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Pour le CEMM, la France dispose de la « première marine d’Europe »

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Dans ses vœux aux personnels, l’amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la Marine nationale (CEMM) a estimé que la France dispose désormais de « la première marine d’Europe ». Au-delà des subtilités autour de la prise en compte ou non du Royaume-Uni dans le cadre du Brexit, qui n’est pas encore effectif, la Marine nationale a en effet, pour la première fois depuis des siècles, sans doute surpassé en termes de capacités opérationnelles sa vieille rivale.

Un tonnage moins important mais plus de bateaux

Sur le plan du tonnage, la flotte britannique demeure toujours assez loin devant son homologue française, avec début 2017 plus de 400.000 tonnes de sous-marins, bâtiments de combat et amphibies de plus de 2000 tonnes et unités de soutien. La Marine nationale plafonnait à un peu plus de 280.000 tonnes, dépassant en revanche la Royal Navy en nombre de bateaux, soit 87 contre 65. 

Mais au-delà des chiffres, c’est surtout sur les capacités opérationnelles que la différence s’est accrue ces dernières années.

 

Le HMS Queen Elizabeth avec un destroyer du type 45 (© ACA)

 

Le Charles de Gaulle surclassera les nouveaux porte-avions britanniques

Avec le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle (2001), en cours de refonte et dont la chasse embarquée est désormais uniquement constituée de Rafale Marine, complétés par des avions de guet aérien Hawkeye, la France dispose d’un outil unique en Europe. Certes, les Britanniques vont mettre en service deux bâtiments plus gros, les Queen Elizabeth et Prince of Wales. Cela va leur permettre d’assurer la permanence d’un groupe aéronaval, ce à quoi la France ne pourra prétendre avant les années 2030 si un programme de deux nouveaux porte-avions est lancé au cours de la prochaine décennie.

 

Le Charles de Gaulle fin 2016 après son passage au "tout Rafale" (© MARINE NATIONALE)

Rafale Marine au catapultage sur le Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE)

Hawkeye au catapultage sur le Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE)

 

Néanmoins, l’architecture comme la doctrine d’emploi des Queen Elizabeth et Prince of Wales en fera plus des porte-hélicoptères d’assaut que de véritables porte-avions. Ils n’équivaudront pas la puissance de feu, conventionnelle mais aussi nucléaire - ce dont ne disposent pas les Britanniques - du Charles de Gaulle, pas plus d’ailleurs que ses capacités d’autodéfense. La marine française bénéficie de plus d’une chasse embarquée lui appartenant en propre, avec aujourd’hui 41 Rafale (au moins 2 autres sont attendus à partir de 2020), alors que la Fleet Air Arm a été obligée dans les années 2000 de mutualiser ses appareils avec la Royal Air Force. Cela a entrainé une dramatique perte de compétences sur l’aviation embarquée, accentuée par le désarmement prématuré des anciens porte-aéronefs du type Invincible ainsi que des Harrier. Ce savoir-faire, il va maintenant falloir le recouvrer, ce qui va prendre du temps.

 

F-35B (© MOD)

 

Cela, alors que les porte-avions britanniques ne devraient pouvoir, à l’horizon 2025, disposer au mieux que d’une vingtaine de F-35B. Des avions à décollage court et appontage vertical aux capacités plus limitées que celles des appareils catapultés et récupérés au moyen de brins d’arrêt, comme c’est le cas en France. Cette configuration empêche également les Britanniques de mettre en oeuvre des avions de guet aérien embarqués, les nouveaux hélicoptères d’alerte lointaine Merlin allant équiper les Queen Elizabeth et Prince of Wales ne pouvant rivaliser avec les Hawkeye du Charles de Gaulle.

 

Le Tonnerre, l'un des trois BPC de la flotte française (© MARINE NATIONALE)

 

Forces amphibies : avantage à la France

En matière de projection amphibie et aéromobile, l’avantage est là aussi très clairement en faveur de la Marine nationale. Celle-ci dispose des trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral, mis en service entre 2006 et 2012, alors que la Royal Navy va désarmer cette année son unique porte-hélicoptères, le HMS Ocean. Il ne date que de 1998 mais ses missions seront reprises par les nouveaux porte-avions, ce qui en dit long sur leur concept d’emploi. De plus, Londres envisage, dans le cadre de restrictions budgétaires, le retrait du service de l’un, voire de ses deux transports de chalands de débarquement du type Albion (2003-2005). Si une telle décision était prise, il ne resterait alors plus aucune grande plateforme dédiée aux opérations de débarquement. Seuls subsiteraient les trois TCD auxiliaires du type Bay (2006-2007), unités ne disposant pas de hangar hélicoptère et dont le petit radier (31x9 mètres) ne peut accueillir qu'un chaland de type LCU Mk10. 

 

 

TCD auxiliaire du type Bay (© ROYAL NAVY)

La frégate de défense aérienne Chevalier Paul escortant le Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE)

 

Frégates : des forces à peu près équivalentes

Côté défense aérienne, la flotte britannique est sur le papier mieux lotie, avec six récents destroyers lance-missiles du type 45, mis en service entre 2009 et 2013. La France n’aligne pour sa part comme équivalent que les frégates de défense aérienne Forbin (2010) et Chevalier Paul (2011), auxquelles s'ajoutent les deux vieilles frégates antiaériennes Cassard (1988) et Jean Bart (1991), qui seront remplacées en 2021 et 2022 par les nouvelles FREMM DA. On notera toutefois que les T45 souffrent d’importants problèmes sur leur système propulsif, ce qui n’en laisse en réalité qu’un très petit nombre opérationnel.

 

 

En matière de frégates à dominante plutôt anti-sous-marine, la Royal Navy arme 13 bâtiments du type 23 (1992-2002), en cours de modernisation en attendant leur remplacement par 8 nouvelles unités du type 26 et 5 autres du type 31. La première T26 a vu sa construction débuter en juillet dernier en vue d’une mise en service en 2025. Quant au nouveau programme T31, Londres affirme que la première frégate devrait être livrée en 2023, échéance qui apparait pour la plupart des observateurs irréaliste, le choix du modèle n’ayant même pas encore été arrêté.

 

Frégate britannique di type 23 (© ROYAL NAVY)

Vue des futures frégates britanniques du type 26 (© BAE SYSTEMS)

 

De son côté, la Marine nationale poursuit le renouvellement de ses frégates anti-sous-marines (FASM). Il n’en restera plus que trois en service d’ici la fin de l’année (Primauguet, La Motte-Piquet et Latouche-Tréville) alors que la cinquième des nouvelles frégates multi-missions (FREMM), la Bretagne, doit être livrée au printemps, rejoignant les Aquitaine, Provence, Languedoc et Auvergne, livrées depuis 2012. Une sixième (Normandie) suivra en 2019, la série s’achevant ensuite avec les FREMM DA Alsace et Lorraine aux capacités antiaériennes renforcées.

 

 

Suivront les cinq futures frégates de taille intermédiaire (FTI), livrables entre 2023 et 2030. Elles doivent remplacer les cinq frégates du type La Fayette (1996-2001), qui vont être modernisées avec entre autres l’ajout d’un sonar de coque. Toutefois, compte tenu de la démultiplication des déploiements sur de nombreux théâtres opérationnels et d’un regain de menaces de haute intensité, la Marine nationale souhaite que son format, qui selon le dernier Livre Blanc sur la défense devait tomber à seulement 15 frégates de premier rang en 2025, soit remonté à 18 unités. Ce qui correspond en fait à peu près au format actuel (17), proche de celui de la Royal Navy (19) et même de la Marina militare italienne, qui prévoit de disposer en 2026 de 19 frégates (2 Horizon, 10 FREMM et au moins 7 PPA). Dans la perspective d’un nouvel objectif à 18 frégates de premier rang, que la marine française espère voir acté dans la nouvelle LPM, les dernières FASM devraient naviguer jusqu’en 2022 au moins. Puis, si ce souhait est acté par le gouvernement, la série FTI pourrait être in fine prolongée.

 

Vue des futures FTI françaises (© NAVAL GROUP)

 

A ce jour, la Royal Navy l’emporte donc légèrement en nombre de frégates, soit 19 contre 17 pour son homologue française, écart cependant compensé par un meilleur taux de disponibilité dans l'Hexagone.  

De plus, en matière de capacités d’action vers la terre, on notera que les FREMM françaises surclassent leurs homologues britanniques, du fait de l’emport de missiles de croisière MdCN, capacité mise en service début 2017. Ce type d’arme n’existe à ce jour dans la Royal Navy qu’à bord de ses sous-marins nucléaires d’attaques, qui mettent en œuvre des Tomahawk américains. Quant aux FTI, avec notamment leur radar à face planes Sea Fire et leurs missiles Aster, elles devraient également être supérieures aux T31.

 

Les cinq nouveaux OPV britanniques du type Forth (© BAE SYSTEMS)

 

Beaucoup plus de patrouilleurs dans la Marine nationale

Dans le domaine des patrouilleurs, l’avantage est très nettement français. Les Britanniques ne disposent que de quatre bâtiments hauturiers du type River, dont les trois premiers devraient être désarmés au début de la prochaine décennie. Cette composante va néanmoins être musclée avec l’arrivée prochaine des cinq nouveaux OPV de la classe Forth. En face, la flotte française aligne les 6 frégates de surveillance du type Floréal (1992-1994), 9 avisos du type A69 (1980-1984), 2 PLG (2017), les 2 derniers P400 (1987), les 3 PSP du type Flamant (1997), Le Malin (1997) et L’Arago (1991).

 

 

S’y ajoute à titre temporaire L’Adroit (2012), propriété de Naval Group et mis à disposition de la marine jusqu’à sa vente à l’export. On peut aussi compter le nouvel Astrolabe, la Royal Navy disposant également d’un patrouilleur polaire, le Protector. Pour l’essentiel vieillissante, la flotte française de patrouilleurs sera modernisée dans les années qui viennent avec un troisième PLG en 2019 puis dans la foulée 6 bâtiments dérivés afin de remplacer les unités basées Outre-mer. Douze gros OPV sont ensuite souhaités par la Marine nationale pour succéder aux avisos et PSP, et enfin une nouvelle classe de frégates légères afin de remplacer les Floréal à partir de 2030. Il convient aussi, dans cette catégorie, de prendre en compte les nouveaux bâtiments multi-missions (B2M), qui remplissent des missions de surveillance dans les territoires ultramarins. Trois ont été livrés en 2016 et 2017, un quatrème allant suivre à la fin de cette année. 

 

SNLE britannique du type Vanguard (© MOD)

 

Quatre SNLE partout

Pour ce qui est des sous-marins, les forces françaises et britanniques sont désormais à peu près équivalentes. Chaque marine dispose de quatre SNLE pouvant embarquer chacun 16 missiles balistiques, la France ayant néanmoins une autonomie stratégique complète puisqu’elle conçoit et produit ses propres missiles (M51), le Royaume-Uni achetant les siens (Trident 2 D-5) aux Etats-Unis. Les deux pays vont se doter d’une troisième génération de SNLE à partir de 2030. Le HMS Dreadnought, premier d’une nouvelle série de quatre SNLE appelés à succéder aux HMS Vanguard (1993), HMS Victorious (1995), HMS Vigilant (1996) et HMS Vengeance (1999) a vu sa construction débuter fin 2016. En France, Le Triomphant (1996), Le Téméraire (1999), Le Vigilant (2004) et Le Terrible (2010) seront remplacés dans le cadre du programme SNLE 3G, qui doit voir la construction du premier exemplaire débuter en 2020.

 

SNLE français du type Le Triomphant (© MARINE NATIONALE)

 

Des SNA plus gros pour les Britanniques

Pour ce qui est des sous-marins nucléaires d’attaque, la Royal Navy a vu ses capacités sérieusement réduites au cours des années 2000, passant de 12 à seulement 7 SNA. Ce format sera conservé avec les 7 nouvelles unités du type Astute, dont les trois premiers ont été livrés en 2010 (HMS Astute), 2013 (HMS Ambush) et 2014 (HMS Artful), le quatrième devant suivre cette année et le dernier en 2022. En attendant, trois anciennes unités du type Trafalgar, les HMS Trenchant (1989), HMS Talent (1990) et HMS Triumph (1991) sont encore en service.

 

SNA britannique du type Astute (© BAE SYSTEMS)

Le SNA britannique HMS Trenchant du type Trafalgar (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Côté français,  la Marine nationale ne dispose que de six SNA du type Rubis, entrés en flotte entre 1983 et 1993. Leur remplacement sera assuré nombre pour nombre par le programme Barracuda, dont la tête de série, le Suffren, accuse trois ans de retard. Sa livraison est désormais prévue en 2020, ses cinq sisterships devant suivre d’ici 2030. Pour maintenir ses capacités opérationnelles, la France doit donc prolonger le Rubis, qui devait prendre sa retraite début 2017. 

 

SNA français du type Rubis (© MARINE NATIONALE)

Vue des futurs SNA français du type Barracuda (© NAVAL GROUP)

 

La Royal Navy conservera donc une composante de SNA légèrement plus nombreuse, sachant que les Astute sont plus gros que les Barracuda (6500 tonnes contre 5000 tonnes environ) et ont une capacité d’emport en armes nettement supérieure (38 contre 20).

Coopération pour renouveler la guerre des mines

En matière de guerre des mines, les deux flottes en sont au stade de la préparation du renouvellement de leurs moyens et, à ce titre, coopérèrent au travers du programme MMCM. Celui-ci porte sur un système de guerre des mines basé sur l’emploi de drones de surface, sous-marins et aériens à partir de la côte et de bateaux-mère. Deux démonstrateurs, un pour chaque pays, doivent être testés en mer à partir de 2019. Le nombre de systèmes de drones et de bateaux-mères allant ensuite être commandés demeure pour le moment incertain.

En attendant, cette composante repose, pour la Royal Navy, sur 15 chasseurs de mines, soit 8 de la classe Hunt, mis en service entre 1981 et 1989, auxquels s’ajoutent 7 unités du type Sandown (1998-2002). Tous doivent être désarmés entre 2019 et 2026.

 

Chasseurs de mines britannique du type Sandown (© MICHEL FLOCH)

 

 

La Marine nationale, de son côté, arme encore 11 chasseurs de mines tripartites (CMT), mis en service entre 1984 et 1987, complétés par trois bâtiments remorqueurs de sonars (BRS) du type Antarès (1993-1995), quatre bâtiments bases de plongeurs démineurs (BBPD) du type Vulcain (1986-1987) ainsi que le bâtiment d’expérimentation de guerre des mines Thetis (1988), qui peut être utilisé comme unité de commandement.

 

Une frégate du type 23 avec le RFA Tidespring, premier des quatre nouveaux ravitailleurs britanniques (© ROYAL NAVY)

 

Flotte logistique : faiblesse française et saignée chez les Britanniques

Pour ce qui est de la flotte logistique, il s’agit traditionnellement de l’un des grands points forts du Royaume-Uni, du fait de son statut d’île et de son histoire coloniale. Mais cette composante est en train de subir une cure d’austérité sans précédent. Certes, quatre nouveaux navires logistiques de grande capacité du type Tide vont intégrer la Royal Fleet Auxiliary. La tête de série, le Tidespring, a été mise en service fin 2017 et les trois autres (Tiderace, Tidesurge et Tideforce) suivront d’ici 2019 et complèteront les Wave Knight et Wave Ruler, opérationnels depuis 2003. Mais, dans le même temps, de nombreuses unités ont été ou vont être mises au rebut. Après le désarmement l’an dernier des pétroliers-ravitailleurs Gold Rover et Black Rover (1974), ainsi que de l’Orangeleaf (1979), ce sera bientôt au tour du ravitailleur polyvalent Fort Victoria (1994) dont le sistership, le Fort George, avait déjà été prématurément mis en retraite en 2011. Doivent suivre au début des années 2020 les ravitailleurs de combat Fort Rosalie (1978) et Fort Austin (1979), que la RFA espère remplacer en même temps que le Fort Victoria avec le projet Fleet Solid Support, qui n'a pas à ce jour été lancé. Il y a aussi le cas de l’Argus, ancien porte-conteneurs construit en 1981 et racheté en 1984 par la Royal Navy pour être converti en porte-aéronefs auxiliaire. Curieusement, il demeure pour le moment prolongé, ce qui n'a finalement pas été le cas du vieux Diligence (1981), ex-ravitailleur de plateformes pétrolières acquis en 1983 pour servir de navire atelier et qui a été désarmé en 2016 au lieu de 2020. 

 

 

La Royal Fleet Auxiliary n’est donc plus que l’ombre de ce qu’elle était (elle armait une quinzaine de ravitailleurs en 1990), ce qui ne l’empêche pas d’être encore supérieure à ce qu’aligne la Marine nationale. Celle-ci dispose en effet d’une flotte de soutien extrêmement réduite, et c’est l’une de ses principales faiblesses. Depuis le retrait de la Meuse en 2015, il ne lui reste plus que trois bâtiments de commandement et de ravitaillement, les Var (1983), Marne (1987) et Somme (1990). Ils doivent être remplacés à partir de 2022/2023 par des unités logistiques plus grandes et polyvalentes. Trois nouveaux navires étaient prévus mais ce format devrait être finalement porté à quatre unités afin de répondre aux besoins opérationnels.

 

La FREMM Aquitaine ravitaillée par le BCR Somme (© MARINE NATIONALE)

 

Hélicoptères : les Anglais mieux lotis

Enfin, concernant les aéronautiques navales des deux pays, en dehors de l’aviation embarquée sur porte-avions déjà évoquée, les Britanniques sont clairement mieux lotis en matière d’hélicoptères. Les derniers Sea King sont remplacés par des AW-101 Merlin (67 prévus, dont 25 provenant de la RAF), une dizaine allant être gréée pour l’alerte lointaine à partir des futurs porte-avions. Les nouveaux AW-159 Wildcat (28 commandés) continuent quant à eux de succéder aux Lynx et vont bientôt mettre en œuvre le missile antinavire Sea Venom, développé en coopération avec la France.  

 

 

La Marine nationale, de son côté, ne disposera que de 27 nouveaux Caïman (NH90 NFH) afin de remplacer ses anciens Super Frelon et les Lynx encore en service. Le 19ème exemplaire a été livré à l’été 2017, les autres devant intégrer les flottilles d’ici 2021. Ce nouvel hélicoptère offre des capacités impressionnantes mais soufre d’importants problèmes de maturité technique, rendant sa disponibilité faible et son coût d’entretien élevé. Des mesures correctives sont mises en place par les militaires et industriels mais cette situation dégrade pour le moment les possibilités d’action de la marine française.

 

 

Le futur HIL sera développé sur la base du H160 (© AIRBUS HELICOPTERS)

 

Celle-ci doit dans le même temps maintenir comme elle le peut ses derniers Lynx (20 en parc) et continuer de faire voler ses antiques Alouette III, dont les plus anciennes ont 50 ans. Ces machines, encore au nombre d’une vingtaine, doivent être remplacées dans le cadre du programme des hélicoptères interarmées légers (HIL), qui doit être développé sur la base du nouveau H160 d'Airbus mais ne verra pas le jour avant 2024 (à confirmer par la LPM). La marine en souhaite une cinquantaine à terme, afin de remplacer non seulement les Alouette III, mais aussi ses 27 Dauphin et Panther.

Patrouille maritime : Une capacité cruciale que la RAF attend de retrouver

Enfin, l’aéronautique navale française attend avec impatience la rénovation de ses avions de patrouille maritime Atlantique 2, extrêmement sollicités et qui ont besoin d'une bonne cure de jouvence. Alors que la livraison du prototype est attendue en 2019, l’état-major souhaite que 18 de ses 22 appareils soient modernisés (15 sont pour l’heure budgétés) afin de répondre aux besoins opérationnels, tant sur le plan maritime qu’au profit des interventions terrestres de l’armée française.

 

Avion de patrouille maritime français Atlantique 2 (© MARINE NATIONALE)

 

La « PATMAR » constitue il faut le rappeler une capacité cruciale, en particulier dans le domaine de la lutte anti-sous-marine et la protection des SNLE, contribuant ainsi à la crédibilité de la dissuasion nucléaire.

Une capacité qui au Royaume-Uni ne relève pas de la Royal Navy mais de la RAF et qui fait cruellement défaut à la flotte britannique depuis 2010 et l’abandon du programme Nimrod MRA 4, ayant entrainé le retrait du service des avions de patrouille maritime britanniques. Cette grave décision, qui a d’ailleurs conduit les Atlantique 2 français à venir plusieurs fois prêter main forte aux Britanniques pour tenir à distance les sous-marins russes, a heureusement été corrigée. Le Royaume-Uni a en effet décidé d’acquérir des P-8A Poseidon américains, mais seuls 9 appareils ont été achetés et le premier ne devrait pas être opérationnel sur la base écossaise de Lossiemouth avant 2020.

 

Un P-8A Poseidon américain (© US NAVY)

 

La contraction de la Royal Navy n’est pas une bonne nouvelle

Ce rapide état des lieux des deux flottes montre donc que la France a bel et bien pris un ascendant sur la Royal Navy en termes de capacités opérationnelles, alors qu’en volume les deux marines naviguent désormais dans les mêmes eaux pour ce qui est des principales capacités de combat. Au-delà de flatter l’orgueil français, cette situation est en réalité assez inquiétante car voir l’armada britannique, qui dominait sans conteste les mers il y a un siècle, se contracter à ce point n’est pas une bonne nouvelle pour l’Europe ni pour la France. Certes, comme l’a dit Emmanuel Macron vendredi dernier à Toulon, « nous sommes en train de devenir très clairement et nettement l'armée de référence européenne ». Mais cette armée de référence demeure numériquement peu nombreuse. Comme les forces terrestres et l’aviation tricolores, la flotte française, si excellente soit-elle dans de nombreux compartiments de la guerre navale, aligne des effectifs réduits au nom du concept de « stricte suffisance », issu d’un compromis entre autonomie stratégique et contraintes budgétaires. On constate d’ailleurs la même chose à peu près partout en Europe, faisant que l’UE aligne une puissance militaire anormalement faible au regard de son poids économique, bien que les Etats membres dépensent globalement beaucoup d’argent dans les équipements. Mais alors que l'armée demeure une affaire très régalienne et politique, les efforts européens sont encore trop mal coordonnés et de de nombreux programmes en coopération menés en dépit du bon sens. Pourtant, de nouvelles menaces émergent autour de l'Europe, lointaines pour certaines, beaucoup plus proches pour d'autres, du terrorisme aux petits pays belliqueux solidement armés, sans oublier le retour des Etats puissances qui voient de nombreuses marines se développer et certaines flottes émerger au plus haut niveau mondial, comme celle de l'Inde et bien entendu de la Chine, qui ambitionne de contester la toute puissance américaine sur les mers. 

 

Emmanuel Macron lors de ses voeux aux armées à bord du BPC Dixmude (© EMA)

 

Macron mise sur l’Europe pour obtenir un effet démultiplicateur

D’où l’ambition d’Emmanuel Macron de faire de cette armée française la grande base d’une nouvelle Europe de la Défense, autour de laquelle une coopération refondée permettra de continuer à accroître l’interopérabilité avec plus de matériels communs, d’optimiser les investissements mais surtout de faire en sorte que d’autres pays ajoutent leurs moyens aux capacités françaises afin d’augmenter la puissance globale de l’outil. A ce titre, le message du président de la République lors de ses vœux aux armées a été très clair et mérite d’être rappelé : « Je sais que, parmi vous, certains continuent de voir dans la coopération européenne un danger, un danger sur la taille des armées françaises tant cette coopération a été présentée comme une espèce de cache sexe de la réduction des formats passés. Je sais bien toutes les réticences qui existent sur ce sujet, mais je veux ici vous passer un message fort et clair. L’autonomie stratégique, opérationnelle, elle est maintenue. C’est ma priorité », a martelé le chef de l’Etat, avant de poursuivre : « Les engagements budgétaires sont pris et seront tenus mais la coopération, c'est ce qui va nous permettre de nous démultiplier. C’est non plus ce qui va, contrairement à ce qui a été présenté pendant des années, être la compensation d'une réduction budgétaire ou de format française. Non ! C'est ce qui va être, parce que nous sommes en train de devenir très clairement et nettement l'armée de référence européenne, le meilleur moyen de démultiplier celle-ci dans toutes ses capacités » (voir la vidéo du discours intégral du président).

 

Frégates allemande et britannique intégrées au groupe aéronaval français engagé contre Daech en 2016 (© MARINE NATIONALE)

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