Marine Marchande
Ports, emploi et environnement : Les trois priorités des armateurs français

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Ports, emploi et environnement : Les trois priorités des armateurs français

Marine Marchande

« Une année de changement, à renouer les liens avec les adhérents, les pouvoirs publics et les institutions internationales ». C'est ainsi que le président d'Armateurs de France, fraîchement réélu, a qualifié l'action de l'organisation en 2007. Eudes Riblier a rappelé, hier, les trois priorités des entreprises de transport maritime françaises : « L'emploi, les ports et l'environnement ». Concernant l'emploi maritime, le secteur est actuellement confronté à une véritable pénurie de main d'oeuvre. La situation est surtout délicate au niveau des officiers, pour lesquels on estime le manque à 700 ou 800 personnes. « On voit qu'après des années de récession de nos activités sous pavillon français, nos métiers se redéveloppent. Mais on n'inverse pas facilement une tendance qui a si longtemps été négative, même s'il y a des débouchés et tout ce qu'il faut pour que le métier de marin soit attractif ». Côté salaires, selon l'organisation, un jeune lieutenant peut rapidement toucher 3000 euros par mois. Il est également rappelé que le temps de congé est égal au temps de navigation. En clair, un officier travaillant deux mois au long cours aura, à la suite, deux mois de repos. Le Registre International Français, où sont désormais enregistrés près de 250 navires, a également amené des avantages aux marins. Ces derniers bénéficient, en effet, d'une exonération fiscale de leurs salaires. La pénurie d'officiers étant mondiale, les marins français peuvent, par ailleurs, trouver plus facilement des débouchés à l'étranger et, sur un plan national, redeviennent compétitifs par rapport à leurs homologues d'autres pays. « Le salaire, qui était un frein à l'embauche d'officiers français ne le devient plus car la demande est telle que les salaires internationaux rattrapent les Français. Aujourd'hui, les Français peuvent très facilement trouver des emplois à l'étranger, notamment sur des navires sophistiqués », affirme Patrick Decavèle, patron de Bröstrom Tankers.

 Un pétrolier de Bröstrom (© : BROSTROM TANKERS)
Un pétrolier de Bröstrom (© : BROSTROM TANKERS)

Afin de traiter cette problématique, Armateurs de France a mis en place un comité de pilotage dédié à l'emploi. « Les comités thématiques, qui sont également mis en place pour la problématique des ports et de l'environnement, abordent les sujets centraux qui doivent absolument être traités. Ils se composent de membres décisionnaires pour pouvoir élaborer des positions rapidement », précise Anne-Sophie Avé, délégué général d'AdF. En matière d'environnement, les armateurs, s'ils se félicitent d'être reconnus comme le mode transport le moins polluant (à la tonne transportée), estiment que de gros efforts restent à faire. Il convient notamment de réduire les émissions en CO2, oxyde d'azote et oxyde de soufre des bateaux. AdF souhaite, par ailleurs, peser pour que la mer soit mieux reconnue dans les problématiques de développement durable.

 Le port de Marseille (© : PAM)
Le port de Marseille (© : PAM)

« Les ports doivent être le maillon fort, pas le maillon faible »

Troisième priorité des armateurs, et non des moindres : L'avenir des places portuaires françaises. Les compagnies, dont les navires parcourent le monde, se posent comme des témoins des évolutions nécessaires des places françaises. Au moment où les ports autonomes font l'objet d'un plan de réforme pour lequel un projet de loi doit être déposé au printemps, Eudes Riblier appelle de ses voeux une relance de la compétitivité. « Ce sont les portes d'entrées de la mondialisation et leur impact est extrêmement positif pour les territoires. Les ports sont essentiels car ils attirent du trafic, de la logistique et donc tirent de nombreux emplois, de bac +5 à bac -5 ». Bien que méconnus de la population et, parfois, des décideurs politiques, avec plus de 80% des importations transitant par voie maritime, les armateurs constituent un élément clé de l'économie française. « Nous sommes les maillons d'une chaîne économique. Nous pesons lourd dans l'économie mais nous pourrions peser encore plus si les ports étaient des maillons forts et non des maillions faibles », note Anne-Sophie Avé. Or, pour alimenter l'économie française, les bateaux n'ont plus besoin, aujourd'hui, de passer par les ports métropolitains. Les axes routiers, le développement des réseaux ferrés et fluviaux permettent, en effet, de débarquer les marchandises au Pays-Bas, en Italie ou en Espagne. Pourtant, selon Eudes Riblier : « La plupart d'entre nous pourrait opérer sans les ports français mais une compagnie française sans un port français, se serait comme un armateur français sans pavillon tricolore ».

 Un porte-conteneurs de Marfret (© : MER ET MARINE)
Un porte-conteneurs de Marfret (© : MER ET MARINE)