Défense
Porte-avions franco-britanniques : Le serpent de mer enfin noyé

Actualité

Porte-avions franco-britanniques : Le serpent de mer enfin noyé

Défense

Vendredi, lors d'une conférence de presse commune avec Hervé Morin, le ministre britannique de la Défense, Liam Fox, a battu en brèche l'idée d'un porte-avions commun entre la Royal Navy et la Marine nationale. « J'incline à penser que c'est totalement irréaliste », a tranché le ministre. Liam Fox réagissait à un article du Times affirmant que Nicolas Sarkozy et David Cameron pourraient annoncer, lors du sommet franco-britannique de novembre, un projet prévoyant le partage de leurs porte-avions. Il est vrai que le contexte économique ne plaide pas en faveur de l'acquisition d'équipements de ce type. Non qu'un porte-avions soit hors de portée financière, cela représente un investissement de 2.5 à 3 milliards d'euros sur 7 ans (à comparer aux 15 milliards d'euros annuels de crédits d'équipements pour les armées françaises), mais ce type de projet est toujours manié avec beaucoup de pincettes par le pouvoir politique. Un porte-avions est, en effet, beaucoup plus « voyant » pour l'opinion publique qu'un blindé ou un hélicoptère. Et, en période de restrictions budgétaires, le sujet devient littéralement tabou.

Plus de 3 ans sans déploiement du Charles de Gaulle

Malheureusement, alors qu'une coopération assez exemplaire avait été engagée à partir de 2006 avec les Britanniques pour réaliser un bâtiment tricolore dérivé du design Carrier Vessel Future destiné à la Royal Navy, la France a renoncé au projet à l'été 2008. Alors que de nouvelles études ont été commandées, notamment sur la propulsion nucléaire, la décision de construire, ou non, un second porte-avions (PA2) a été renvoyée à 2012 par le président de la République.
L'objectif est toujours le même : Permettre au groupe aérien embarqué, constitué de Rafale, de Super Etendard Modernisés (jusqu'en 2015) et d'Hawkeye, de disposer en permanence d'une plateforme pour être déployé. Car, tous les 7 ans, le Charles de Gaulle doit subir une grande maintenance qui l'immobilise 18 mois, ou plutôt 2 ans avec la reprise en main par l'équipage et les pilotes. Et cela, sans « pépin » technique éventuel, comme cela fut le cas en 2009. Ainsi, à la surprise générale, une avarie s'est produite sur l'appareil propulsif après la sortie de « grand carénage » du navire. Le problème a été solutionné mais, au final, le Charles de Gaulle n'a pas pu être déployé durant plus de 3 ans ! Et, dans ce laps de temps, la France est restée privée d'un outil majeur en termes diplomatiques et de projection de forces. La nécessité de disposer d'un second porte-avions n'est plus à démontrer, notamment parce que c'est le seul moyen lourds à même de se déployer rapidement et sans autorisation (car utilisant la liberté de manoeuvre dans les eaux internationales) sur un théâtre d'opérations très éloigné de la métropole. L'« os » demeure avant tout financier, ou plutôt politique. En 2012, année de l'élection présidentielle, l'Elysée prendra-t-il le « risque » d'annoncer la construction du PA2 ? Il est permis d'en douter.

Le programme CVF menacé

Côté anglais, la situation est un peu meilleure, quoiqu'également complexe. Le gouvernement britannique a autorisé à l'été 2008 le programme CVF. Prévus pour entrer en service en 2016 et 2018, les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales seront assemblées aux chantiers écossais de Rosyth, région dans laquelle l'ancien premier ministre britannique, Gordon Brown, a été élu. Bien que la réalisation du premier bâtiment soit en cours et que plus d'1.5 milliard d'euros aient déjà été dépensés, le projet connait de nombreuses attaques. Les difficultés financières de la Grande-Bretagne et le coût de la guerre en Afghanistan poussent les détracteurs des CVF à réclamer, sinon l'abandon total du programme, au moins sa réduction à la seule tête de série.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que certains, en Grande-Bretagne, aient imaginé de relancer l'idée d'un porte-avions commun avec la France, un vieux serpent de mer qui refait régulièrement surface. L'idée pouvait aussi séduire à Paris, dans la mesure où elle aurait constitué une annonce politique intéressante. Techniquement, l'abandon possible par les Britanniques du F-35 B à décollage court et appontage vertical (au profit du F-35 C catapulté) aurait ajouté de l'eau au moulin des partisans de cette solution.

Aussi incongru que des SNLE communs

Seulement voilà, au-delà de la théorie et des effets d'annonce, l'idée même d'un porte-avions franco-britannique est une incongruité opérationnelle. D'abord, le partage serait extrêmement complexe, les deux marines ayant un concept d'emploi de l'aviation embarquée différent. Il parait ensuite impossible de disposer d'un équipage compétent pour armer un bâtiment que l'on ne possède pas en permanence. Enfin, le porte-avions est, par essence, un outil politique à la disposition d'un seul et unique pouvoir exécutif. C'est d'autant plus vrai en France, où le Charles de Gaulle participe à la dissuasion en embarquant des armes nucléaires mises en oeuvre sur Rafale. Cette capacité ne peut, par conséquent, être partagée, surtout si les vues géopolitiques et stratégiques des deux pays sont différentes ou opposées, comme ce fut le cas entre Paris et Londres avec la guerre en Irak. Il n'est d'ailleurs pas inutile de rappeler que, dans le même esprit, l'idée de partager les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français et britanniques est une parfaite chimère.
Par chance, la déclaration de Liam Fox devrait mettre un terme à l'affaire des porte-avions communs et éviter un débat stérile qui ne bénéficierait qu'aux opposants de ce type de navires, trop contents de voir le projet s'engager dans une impasse.

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française Royal Navy | Actualité des forces navales britanniques