Croisières et Voyages
Ponant met sa flotte à l’arrêt pour plusieurs mois mais veut préserver l’emploi

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Ponant met sa flotte à l’arrêt pour plusieurs mois mais veut préserver l’emploi

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Face à la dégradation de la situation sanitaire, la compagnie française, qui avait partiellement repris cet été son activité, a décidé de mettre sa flotte à l’arrêt, a priori pour de nombreux mois. A ce jour, tous les navires de Ponant, qui compte onze unités en service (auxquelles s’ajoute le voilier Le Ponant toujours en refonte à Gênes), ont cessé leurs croisières. Seul Le Boréal, qui a rejoint la Polynésie, est encore actif, mais seulement dans le cadre d’un affrètement de plusieurs semaines comme hôtel flottant pour les besoins d’une émission télévisée. « Compte tenu de l’évolution du virus et des restrictions de circulation en vigueur dans de nombreux pays, nous avons décidé de cesser temporairement nos opérations », explique à Mer et Marine Frédéric Gallois, directeur des opérations de Ponant. Pour l’heure, sauf heureuse surprise, la compagnie vise plutôt une reprise à partir du printemps 2021, si les conditions le permettent.  

D’ici là, elle va plancher sur la programmation de l’année prochaine, avec plusieurs scenarii en fonction des situations envisageables à cette échéance : « La reprise est complexe car elle dépend de trois facteurs principaux : l’évolution de la menace sanitaire, les technologies et outils qui seront disponibles pour y faire face, ainsi que la règlementation en vigueur dans les pays : est-ce que les Etats-Unis, l’Australie ou encore l’Amérique latine avec l’Antarctique seront ouverts et, si tel est le cas, sous quelles conditions ? » Alors que la Covid-19 évolue, le virus semble comporter différemment aujourd’hui de ce que l’on observait cet été, parvenant ainsi à déjouer des protocoles pourtant très robustes. Ponant planche sur la mise à jour de son dispositif sanitaire. Cela, à la lumière notamment de l’épidémie qui s’est déclenchée fin octobre sur Le Jacques Cartier.

Garder 750 navigants

Sur le plan social, cet arrêt temporaire de l’activité pose évidemment un gros problème à la compagnie, qui emploie en temps normal 1750 navigants. D’abord, Ponant, avec le soutien de sa maison-mère Artemis, a décidé de maintenir à bord des navires un nombre plus important de personnel que ce qui est requis. « Nous n’aurons pas de désarmement réel, où on ne trouverait à bord qu’une dizaine de marins. Nous sommes dans une situation où le safe manning représente une vingtaine de personnes par navire, chargées d’assurer la sécurité et différentes obligations auprès des ports, par exemple de petites navigations (en cas de besoin de libérer un quai, en prévision d’aléas météorologiques, pour refaire de l’eau douce au large… ndlr). Grâce au soutien de notre actionnaire, nous allons pouvoir conserver un haut niveau d’armement en ajoutant un manning armateur qui permet de garder un effectif entre 35 et 40 personnes par navire, par exemple un peu de personnel hôtelier et pour des opérations de maintenance. Cela nous permet de préserver un actif humain plus important ». En tout, Ponant compte ainsi conserver actifs 750 de ses navigants, ce qui est niveau très élevé pour une flotte immobilisée.

D'autres armateurs français cherchent du personnel

Mais il n’y a évidemment pas de la place pour tout le monde, y compris les près de 200 officiers français qu’emploie désormais la compagnie. Alors celle-ci s’est tournée vers d’autres armateurs hexagonaux qui sont moins touchés par la crise et ont actuellement de forts besoins de recrutements. « Nous trouvons des solutions au travers de coopération avec d’autres compagnies, comme CMA CGM, avec qui nous avons noué un partenariat. Cela permet d’offrir à nos officiers et marins des embarquements d’un ou deux mois chez CMA CGM en attendant que nous puissions reprendre notre activité ». Un arrangement qui comprend également, assure Frédéric Gallois, une sorte de « gentlemen agreement » entre les deux armateurs pour éviter que l’un profite de la situation délicate de l’autre pour piller son vivier humain. Du fait de forts besoins, d’un nombre jugé insuffisant de jeunes diplômés de l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) et d’une tendance actuelle des marins à débarquer plus tôt qu’autrefois dans leur carrière, le marché de l’emploi chez les navigants français, en particulier les officiers, est en effet tendu. Avant la crise sanitaire, les compagnies s’arrachaient les quelques candidats disponibles. La pandémie a permis de soulager partiellement cette tension mais chacun sait que lorsque les affaires reprendront, la bataille entre recruteurs reviendra.

Chez CMA CGM, on confirme à Mer et Marine que les marins de Ponant « sont les bienvenus » et qu’ils sont « invités à transmettre leur dossier de candidature ». On notera aussi que certains des officiers de Ponant ont été embauchés par Louis Dreyfus Armateurs (où l’on recrute également des marins de Brittany Ferries, elle aussi durement touchée par la crise), sans qu’il y ait ici d’accord conclu entre les deux entreprises, dit-on chez LDA.  

« C’est en effet pour le personnel hôtelier que la situation est la plus douloureuse »

Ponant essaye donc de préserver au maximum son capital humain, qui sera essentiel pour le redémarrage. Au-delà des officiers, qui ont donc des opportunités pour ne pas rester sur le carreau, la situation est en revanche plus difficile pour les personnels hôteliers, dont une partie sont de nationalités étrangères (Mauriciens et Philippins par exemple). « C’est en effet pour le personnel hôtelier que la situation est la plus douloureuse. Nous avons mis en place un fonds de solidarité pour leur venir en aide et nous maintenons les prestations sociales. L’objectif est de garder le lien avec eux. Nous prévoyons de lancer dès le début de l’année 2021 une campagne précontractuelle pour remobiliser ces personnels, qu’ils gardent espoir et sachent que nous voulons les retrouver en prévision de la reprise ». Car après la crise, « l’un de nos grands défis sera de réarmer la flotte ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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