Croisières et Voyages
Ponant met sa flotte à l’arrêt et à l’abri

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Ponant met sa flotte à l’arrêt et à l’abri

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Si les grands paquebots ont été les premiers impactés par les contraintes puis interdictions liées à l’épidémie de coronavirus, les petits navires d’expédition sont eux aussi obligés de cesser leur activité. C’est le cas pour la compagnie française Ponant, qui va mettre ses huit unités en service à l’arrêt. « La situation a considérablement évolué depuis jeudi dernier. A ce moment-là nous pensions pouvoir opérer 100% de la flotte dans les cinq à six prochaines semaines, c’est-à-dire jusqu’au 20 avril et nous avions communiqué en ce sens auprès des clients. Puis il y a eu les annonces de Donald Trump et l’on a vu progressivement les ports se fermer en 48 heures. Vendredi soir, nous avons donc été dans l’obligation d’arrêter l’intégralité de nos opérations sur les prochaines croisières. Nous pensions cependant pouvoir achever celles qui étaient en cours, certaines jusqu’au 21 mars. Mais la situation s’est encore plus dégradée entretemps et nous avons donc décidé de les interrompre avant leur terme afin d’arrêter l’intégralité de la flotte le plus tôt possible tout en assurant le rapatriement des clients », expliquait hier après-midi Hervé Bellaïche, directeur général adjoint de Ponant, qui n'a pas eu à déplorer de cas avéré ou de suspicion de Covid-19 sur ses navires. 

Ce lundi, il ne restait plus que trois navires de la compagnie française avec des passagers encore à bord : Le Boréal, L’Austral en Argentine et le Le Soléal vers la Polynésie. « Nous nous occupons de la logistique en lien étroit avec nos partenaires agents de voyages, les autorités locales et ambassades afin de rapatrier ces clients dans les meilleurs délais ».

A ce stade, toutes les croisières de Ponant sont annulées jusqu’au 19 avril au moins, un délai qui pourra évidemment être allongé selon l’évolution de la situation. La compagnie a pris différentes mesures pour sa clientèle (reports, remboursements) et mis en place une politique commerciale adaptée aux incertitudes du moment, avec en particulier la possibilité d’annuler et d’être remboursé sans frais pour les croisières réservées pour les trois prochains mois.

A ce stade, en dehors des trois navires déjà cités, Le Lyrial, en provenance d’Ushuaia, est arrivé hier au Cap, en Afrique du sud. Le Lapérouse est en Australie, Le Bougainville aux Seychelles, Le Champlain en Martinique et Le Dumont d’Urville a quitté dimanche Curaçao. Quant au voilier Le Ponant, il n’est pour mémoire pas en activité, sa refonte ayant débuté au mois d’octobre à Gênes.

Dans ce contexte, au-delà du rapatriement des derniers passagers, la compagnie déploie un plan de mise à l’abri de ses navires et équipages, sachant que les quatre unités du type Boréal sont armées par près de 140 personnels et les quatre du type Lapérouse par 110. Ce qui fait en tout environ un millier de salariés. « Nous sommes en contact permanent avec les équipages que nous tenons un maximum au courant de la situation, sachant que celle-ci évolue rapidement. Il faut aussi les rassurer, car ils peuvent dans ce contexte inédit se poser la question de la solidité de l’entreprise. Nous leur expliquons donc que nous ne sommes pas en péril, que l’emploi sera sauvegardé et que les salaires seront payés. A ce jour, nous n’avons pas encore rapatrié de staff, y compris sur les navires où il n’y a plus de clients. Ce n’est pas impossible que nous le fassions, mais nous avons certains salariés qui se sentent plus sécurisés sur les bateaux et il faut aussi composer avec la fermeture de nombreux aéroports. Nous allons donc étudier la question pour chaque cas, le message que nous leur adressons étant très clair : nous ne les laisserons pas tomber et nous trouverons des solutions ».

La position géographique des navires va dans un certain nombre de cas être amenée à évoluer, en tenant compte notamment des zones de repositionnement prévues pour la saison estivale.

Quant au personnel sédentaire, le télétravail est devenu la norme. Ainsi, au siège marseillais de Ponant, il n’y avait plus hier qu’une dizaine de personnes physiquement présentes, sur environ 400 en temps normal. Même le call center se gère à domicile. Car il faut continuer de gérer les appels des clients, dont certains téléphonent toujours pour effectuer des réservations, plutôt d’ailleurs pour les zones polaires, vers l’Antarctique et l’Arctique à partir de l’hiver prochain et en 2021.  

Comme pour toute l’industrie de la croisière, contrainte pour la première fois de son histoire de se mettre entièrement à l’arrêt, la question est maintenant de savoir quand les opérations pourront reprendre et quelles conséquences cette crise aura sur les opérateurs. Heureusement pour Ponant, la compagnie française est adossée à un groupe solide puisqu’elle appartient depuis 2015 à Artémis, la holding de la famille Pinault. Pour Hervé Bellaïche, « l’industrie du tourisme est en train de trembler mais Ponant a les reins solides, l’entreprise est financièrement robuste et bénéficie du soutien de son actionnaire. C’est aussi une société qui sait s’adapter et peut compter sur un management réactif qui a déjà connu des situations de crise », avec un patron, Jean-Emmanuel Sauvée, « qui sait prendre des décisions rapides et efficaces ».  

Pour mémoire, Ponant a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 380 millions d'euros, accueillant quelques 60.000 passagers sur 350 croisières. Son dixième navire, Le Bellot, a récemment achevé ses essais en Norvège et devait entrer en service la semaine prochaine. Sa croisière inaugurale est bien évidemment reportée. Quant au Jacques Cartier, sixième et dernière unité du projet Explorer, qui a donné naissance et Lapérouse et à ses sisterships, il doit être livré en juin par le constructeur norvégien Vard. Deux autres navires dérivés doivent suivre en 2022 pour Paul Gauguin Cruises, compagnie rachetée en 2019 par Ponant et dont l'unique navire actuellement en service, le petit paquebot Paul Gauguin, est à quai dans le port de Papeete, à Tahiti. 

 

Compagnie du Ponant Coronavirus (Covid-19)