Vie Portuaire
Porte-conteneurs : Les pilotes face aux nouveaux mastodontes

Reportage

Porte-conteneurs : Les pilotes face aux nouveaux mastodontes

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Ce 19 février, à l'entrée du port du Havre, la petite pilotine ouvrant la voie à l'Eugen Maersk donne une bonne idée de la taille du porte-conteneurs géant. Paraissant presque démesuré, le navire affiche, à titre de comparaison, une longueur supérieure de 52 mètres à celle du Queen Mary 2, le plus long paquebot jamais construit. Et, dans la Marine nationale, il faudrait mettre bout à bout le porte-avions Charles de Gaulle et une frégate de premier rang du type Cassard ou Georges Leygues pour obtenir la même longueur. Pour la station de pilotage du Havre-Fécamp, amener l'Eugen Maersk jusqu'à Port 2000 fut une grande première et, surtout, l'occasion de tester, grandeur nature, un long entrainement virtuel. « Grâce à notre simulateur, nous avions travaillé sur ce genre de navires pour entrer à Port 2000. Nous avions donc, avant même d'embarquer, une bonne impression de la taille », explique François Le Guern, l'un des deux pilotes ayant assuré l'entrée de l'Eugen Maersk. Pour éviter toute anicroche, les deux pilotes avaient été invités par la compagnie Maersk Line à Zeebrugge, où le porte-conteneurs s'était arrêté avant de rejoindre la Normandie. « Il y a eu une réelle coopération avec l'équipage. Grâce à cette visite, nous avons pu nous habituer à sa grandeur, surtout à l'arrière. Contrairement aux autres porte-conteneurs, où l'on a plutôt du 2/3 à l'avant et 1/3 à l'arrière, sur les Emma Maersk, le château est plus situé sur le milieu », précise François Le Guern.

(Photo : Eric HOURI)
(Photo : Eric HOURI)

Le compas dans l'oeil et l'oeil sur le GPS

Pour bien mesurer la complexité de la manoeuvre, il faut peut être s'imaginer dans sa voiture, à ceci près que, par rapport au volant, le pare-choc est situé à 230 mètres sur l'avant et la boule de la caravane à 167 mètres en arrière... Autant dire qu'il faut avoir l'oeil, une solide expérience, et quelques équipements bien précieux !
Pour réussir les manoeuvres portuaires avec les porte-conteneurs géants, les pilotes havrais utilisent désormais un DGPS. Il s'agit d'un système GPS transportable dans une valise, qui sert notamment pour faire passer les mastodontes de l'armement MSC dans les sas de l'écluse François 1er. « Ce système portatif donne le positionnement au mètre, voir au centimètre, ce qui est très important car l'oeil peut jouer des tours. Sur les gros navires, cet instrument permet de valider nos impressions ». François Le Guern décrit, en tous cas, un bateau « très manoeuvrant » malgré ses mensurations. La taille de ces porte-conteneurs nécessite, toutefois, une grande vigilance en matière de conditions météo. Totalement chargé, l'Eugen Maersk constitue une voile géante dont la surface atteint quelques 14.000 m². Avec 30 noeuds de vent, les pilotes du Havre ont donc calculé qu'il faudrait une force de traction de 200 tonnes pour le décoller du quai !

(Photo : Eric HOURI)
(Photo : Eric HOURI)

Plus d'un milliard de dollars entre les mains

Cette course au gigantisme des armateurs, portée par l'explosion du trafic commercial entre l'Asie et l'Europe, pousse les services portuaires à s'adapter. Les infrastructures doivent notamment suivre, qu'il s'agisse du nombre de portiques mis en oeuvre (une dizaine de portiques peuvent opérer simultanément sur un Eugen Maersk) que de la profondeur des terminaux (le tirant d'eau atteint 16 mètres à pleine charge). En quelques années, la taille des navires a considérablement augmenté. Ainsi, en décembre 2005, le Havre célébrait l'escale inaugurale du CMA CGM Otello. Le plus grand porte-conteneurs français de l'époque, présenté alors comme un géant, ne mesure pourtant « que » 334 mètres pour une capacité de 8500 EVP, bien loin des 397 mètres de l'Eugen Maersk. « La taille évolue à une vitesse très rapide. Il y a encore six ans, nous n'avions que quelques unités de 300 mètres et beaucoup de navires de 140 mètres. Aujourd'hui, les porte-conteneurs de 300 à 340 mètres sont chose courante. On est vraiment passé dans une autre dimension », souligne François Le Guern, qui travaille à la station de pilotage du Havre depuis 10 ans.
Avec l'entrée en flotte de bateaux toujours plus gros, c'est aussi la chaîne des responsabilités qui évolue. En effet, avec une valeur marchande moyenne de 10.000 dollars par conteneur, une unité de 10.000 boites transporte, à pleine capacité, environ un milliard de dollars de marchandises. Autant dire qu'il « ne faut pas se planter », d'autant qu'une unité comme l'Eugen Maersk est aussi un véritable pétrolier. Ainsi, le navire embarque dans ses soutes quelques 10.000 tonnes de fuel, soit l'équivalent d'un tanker de la compagnie Fouquet-Sacop.

(Photo : Eric HOURI)
(Photo : Eric HOURI)

Port du Havre