Croisières et Voyages
Ponant prépare une nouvelle phase majeure d’investissement

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Ponant prépare une nouvelle phase majeure d’investissement

Croisières et Voyages

Entre un et deux nouveaux navires par an entre 2018 et 2020, voire 2022. C’est ce que projette la compagnie française dans le cadre d’un nouveau plan de développement actuellement à l’étude. Ouvrant une nouvelle page de son histoire après sa reprise par Artemis, la holding de la famille Pinault, Ponant entend poursuivre son essor et accentuer sa présence sur le marché des croisières de luxe et des voyages d’expédition. « Avec François Pinault, nous inscrivons notre projet dans la durée et nous avons désormais une belle visibilité qui nous permet de développer l’entreprise sur le très long terme », explique Jean-Emmanuel Sauvée, président et co-fondateur de Ponant. La compagnie, qui a basé son concept sur les croisières d’expédition et culturelles à bord de petits navires, compte monter en gamme pour venir rivaliser avec les standards des grandes compagnies de luxe américaines. « Sur le pur côté luxe, il nous manque encore certains codes, comme la taille des cabines, même si nous proposons des suites plus vastes sur notre dernier navire, Le Lyrial. En revanche, nous compensons avec d’autres critères. Par exemple, toutes nos cabines sont dotées d’un balcon, alors que nos plateaux d’artistes et le niveau de nos conférenciers sont parmi les meilleurs ». L’arrivée d’Artemis s’inscrit pleinement de cette logique de montée de gamme. « Nous pouvons trouver des synergies avec les marques du groupe et, ainsi, mettre encore plus en valeur nos prestations. On peut par exemple penser à Château Latour dans le domaine de l’œnologie, à Christie’s pour l’art et la culture, ou encore à Yves Saint Laurent. Avec Artemis, faire de Ponant une superbe vitrine du luxe à la française coule de source car nos navires de croisière, battant pavillon tricolore, sont de véritables ambassadeurs qui rayonnent autour de la planète et incarnent une certaine vision du luxe et de l’art de vivre français », estime Jean-Emmanuel Sauvée.

 

Le trois-mâts Le Ponant (© : PONANT)

Le trois-mâts Le Ponant (© : PONANT)

 

Plusieurs design à l’étude

Dans cette perspective, la compagnie, qui a mis en service entre 2010 et 2015 quatre nouveaux navires (Le Boréal, L’Austral, Le Soléal et Le Lyrial) de 142 mètres et 122 à 132 cabines, travaille donc sur un nouveau plan de développement de sa flotte. Et le projet s’annonce de grande ampleur puisque Ponant pourrait exploiter une dizaine d'unités dans cinq ans. « Notre programme d’expansion couvre la période 2018-2020, voire 2022, avec un à deux nouveaux navires par an », précise Jean-Emmanuel Sauvée. « Nous réfléchissons aux meilleurs navires pour répondre à notre stratégie de développement. Plusieurs design sont à l’étude. Certains sont plus gros que les Boréal, d’autres plus petits ». L’un des concepts porte même sur un grand quatre-mâts ultramoderne, qui permettrait à la compagnie de renouer avec ses origines et son premier navire, Le Ponant, un voilier de 32 cabines qui rencontre toujours un franc succès. En termes de taille, un accroissement du gabarit permettrait justement, avec des espaces supplémentaires, d’atteindre les standards en vigueur chez les majors des croisières de luxe. Toutefois, la compagnie n’entend pas dépasser une certaine limite afin de préserver son concept. « Nous considérons qu’il y a une taille maximale au-delà de laquelle il est difficile de faire du luxe. Cette barre, nous la fixons à 200-220 cabines. Au-dessus, on ne peut pas avoir un vrai contact personnalisé avec les passagers ». La commande des nouveaux navires devrait, si tout va bien, intervenir en 2016 pour des livraisons à partir de 2018. « Nous aurons des choses à annoncer dans quelques mois. L’idée est de passer commande l’an prochain et, d’ici là, nous travaillons activement et murissons le projet ».

 

Le Lyrial a été construit à Ancône, en Italie (© : FINCANTIERI)

Le Lyrial a été construit à Ancône, en Italie (© : FINCANTIERI)

 

Une construction en France envisageable mais sous conditions

Quant à savoir où ils seront construits, on se souvient que les quatre Boréal sont sortis des chantiers italiens Fincantieri. Les prochains pourraient-ils voir le jour en France ? Chez Ponant, cette option est sur la table : « Je rappelle que nos deux premiers navires, Le Ponant et Le Levant, ont été réalisés en France et que Le Diamant avait également été rénové ici. Dès que c’est possible, nous faisons appel aux chantiers français. Concernant les nouveaux navires, il n’y a pas beaucoup d’écart de prix entre les constructeurs européens. Toutefois, pour construire en France aujourd’hui, il faut notamment des mécanismes financiers de garantie. On ne demande rien de plus que ce qui est accordé aux armateurs étrangers qui font construire leurs navires en France. Des solutions sont en cours d’élaboration mais, à l’heure où l’on se parle, cette donnée cruciale pose toujours problème. Nous avons néanmoins l’espoir que ces difficultés finiront par être levées ». La solution à ce problème de garantie, c’est le fameux système de « Coface inversée » que les armateurs et le Cluster Maritime Français demandent au gouvernement de mettre en place. Une évolution de la législation sur le pavillon tricolore permettant d’exploiter un casino à bord des navires français serait également la bienvenue. « Aujourd’hui nous n’en avons pas besoin mais demain, dans le cadre de notre développement, ce sera peut-être le cas », note le patron de Ponant.

Une croissance très forte et près de 30.000 passagers cette année

En attendant que ce nouveau projet majeur voie le jour, Ponant continue de grandir. En 2015, sa croissance devrait être supérieure à 20%, le chiffre d’affaires atteindre 145 millions d’euros et le nombre de passagers augmenter de 23% pour s’approcher des 30.000 clients. « C’est encore une année exceptionnelle alors que nous avions déjà enregistré une croissance de 20% en 2014. Le taux de satisfaction de nos clients s’est encore accru et nous investissons beaucoup pour monter en gamme et proposer le produit le plus exclusif possible », explique Hervé Bellaïche, directeur général adjoint de Ponant en charge du Commercial et du Marketing.

 

Le Lyrial (© : PONANT)

Le Lyrial (© : PONANT)

 

Des standards toujours plus élevés

Des partenariats ont été passés avec de célèbres maisons françaises, comme Veuve Clicquot, Ladurée et Bordier, dont les champagnes, macarons et beurres sont désormais proposés sur les navires de Ponant. Par ailleurs, la compagnie investit beaucoup dans la gastronomie et les produits du terroir. Et elle travaille résolument les détails pour poursuivre sa montée en gamme dans l’univers des croisières de luxe. Un parfum spécifique diffusé à bord et qui offre une ambiance olfactive unique a, par exemple, été développé avec Fragonard. « Nous allons également scénariser à bord ce que l’on appelle les "Instants Ponant", qui doivent constituer des moments inoubliables pour les passagers ». C'est par exemple la dégustation de champagne et le foie gras au milieu de la baie d’Halong, lorsque le capitaine réveille les passagers pour profiter d’un spectacle exceptionnel, ou encore la coupe servie depuis un Zodiac pour célébrer la première descente des voyageurs sur le continent Antarctique.

 

Une coupe pour la première descente en Antarctique (© : MER ET MARINE)

Une coupe pour la première descente en Antarctique (© : MER ET MARINE)

 

Alors que le design intérieur des deux derniers navires de la flotte a clairement gagné en élégance et raffinement, le Lyrial étant en outre doté de suites avec service de majordome, Ponant mise également sur la technologie. Elle vient ainsi de renforcer les systèmes de liaison satellite de sa flotte. « Nous avons significativement augmenté la bande passante et sommes désormais l’une des compagnies offrant le meilleur service Internet. Nos passagers peuvent ainsi rester connectés et partager leur expérience en temps réel sur le net ». De cette manière, chaque passager devient un ambassadeur encore plus actif de la marque et de l’expérience vécue à bord.

 

Le Lyrial (© : PONANT)

Le Lyrial (© : PONANT)

Le Lyrial (© : PONANT)

Le Lyrial (© : PONANT)

 

Un show room de 160 m² en plein Paris

Pour assurer son développement, la compagnie s’appuie sur les agents de voyages, 800 d’entre eux travaillant avec elle en France. « Nous communiquons beaucoup et fournissons des outils aux agents de voyage, que nous embarquons également sur les navires afin qu’ils expérimentent le produit et puissent ensuite en parler à leurs clients. Mais nous voulons aller encore plus loin en ouvrant un pavillon à Paris ». Situé avenue Victor Hugo, dans le 16ème arrondissement, ce show room de 160 m², sur deux étages, doit être inauguré le mois prochain. « L’idée est d’emmener Ponant jusqu’aux agents de voyage. C’est un lieu où l’on va cristalliser l’âme de Ponant. Il y aura la même ambiance olfactive que sur les navires, dont nous allons reprendre des éléments de la décoration. Il y trouvera aussi de nombreux visuels retraçant les croisières que nous proposons. La salle de conférence, d’une quinzaine de places, sera une réplique en plus petit de celle équipant les Boréal. Nous pourrons y recevoir les agents de voyages, faire intervenir des naturalistes pour expliquer les expéditions que nous faisons vivre. Ce sera un outil fantastique pour mieux faire connaître le produit à nos partenaires », assure Hervé Bellaïche.

Des itinéraires extrêmement variés et originaux

L’une des grandes forces de Ponant réside dans l’incroyable richesse de sa programmation : 200 croisières et 100 programmes par an pour seulement cinq navires, avec des voyages au cœur de la Méditerranée, des Caraïbes, de l’Amérique latine, du Pacifique, de l’Asie… Des méandres de l’Amazone aux forêts tropicales des Philippines, en passant par les lagons des archipels océaniens et les îles du Cap Vert : « La diversité des destinations est fantastique et 10% des programmes sont renouvelés chaque année. Ces itinéraires d’exception ne cessent de s’enrichir. Ainsi, nous serons à New York en 2016, puis en Afrique du sud, à Madagascar et aux Seychelles en 2017 », note Hervé Bellaïche. A cela, il convient bien entendu d’ajouter les zones polaires, un marché sur lequel Ponant est aujourd’hui leader mondial.

 

L'Austral en Antarctique (© : MER ET MARINE)

L'Austral en Antarctique (© : MER ET MARINE)

 

N°1 sur les pôles

La compagnie s’est faite une spécialité des croisières d’expédition en Antarctique, où elle va déployer pour la première fois, cet hiver, trois navires, mais aussi vers l’Arctique, où Le Soléal fut en 2014 le premier navire de croisière à franchir le passage du nord-ouest, réalisant une traversée historique entre le Groenland et la Russie, qui a été rééditée à deux reprises cette année. « L’âme de Ponant, c’est la découverte et l’aventure, des itinéraires incroyables et très attractifs. La destination est vraiment au cœur de notre dispositif, elle impose des navires plus petits et un produit différent marqué par une forte conception culturelle. C’est ainsi que nous nous sommes faits une place dans l’industrie de la croisière où, même si nous restons petits bien qu’étant leader sur les Pôles, nous sommes aujourd’hui connus et reconnus », complète Jean-Emmanuel Sauvée.

 

L'Austral en Antarctique (© : MER ET MARINE)

L'Austral en Antarctique (© : MER ET MARINE)

 

La moitié de la clientèle francophone

En matière de clientèle, les Français sont toujours la première nationalité à bord des navires de Ponant. Ils représentent 40% des passagers, auxquels s’ajoutent 10% de Belges et Suisses francophones. La part des Américains atteint aujourd’hui 30% et les 20 derniers % sont constitués d’Australiens, d’Allemands et de Chinois, complétés par quelques autres nationalités, comme des Japonais et Britanniques. Pour soutenir sa croissance, la compagnie a ouvert des bureaux à Hong Kong, Shanghai, Hambourg, New York ou encore Sydney, d’où elle capte un marché australien en plein essor. Concernant les Chinois, la tendance est surtout à l’affrètement, en particulier pour l’Antarctique. L’internationalisation de la clientèle va mécaniquement se poursuivre avec la montée en puissance de la compagnie. Toutefois, Jean-Emmanuel Sauvée estime que la typologie actuelle devrait perdurer. « L’idée est de conserver une moitié de passagers francophone, car nous trouvons que c’est un bon équilibre. Mais cela implique d’augmenter les volumes dans l’Hexagone, où le marché de la croisière continue de croître ».

Une aventure bientôt trentenaire

Bientôt 30 ans après sa création, Ponant est donc toutes voiles dehors et aborde l’avenir avec optimisme. Quand on connait les débuts de la société, on mesure le chemin parcouru. Né sur les bords de Loire en 1988 sous le nom de Compagnie des îles du Ponant, l’armement français a été fondé par une douzaine de jeunes officiers de la Marine marchande, dont Jean-Emmanuel Sauvée et Philippe Videau, moteurs de l’aventure. Alors que la flotte de commerce tricolore était en plein marasme, ces jeunes officiers, fraîchement sortis de l’Hydro de Nantes, décident de créer leur propre compagnie. Une compagnie de marins pour des passionnés de navigation et de découvertes. « C’était une époque difficile pour la marine marchande française et les perspectives n’étaient pas bonnes pour les officiers sortant des écoles. Nous avons donc décidé de prendre notre destin en main et de rénover les règles de notre profession. Nous sommes partis sans un sou en poche, c’était un pari un peu fou et il fallait y croire. Mais à force de motivation et de bonnes idées, on y est parvenu. Et la réussite ne nous fait pas oublier d’où nous venons », confie le président de Ponant.

 

(© : MER ET MARINE)

(© : MER ET MARINE)

 

Mata Utu pour port d’attache

Initialement, la compagnie exploitait des navires immatriculés au premier registre du pavillon français. Mais il s’agissait de petits bateaux. Avec l’extension de la flotte, l’augmentation du gabarit des navires et donc de leurs équipages, mais aussi l’évolution du contexte économique et règlementaire, Ponant a fait de Mata Utu, dans l’archipel français de Wallis et Futuna, son nouveau port d’attache officiel. « Au départ, Le Ponant et Le Levant avaient des équipages 100% français mais ce ne serait plus possible aujourd’hui. Alors que le RIF est adapté aux navires de charge, les problématiques de la croisière sont différentes. Il n’y a pas 20 ou 30 marins à bord mais un équipage de 150 personnes avec beaucoup de spécialités, dont un tiers seulement pour la conduite. La législation dans les territoires d’Outre-mer, en particulier le registre de Mata Utu, nous a permis d’être innovant et de préserver le pavillon français sur nos navires ». Un pavillon bis qui laisse de grandes latitudes à la compagnie pour embaucher des personnels internationaux.  Pour autant, le nombre de marins français à bord reste très important.  Ainsi, sur les 800 navigants qu’elle compte aujourd’hui, 43% sont de nationalité française. « Ce n’est pas un effet d’affichage car nous pourrions en avoir beaucoup moins. Mais nous sommes attentifs au savoir-faire, qui est important en France, et nous recrutons dès que nous le pouvons des personnels français. C’est le cas pour tous les postes clés et nous avons par exemple de plus en plus d’officiers français en machines ».

Un millier de collaborateurs

Aux 800 navigants armant les navires de Ponant s’ajoutent 150 collaborateurs à son siège de Marseille et une cinquantaine dans ses bureaux à l’étranger. « Cela fait un millier de personnes dans l’entreprise et nous allons continuer de croître. Nous sommes en effet sur un marché très dynamique et, après 30 ans de travail, notre modèle économique est très performant. C’est pourquoi nos ambitions sont fortes ».

Indépendante de 1988 à 2004, la jeune compagnie a été reprise plusieurs fois. D’abord par CMA CGM en 2004. « Nous avons travaillé huit ans avec ce grand armateur et nous sommes parvenus à nous intégrer dans ce groupe international. Avec CMA CGM, nous avons fait beaucoup de choses. Nous avons été pionniers sur l’Antarctique et avons initié la transformation de la flotte et l’investissement dans des navires neufs ». En 2012, changement d’actionnaire. CMA CGM revend la compagnie au fonds d’investissement Bridgepoint. « Là aussi, nous avons pendant trois ans beaucoup travaillé, continué de transformer et de développer l’entreprise avec de nouvelles méthodes, celles d’un fonds d’investissement, ce qui fut très enrichissant ». Aujourd’hui, une nouvelle page s’est donc ouverte avec Artemis. « Avec François Pinault, nous allons poursuivre sur le long terme notre beau projet car, près de 30 ans après nos débuts, cela reste un projet et nous sommes encore loin d’avoir atteint nos objectifs initiaux ». Quels étaient ces objectifs ? Jean-Emmanuel Sauvée sourit avant de réponde : « devenir le leader mondial des croisières de luxe... »

 

Le Soléal (© : PONANT)

Le Soléal (© : PONANT)

Compagnie du Ponant