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Porte-avions britanniques: Combien de F-35?

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Alors que son sistership, le HMS Prince of Wales, est en achèvement après sa mise à l’eau en décembre dernier, le HMS Queen Elizabeth doit débuter d’ici la fin de l’année ses premiers essais avec des avions de combat à décollage court et appontage vertical F-35B. Une quinzaine d’appareils de ce type a pour le moment été livrée aux forces britanniques, ces dernières ciblant l’acquisition d’un total de 138 F-35B.

Premier déploiement opérationnel prévu en 2021

Pour mémoire, les formations d’appareils de combat de la Fleet Air Arm (à l’époque des Harrier) ont été fusionnées dans les années 2000 avec les unités de la Royal Air Force. Le même principe prévaudra pour les F-35B, dont la plupart de ceux déjà livrés aux britanniques sont encore aux Etats-Unis, où ils sont produits par Lockheed-Martin. Les quatre premiers à rallier le Royaume-Uni sont arrivés que le 6 juin. Ils sont rattachés au 617 Squadron, stationné sur une base de la RAF à Marham.

 

Deux des quatre premiers F-35 britanniques arrivés le 6 juin à Marham

Deux des quatre premiers F-35 britanniques arrivés le 6 juin à Marham (© MOD)

 

Officiellement mis en service en décembre 2017, le nouveau porte-avions britannique ne sera pas apte au combat avant trois ans. « Le premier déploiement opérationnel est prévu pour 2021 », a confirmé le 7 juin l’amiral Philip Jones, First Sea Lord, lors de l’exercice franco-britannique Catamaran.

Recouvrer un savoir-faire

Avant cela, la Royal Navy va devoir recouvrer son savoir-faire dans la mise en œuvre d’une chasse embarquée, capacité dont elle ne dispose plus depuis le retrait du service prématuré des anciens Harrier, début 2011. Tout n’a cependant pas été perdu. La coopération avec les Etats-Unis a notamment permis, a-t-on appris lors de Catamaran, de conserver une cinquantaine de pilotes britanniques formés aux opérations sur porte-avions, ce qui est loin d’être négligeable et constitue le noyau à partir duquel la chasse embarquée va renaître.

Le Queen Elizabeth va partir aux Etats-Unis

Mais les britanniques comptent également beaucoup sur une coopération renforcée avec les américains, également utilisateurs du F-35B. Cet appareil, qui va remplacer le Harrier au sein de l’US Marine Corps, connait cette année son premier déploiement opérationnel dans la zone Asie/Pacifique à bord du porte-hélicoptères d’assaut USS Wasp. La Royal Navy va en fait s’appuyer sur l’USMC pour assurer les essais puis la montée en puissance du F-35B sur le Queen Elizabeth, qui va réaliser plusieurs campagnes aux Etats-Unis, la première à priori cet automne et la seconde en 2019. « Il va traverser l’Atlantique cette année dans le cadre des essais avec le F-35, pour lesquels nous allons travailler avec l’USMC. Nous prévoyons des tests plus approfondis en 2019 ».

 

F-35B de l'USMC sur l'USS Wasp (© US NAVY)

F-35B de l'USMC sur l'USS Wasp (© US NAVY)

 

Un concept opérationnel à 24 avions

Reste maintenant la question de la composition du futur groupe aérien embarqué du Queen Elizabeth, puis du Prince of Wales. Car les deux bâtiments devraient assurer à tour de rôle la fonction de porte-avions, l’autre navire étant plutôt appelé à servir, hors arrêt technique, de porte-hélicoptères. Plus grands bâtiments militaires réalisés jusqu’ici en Europe, ces imposantes plateformes de 284 mètres de long pour 73 mètres de large et plus de 65.000 tonnes de déplacement en charge sont dimensionnées pour accueillir jusqu’à 40 aéronefs, dont 36 F35B. Un chiffre annoncé à l’origine mais qui ne sera probablement pas atteint, du moins avant longtemps. Fin 2010, lorsque le programme CVF (Carrier Vessel Future) battait de l’aile, il avait été question de réduire la chasse embarquée à peau de chagrin, le gouvernement britannique évoquant à l’époque une douzaine d’avions seulement, complétés par des hélicoptères. Depuis, le fait que la RAF et la Royal Navy partagent désormais leurs avions, la première ayant pris l’ascendant sur la seconde depuis l’intervention en Afghanistan dans les années 2000 (qui a entrainé l’interarmisation des forces aériennes), n’a pas facilité la lisibilité quant au futur groupe aérien embarqué britannique. En effet, il n’y a pas dans le programme de nombre précis de F-35B attribués aux porte-avions.

Nous avons donc profité de l’exercice Catamaran pour demander au First Sea Lord ce qu’il en était. « Comme vous le savez, le Queen Elizabeth a été conçu pour pouvoir mettre en œuvre jusqu’à 36 F-35B. Toutefois, nous travaillons plutôt, aujourd’hui, sur un concept opérationnel basé sur 24 avions », a expliqué l’amiral Jones à Mer et Marine. 24 appareils, cela correspond à titre de comparaison au format à deux flottilles de Rafale Marine habituellement embarquées sur le Charles de Gaulle, qui a lui aussi la capacité de monter à 36 avions en cas de besoin.

L’USMC complètera le groupe aérien pour le premier déploiement

Nous avons ensuite évoqué avec l’amiral Jones la problématique du nombre d’appareils disponibles lorsque le porte-avions réalisera en 2021 son premier déploiement opérationnel, qui pourrait conduire le bâtiment dans la zone Asie/Pacifique. Fin 2017, le ministère britannique de la défense annonçait en effet qu’il n’espérait disposer, en 2023, que de 42 F-35B en parc, dont seulement 24 seraient affectés aux opérations de la RAF et de la Royal Navy (les autres servant à l’entrainement ou étant en maintenance).

La marine britannique va donc s’appuyer là encore sur les américains afin de pouvoir constituer le groupe aérien embarqué qui partira avec le Queen Elizabeth. Au final, le bâtiment disposera pour son premier déploiement d’une chasse binationale. « Nous avons un accord avec l’US Marine Corps, qui nous donnera une flottille substantielle. C’est la solution que nous avons trouvé pour 2021. Pour la suite, nous procèderons étape par étape ».

Le patron de la flotte britannique se veut en tous cas confiant : « L’ambition du Royaume-Uni est d’acquérir 138 F-35, nous avons reçu les premiers et cela se passe bien avec Lockheed Martin. Nous avons aujourd’hui 15 avions et devons relever un grand challenge qui combine leur intégration et aboutir à un outil opérationnel. Cela demande du temps ».

 

L'amiral Jones lors de l'exercice Catamaran (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'amiral Jones lors de l'exercice Catamaran (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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