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Porte-avions indiens : Une opportunité pour les Européens ?

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Porte-avions indiens : Une opportunité pour les Européens ?

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Rien ne va plus autour du projet de refonte de l'ex-Gorshkov russe pour la marine indienne. Voilà que le chantier Sevmash, chargé de la transformation du porte-avions, réclame une rallonge de 700 millions de dollars, à ajouter aux différents surcoûts déjà annoncés depuis le rachat par l'Inde du bâtiment, en 2004. A l'époque, l'ex-Gorshkov, qui doit être rebaptisé Vikramaditya, avait été acquis pour 974 millions de dollars. Ce prix était déjà passé à 1.2 milliards de dollars et la livraison reportée de 2008 à 2012. La facture serait donc, désormais, de près de 2 milliards de dollars pour l'Inde, soit un budget énorme pour un bâtiment mis en service en 1987. Les Russe demandent, qui plus est, le versement immédiat de 190 millions de dollars pour continuer les travaux. Ces derniers portent notamment sur la réfection de la propulsion et l'installation d'une piste axiale avec tremplin.
Dans ces conditions, certaines sources évoquent la possibilité, pour New Delhi, de se tourner vers une solution alternative. Mais laquelle ?

Vue du futur Vikrant (© : MARINE INDIENNE)
Vue du futur Vikrant (© : MARINE INDIENNE)

La lenteur des constructions nationales

Pour l'Inde, l'acquisition de porte-avions est une priorité. Symbole d'une marine océanique, ces bâtiments doivent permettre à la marine indienne de tenir son rang de grande puissance dans cette partie stratégique du monde. Actuellement, elle n'aligne que le Viraat. Mais l'ex-Hermes de la Royal Navy est un navire cinquantenaire, qu'il faut remplacer d'urgence.
L'Inde a bel et bien lancé la construction de son premier porte-avions de construction nationale. Le Vikrant a été mis sur cale fin février à l'arsenal de Cochin. D'une longueur de 252 mètres pour un déplacement de 40.000 tonnes, il pourra embarquer 30 aéronefs. Mais le projet a pris beaucoup de retard, la pose du premier bloc devant initialement intervenir en 2005. Les Indiens ont rencontré divers problèmes techniques et ont eu des difficultés à se procurer de l'acier de bonne qualité. Désormais, une admission au service actif du bâtiment n'est plus espérée avant 2014/2015. Car, ces dernières années, les chantiers indiens ont en effet affiché des cadences très lentes, cumulant les retards dans les constructions neuves. Dans cette situation, une solution purement nationale en vue d'un éventuel « plan B » face aux problèmes de l'ex-Gorshkov semble délicate.

Vue du futur CVF (© : ROYAL NAVY)
Vue du futur CVF (© : ROYAL NAVY)

L'option CVF très hypothétique

Plusieurs pistes ont été récemment évoquées par la presse indienne. La première, qui semble la plus hypothétique, concerne un éventuel intérêt pour le Carrier Vessel Future (CVF) étudié en commun par la Grande Bretagne et la France. Alors que les Britanniques ont lancé le programme, les Français attendent 2011/2012 pour décider, ou non, de construire leur nouveau porte-avions. Long de 283 mètres pour un déplacement de 65.000 tonnes, les CVF anglais disposent, comme les bâtiments indiens, de tremplin permettant la mise en oeuvre d'avions à décollage court ou vertical (capacité d'emport de 40 aéronefs). Le modèle pourrait donc bien se prêter à la marine indienne. Mais une construction locale est exclue, pour les raisons évoquées plus haut. Il en va de même pour une réalisation en Grande Bretagne, dont l'outil industriel sera saturé par la réalisation des Queen Elizabeth et Prince of Wales, livrables en 2015 et 2017. Resterait alors la possibilité d'un partenariat avec la France, où le chantier de Saint-Nazaire reste disponible. Mais il ne faut pas trop compter sur cette option pour des raisons de planning. Le délai de réalisation d'un tel porte-avions en France serait, selon les industriels, d'au moins six ans. Avec une commande en 2009/2010, le bâtiment ne serait donc pas prêt avant 2015/2016, date à laquelle le premier porte-avions de construction indienne doit entrer en service. L'intérêt serait donc très limité pour les Indiens, sans parler du coût d'un tel programme (plus de 3 milliards d'euros).

Le HMS Invincible (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le HMS Invincible (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Fincantieri et la Royal Navy sur les rangs ?

En matière de construction neuve, une autre piste conduit chez Fincantieri. Le groupe italien est déjà, indirectement, impliqué dans le nouveau porte-avions indien. Le Vikrant est, en effet, une adaptation du design du Cavour réalisé par Fincantieri pour la marine italienne. Mis en service l'an dernier, le Cavour, un prototype, a nécessité six ans de construction. Ces délais pourraient sans doute être raccourcis, surtout si un éventuel navire bénéficiait des études et du retour d'expérience du Vikrant. Mais, là encore, la nouvelle plateforme ne serait pas disponible avant plusieurs années, ce qui rend le projet peu pertinent, à moins que New Delhi souhaite dès 2015 de plusieurs porte-avions neufs en service.
Dans le cas contraire, et pour assurer la relève du Viraat en attendant l'arrivée des nouveaux bateaux, il reste la possibilité d'un achat d'occasion. Il s'agit, sans doute, de l'option la plus réaliste. La Royal Navy a en effet placé, en 2005, l'un de ses trois porte-aéronefs en réserve. Long de 209 mètres pour un déplacement de 20.600 tonnes, le HMS Invincible, construit en 1980, peut embarquer 22 aéronefs, dont 16 avions du type Harrier. Ses capacités sont donc voisines du Viraat (21 aéronefs dont 12 Harrier) mais il est nettement plus récent que l'ex-Hermes, mis en service en 1959. Lors de la mise en réserve de l'Invincible, en 2005, la flotte britannique avait d'ailleurs évoqué une possible vente à une autre marine à partir de 2010...

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