense pas que nous ayons été mauvais. Nous devons cependant comprendre ». Et pour ce qui concerne le manque de suivi des passagers de la croisière Nice-Malte ? « Il faut toujours s’améliorer, être en quête d’amélioration permanente face à une pandémie qui pose encore au milieu scientifique de nombreuses questions. Il y a des limites au suivi qui est conditionné par le secret médical. Je reste persuadé que le sentiment qui reste est celui d’une compagnie au plus près de ses clients ».

Un message que certains passagers de la croisière Nice-Malte auront probablement du mal à accepter après l’expérience vécue. Françoise, elle, n’en démord pas : « Ce que nous voulons, ce sont des excuses et savoir exactement ce qui s’est passé ». En attendant, cette cliente assure qu’elle n’est pas prête de remettre les pieds sur un bateau de croisière, du moins tant que plane la menace Covid.   

Et du côté du BV? 

Du côté du Bureau Veritas, qui a accompagné les mesures sanitaires du redémarrage des activités de Ponant et d'autres compagnies de navires à passagers avec son dispositif Restart your Business, on ne souhaite pas répondre à Mer et Marine spécifiquement sur ce cas. On précise simplement qu' « avec un recul de neuf mois sur cette pandémie, nous voyons globalement qu'il y a toujours des challenges qui rendent les réponses sanitaires difficiles, le tout dans un contexte de changement régulier des politiques publiques, puisque les autorités et les législateurs cherchent la meilleure manière de préserver la santé des citoyens en même temps que l'activité économique. Nous prenons en compte tous les retours opérationnels ainsi que l'évolution des pratiques pour faire évoluer notre accompagnement et nous invitons tous les acteurs du secteur à échanger et travailler avec nous pour gérer au mieux le Covid-19 et les autres maladies ». 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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