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Porte-avions : Russie, Chine et Inde ne cachent pas leurs ambitions

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Porte-avions : Russie, Chine et Inde ne cachent pas leurs ambitions

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Alors qu'en France, partisans et détracteurs des porte-avions s'affrontent pour savoir si un second bâtiment doit être construit pour la Marine nationale, de Moscou à Pékin en passant par New Delhi, on ne se pose guère la question. Le mois dernier, le chef d'Etat-major général des forces armées russes a confirmé l'ambition de Moscou de disposer de 5 à 6 groupes aéronavals dans les 20 à 30 ans. « Il faut couvrir les nouveaux besoins de l'armée russe. Nous avons besoin d'armements du XXIe et du XXIIe siècle », a expliqué le général Iouri Balouïevski, très loin donc de considérer que les porte-avions sont une arme dépassée. Si, malgré ces déclarations, il semble techniquement difficile à la Russie de pouvoir se doter de cinq à six bâtiments de ce type aussi rapidement, la volonté politique est néanmoins bien présente. « C'est un jouet cher mais il faut s'en occuper. La construction de porte-avions doit être lancée en 2012-2013 », a indiqué l'amiral Vladimir Vyssotski, patron de la flotte russe. Les moyens de projection de l'armée russe restent en effet limités, s'appuyant sur les vestiges des équipements de la guerre froide. La marine n'aligne qu'un porte-avions, le Kuznetsov, déployé cet hiver en Atlantique et Méditerranée. Le renouveau de la composante aéronavale permettra à la Russie d'étendre son influence plus loin de ses côtes.

 Le Kuznetsov (© : MARINE RUSSE)
Le Kuznetsov (© : MARINE RUSSE)

Trois unités pour l'Inde

En Inde également, l'acquisition de nouveaux porte-avions est jugée primordiale. En plein développement économique, le pays se trouve au milieu de la plus grande route commerciale du monde, où défilent les milliers de navires marchands déployés sur les lignes maritimes reliant l'Asie au Moyen-Orient et à l'Europe. New Delhi n'a pas caché sa volonté de renforcer son poids stratégique en océan Indien. Pour cela, l'Inde a racheté à la Russie l'ex-Admiral Gorshkov, qui, après refonte, devrait être livré vers 2012. D'un déplacement de plus de 37.000 tonnes, il embarquera une trentaine d'aéronefs, dont 20 Mig-29. Dans le même temps, la marine indienne a lancé un programme national portant sur la réalisation de deux porte-aéronefs aux chantiers de Cochin. D'un déplacement sensiblement équivalent au Gorshkov, ces bâtiments de 252 mètres de long aligneront 30 avions et hélicoptères. La mise en service du premier navire est prévue à l'horizon 2015. Ces nouvelles unités permettront à l'Inde de déployer des groupes aéronavals loin de ses côtes et, au-delà du renforcement de sa présence en océan Indien, ces capacités lui permettront de contrebalancer l'importante montée en puissance de son voisin chinois.

 Vue du futur porte-aéronefs indien (© Mrityunjoy Mazumdar)
Vue du futur porte-aéronefs indien (© Mrityunjoy Mazumdar)

Un projet de porte-avions nucléaire en Chine

Cantonnée pendant des dizaines d'années à la surveillance côtière, la flotte chinoise étale aujourd'hui ses ambitions océaniques. Matérialisée par le déploiement, chaque année, de plusieurs bâtiments allant jusqu'en Europe, la volonté chinoise de se projeter très au large passe elle-aussi par la construction de porte-avions. Les autorités de Pékin semblent, en effet, très intéressée par les capacités des groupes aéronavals, à même d'opérer en toute liberté et en parfaite autonomie loin de leurs bases. L'intérêt politique et diplomatique de ces outils n'est, de plus, pas passé inaperçu des Chinois. Comme on pouvait s'y attendre, le rachat de l'ex-Varyag russe (sistership du Kuznetsov), destiné officiellement à une transformation en casino flottant, ne se soldera jamais par l'installation à bord de machines à sous. Remorqué en 2002 à Dalian, où il est en achèvement, le navire devrait servir de banc d'essais et de porte-avions école à la marine chinoise. Des unités neuves sont ensuite prévues. D'ici 2015, Pékin a annoncé son intention de construire deux grands porte-avions de 64.000 tonnes. Dotés de catapultes et capables d'embarquer 30 à 40 avions, ces navires sont clairement des outils de projection de puissance et non de simples bases flottantes de défense aérienne. Mais la Chine ne compte pas s'arrêter là puisqu'elle projette la réalisation, à l'horizon 2020, d'un bâtiment à propulsion nucléaire d'un tonnage voisin de celui des porte-avions américains. Portant sur un navire dont le déplacement est supérieur à 90.000 tonnes, ce projet, révélé l'an dernier, a été baptisé « 085 ». La conception et la réalisation pourraient être confiées aux chantiers de Shanghai. Quant aux dimensions, elles seraient très proches de celles de l'ex-porte-avions nucléaire soviétique Ul'yanovsk, soit plus de 300 mètres de long. Mis sur cale à Nikolaev fin 1988, ce navire avait été finalement démoli en 1992, alors que sa coque était à 20% d'achèvement.

 Le Varyag en achèvement à Dalian (© : GOOGLE EARTH)
Le Varyag en achèvement à Dalian (© : GOOGLE EARTH)

Les Etats-Unis maintiennent leur flotte à 12 navires


Face à l'émergence d'une grande flotte chinoise, les Etats-Unis poursuivent eux-aussi leurs programmes de renouvellement de leur composante aéronavale. Washington estime de plus que le maintient d'une importante force de porte-avions permet de répondre aux difficultés croissantes pour obtenir des pays riverains des zones de crise l'autorisation de déployer les appareils de l'US Air Force. En fin d'année, le Georges H. W. Bush remplacera le Kitty Hawk alors que la construction d'une nouvelle classe de porte-avions a été décidée. Les deux premiers bâtiments doivent être livrés entre 2015 et 2020, permettant de maintenir le parc américain de porte-avions à 12 unités.

 Les CVN 21 entreront en service à partir de 2015 (© : Northrop Grumman)
Les CVN 21 entreront en service à partir de 2015 (© : Northrop Grumman)