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Ports français : un premier semestre avec du grain à moudre en l’absence de conteneurs

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Ports français : un premier semestre avec du grain à moudre en l’absence de conteneurs

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Le second trimestre n’a pas permis de rattraper les retards accumulés au premier en raison des mouvements sociaux. Les quelques ports qui ont dévoilé leurs résultats montrent une baisse. Seules les céréales sauvent les six premiers mois de l’année. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

Pas de doute, la France reste un grand pays agricole ! Sur les six premiers mois de l’année, ce sont les céréales qui ont sauvé les trafics portuaires. La situation est d’autant plus remarquable que les ports qui réalisent une grande part de leurs trafics avec ces flux ont vu leur résultat semestriel en hausse.

La Rochelle profite de la campagne céréalière

Ainsi, le GPM de La Rochelle affiche une croissance de son trafic global de 3,5% à 4,1 Mt. Une croissance qui est tirée par les trafics céréaliers. Avec 2,05 Mt, La Rochelle franchit un nouveau cap grâce à une campagne parfaite. Les blés français ont su tirer profit de leur qualité et de leur prix. Cette progression est amenée avec la bonne tenue des blés mais aussi des orges au départ du port charentais.

Baisse des autres flux

Cette performance doit néanmoins être relativisée. En effet, les autres courants de La Rochelle sont tous en baisse. Les produits pétroliers perdent 0,5% à 1,1 Mt. Les vracs agricoles, composés d’engrais manufacturés et d’alimentation animale chutent de 14%. Il en est de même pour les produits forestiers qui reculent de 23%.

Haropa réalise une campagne céréalière record

Une campagne céréalière record chez l’un peut ne pas compenser les autres courants chez l’autre. Haropa a réalisé, sur les six premiers mois de l’année, une campagne céréalière record avec 9,8 Mt. L’ensemble portuaire séquanien gagne 10% par rapport à son précédent record de 2016 et 30% en comparaison au trafic de 2019.

La hausse de la filière BTP

Une hausse qui s’est aussi réalisée sur les trafics du BTP. La reprise des chantiers en Ile de France et en Normandie a permis de voir cette filière progresser. L’installation de l’usine d’éoliennes par Siemens sur le site havrais et le projet SPS-GPS alimentent la croissance des vracs secs.

Marseille gagne 21%

Sur les rives de la Méditerranée, le Grand port maritime de Marseille-Fos enregistre sur le premier semestre un trafic céréalier en hausse de 21%. Le terminal des Tellines profite aussi de la bonne qualité et du prix bon marché de la production française.

Rotterdam souffre du charbon et du minerai

Cette bonne tenue des vracs solides ne s’est pas exportée. En Europe du nord, le port de Rotterdam accuse une diminution de ses trafics de vracs solides. Le charbon et le minerai de fer perdent de leur volume en raison de l’arrêt pendant la pandémie de la sidérurgie allemande. De plus, la baisse du prix du gaz a incité les ménages à préférer cette source d’énergie face au charbon.

Les fertilisants n’ont pas compensé le charbon

Le même scénario s’est révélé sur les bords de l’Escaut. Anvers a perdu une partie importante de ses flux de charbon au profit des sources d’énergie verte. « Un grand pas pour l’homme, un petit pas pour l’humanité », serions-nous tentés de conclure. À Anvers, la progression des fertilisants, principal flux des vracs solides, a progressé de 1%. Une hausse trop douce pour compenser les pertes du charbon.

Vracs liquides: baisse de la consommations d’hydrocarbures

Si les vracs solides ont compensé partiellement des baisses de trafic, les vracs liquides ont souffert plus durement. Le confinement décrété de mars à mai a réduit de façon importante la consommation d’hydrocarbures. Au Havre, l’arrêt technique de la raffinerie Total de Gonfreville-L’Orcher a pesé sur les vracs liquides en Seine. Le déconfinement a redonné une nouvelle dynamique aux flux de produits raffinés importés. À Marseille, l’importation de bio-carburant et de gaz naturel a permis de sauver les meubles. Le port gagne 2,1% sur les six premiers mois. Le même scénario s’est perpétué à Rotterdam. Le port a souffert de la pandémie et de la baisse de la consommation en produits pétroliers. Au final, Rotterdam a perdu 9% de ses volumes à 99 Mt.

La double peine française

Enfin, les marchandises diverses ont été touchées plus directement par la pandémie. Haropa et Marseille-Fos ont cumulé cette crise sanitaire avec les mouvements sociaux de décembre 2019 et janvier 2020. Une double peine face aux ports concurrents. L’axe Seine accuse un retrait de 27% à 1,1 MEVP. Déjà, au premier trimestre, les chiffres des trafics conteneurisés accusaient un repli de 25%. Une chute principalement liée aux mouvements sociaux, selon les professionnels. La crise sanitaire n’a pas permis de reprendre les parts de marché que les concurrents ont gagné.

Anvers progresse

En effet, Anvers a maintenu sa performance avec une croissance de 0,4% et franchi le cap des 6 MEVP en six mois. Une performance qui fait office d’exception en Europe du nord. Le port de Hambourg a vu ses flux conteneurisés perdre 12,4% à 4,1 MEVP. En misant sur les échanges avec la Chine, Hambourg a accusé le coup sur le premier semestre. Le nombre de conteneurs avec la Chine s’est réduit de 12,4%. Les deux autres principaux partenaires du port hanséatique, la Russie et la Corée du Sud accusent aussi des diminutions à deux chiffres des volumes conteneurs.

Rotterdam chute de 7%

Le premier port conteneurisé européen, Rotterdam, se retrouve dans la même situation que les autres établissements d’Europe du nord. Il perd 7% de son trafic à 7 MEVP. La pandémie a impacté les trafics conteneurs avec notamment un grand nombre d’annulations d’escales par les armateurs en avril et mai, indique le port pour expliquer ce retard dans les chiffres.

Marseille-Fos limite les pertes

Au sud, la situation dans les trafics conteneurisés est à peu de choses près identiques. Le GPM de Marseille-Fos accuse une perte de 17% de son volume à 617 105 EVP. Une baisse qui semble se terminer selon les chiffres des derniers jours de juin. Le trafic serait revenu à la hausse. Un chiffre qui reste comparable à ses concurrents directs que sont Barcelone et Gênes. Sur le port catalan, la crise sanitaire a lourdement impacté les flux.

Barcelone: la crise est derrière

Avec 1,3 MEVP, le port de Barcelone affiche une baisse de 20,5% de son trafic. Une diminution identique à celle de Marseille-Fos. L’autorité portuaire catalane reste malgré tout optimiste. Cette baisse a surtout concerné les importations qui ont chuté de 15% quand les exportations ne perdent que 3% en nombre d’EVP. Et pour le président du port de Barcelone, Mercè Conesa, « le pire est derrière nous. La tendance actuelle est à la récupération de trafics ».

Gênes: les importations de Chine toujours à la baisse

En Ligurie, le port de Gênes a enregistré une perte de 26,5% de son trafic sur le mois de juin. Les semaines de juillet ont permis de réduire cette diminution. À fin juillet, Gênes accuse un retrait de 12,2% à 1,4 MEVP. Des chiffres encourageants qui doivent malgré tout être pondérés. Les importations, notamment depuis la Chine, accusent toujours une baisse de 24,5%. La crise n’est pas entièrement derrière.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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