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Ports : Jean-Yves Besselat appelle à signer la « paix des braves »

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Ports : Jean-Yves Besselat appelle à signer la « paix des braves »

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Député de Seine-Maritime et rapporteur du budget de la Mer, Jean-Yves Besselat appelle à mettre fin au conflit qui perturbe depuis plusieurs semaines l'activité des ports français. Les négociations buttent toujours sur la question des départs anticipés à la retraite pour cause de pénibilité. Fin 2010, les syndicats pensaient avoir obtenu une anticipation de quatre années. Mais, à l'issue du changement de gouvernement lié au remaniement ministériel de novembre, l'Etat ne propose que deux ans de pénibilité. La Fédération Nationale des Ports et Docks CGT, qui tenait pour acquis un projet d'accord obtenu le 27 octobre avec le patronat et présenté le 2 novembre au cabinet de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Ecologie et des Transports, ne l'entend évidemment pas de cette oreille et a appelé les dockers et agents des ports à se mettre en grève. Ainsi, ces dernières semaines, une partie des personnels cesse le travail quatre jours par semaine, paralysant l'activité de certains terminaux. Dans toutes les places portuaires, les professionnels dénoncent les blocages et affirment que le mouvement met en péril des milliers d'emplois. Alors que les négociations sont au point mort, Jean-Yves Besselat estime qu'il est « urgent de trouver une issue honorable à ce conflit qui n'a que trop duré ».
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Mer et Marine : Les syndicats souhaitent que le projet d'accord négocié avec le patronat en octobre dernier et accepté, disent-ils, par le cabinet de Jean-Louis Borloo, soit entériné par l'Etat. Pourquoi le nouveau gouvernement n'accepte-t-il pas ce compromis ?

Jean-Yves Besselat : C'est vrai, les négociateurs de l'Union des ports français, de l'Union des entreprises de manutention et de la Fédération nationale CGT des ports et Docks, notamment, ont travaillé en 2010 sur l'hypothèse d'un calcul conduisant à accorder aux dockers et portiqueurs 4 ans de pénibilité, soit 2 ans payés par les entreprises et 2 ans payés par l'Etat, via les ports.
Le nouveau gouvernement, nommé en novembre, a indiqué qu'il ne pourrait pas payer les deux années qui pouvaient être à sa charge via les ports. On peut regretter ce changement mais il correspond à l'intérêt supérieur de notre pays.

Pourquoi ? Redoute-on que les salariés d'autres secteurs puissent, à terme, réclamer les mêmes avantages ?

Nous sortons d'une crise sévère qui a eu en France deux conséquences graves : la perte de 500 000 emplois et un dérapage très sérieux de nos finances publiques. Il a fallu faire front, d'une part en aidant financièrement les nouveaux chômeurs, d'autre part en réduisant peu à peu les déficits.
C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, concéder 4 ans de pénibilité, aux dockers et portiqueurs, conduirait inévitablement à l'accorder, sur plusieurs années, à l'ensemble des entreprises industrielles françaises, soit à des centaines de milliers de salariés pouvant être concernés par ce dispositif.
C'est impossible, parce que contraire à l'intérêt du pays et à ses salariés eux-mêmes. La France dispose, aujourd'hui, d'une crédibilité internationale indiscutable, grâce à ses réformes structurelles et à la réduction progressive de ses déficits, qui lui permet d'emprunter à un taux de 3.3% sur les marchés financiers.
Si le gouvernement ne montre pas l'exemple de la vigilance, nous serons contraints d'emprunter à un taux de 6 à 7% pour rembourser nos dettes.
Ce qui est vrai pour l'Etat est également vrai pour les remboursements des emprunts des ménages, ce qui serait grave.  

Les ports français ont perdu d'importantes parts de marché ces dernières années au profit de leurs concurrents européens. La CGT a notamment dénoncé un désengagement de l'Etat et le risque, dans le cadre de la réforme portuaire initié par la loi de juillet 2008, du transfert de l'exploitation des terminaux à des opérateurs privés. Qu'en pensez-vous ?

L'Etat est un bon actionnaire qui a défini, dans la réforme de 2008, les meilleures conditions de développement de nos ports. La loi confirme que l'Etat, unique actionnaire des ports, est propriétaire de ses équipements : quais, écluses, dragages, sécurité portuaire, sont inaliénables.
Les 7 grands ports français, comme celui du Havre, seront toujours, dans le long terme, propriété de la nation. Nous ne courrons donc pas le risque du Pirée qui a été racheté par l'armateur Cosco.
La loi de 2008 a augmenté la participation financière de l'Etat dans les infrastructures. Les 2.7 milliards d'euros, inscrits par l'Etat et ses partenaires dans le contrat de progrès 2007-2013, couvrent la totalité des investissements prévus dans les plans stratégiques. Pour la gestion des terminaux à conteneurs, dont les quais sont construits par la puissance publique, l'Etat concède à des opérateurs privés, armateurs et manutentionnaires, la gestion commerciale et technique du trafic dans le cadre de contrats où chacun a ses droits, mais aussi ses devoirs. Ainsi, l'Etat favorise indiscutablement le développement de nos ports.

En tant qu'élu normand, vous connaissez très bien le Grand Port Maritime du Havre. C'est une place qui s'est d'ailleurs fortement développée. Le Havre est, par exemple, le premier port français sur le segment des conteneurs. Quels sont les atouts du port du Havre ?

Le port du Havre dispose d'atouts maîtres. D'abord des Hommes (autorités portuaires, dirigeants d'entreprises, dockers et portiqueurs) de valeur qui supportent largement la comparaison avec les professionnels des ports d'Anvers, de Rotterdam et d'Hambourg. Ensuite des équipements. Port 2000 est un outil magnifique, le projet de centre multimodal prend forme, le viaduc ferroviaire reliant le zone portuaire à la voie ferrée Le Havre-Paris est pratiquement terminé. On pourrait ainsi multiplier les exemples.
De plus, le taux de croissance du trafic maritime mondial a retrouvé son meilleur niveau, soit 8% par an, ce qui constitue un atout maître pour le développement du trafic conteneur. Enfin, la position géographique du port du Havre lui donne un atout stratégique supplémentaire. Le Pas-de-Calais voit aujourd'hui passer 700 navires par jour. Dans quelques années, le détroit saturera et naturellement le port du Havre, le port de Dunkerque et le port de Rouen deviendront des points d'entrée nécessaires pour l'Europe.

Malgré tout, la situation reste actuellement difficile avec les mouvements sociaux, qui ternissent l'image des ports français, y compris celui du Havre, et perturbent l'activité des professionnels des différentes places...

C'est pourquoi je souhaite que l'ensemble des dockers et agents, que je respecte, comprenne qu'il est urgent de trouver une issue honorable à ce conflit qui n'a que trop duré. Au Havre notamment, n'oublions pas les 21.000 salariés des entreprises de la zone industrielle, ainsi que leurs dirigeants, dont le volume d'activité est directement fonction de l'activité portuaire.
Il est vraiment temps de signer la « paix des braves ».

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