Marine Marchande
Pourquoi les Abeilles coûtent plus cher que l'Anglian Monarch ?

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Pourquoi les Abeilles coûtent plus cher que l'Anglian Monarch ?

Marine Marchande

Certains observateurs ont pu être surpris par la différence significative entre le coût d'affrètement des remorqueurs français Abeille Liberté et Abeille Bourbon et celui de leur homologue britannique Anglian Monarch. Des chiffres ont, en effet, été communiqués suite à la décision de Londres de cesser, d'ici septembre 2011, d'opérer des remorqueurs de sauvetage. Selon la Marine nationale, l'affrètement de l'Abeille Liberté, basée à Cherbourg, coûte 5.3 millions d'euros par an, hors carburant. Quant à l'Anglian Monarch, positionné à Douvres et affrété conjointement par la marine française et la Maritime Coastguard Agency (MCA), la participation tricolore, soit la moitié du coût total, est donnée à 1.8 million d'euros par an, carburant compris. Il existe donc une différence de prix importante entre les navires, bien que tous deux soient dédiés à l'assistance des navires en difficulté en Manche et dans le détroit du Pas-de-Calais. Cela tient en fait à plusieurs facteurs, qu'il est intéressant de détailler pour bien comprendre l'écart de prix. Alors que l'Anglian Monarch est un simple navire soutien à l'offshore pouvant réaliser des opérations de remorquage, l'Abeille Liberté, comme son aînée la Bourbon, a été spécialement conçue pour l'assistance de navires en difficulté et la protection du littoral. Le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS) français, en alerte 24h/24 et 7 jours/7, est plus grand, plus puissant et plus récent. Construit en 2005 et affichant une puissance propulsive de 21.700 cv, l'Abeille Liberté mesure 80 mètres de long et affiche une traction au point fixe de 209 tonnes. L'Anglian Monarch est, quant à lui, entré en service en 2000. Long de 58 mètres, ce remorqueur dispose d'une capacité de traction de 160 tonnes.

L'Anglian Monarch (© : MARINE NATIONALE)
L'Anglian Monarch (© : MARINE NATIONALE)

Mais, surtout, la Liberté dispose de caractéristiques techniques adaptées à sa mission. Sa motorisation comprend, ainsi, un système de redondance permettant de gérer les éventuelles avaries sur ses quatre moteurs. Ainsi, en cas de panne sur un moteur, elle peut continuer à assurer un sauvetage, y compris si les conditions météorologiques sont très mauvaises. Le navire de BOURBON compte également, à son bord, une salle de « salvage », servant à accueillir une cellule de crise où une équipe peut s'installer pour prendre la direction des opérations. Les Bourbon et Liberté sont, en outre, conçues pour pouvoir embarquer des naufragés, avec une capacité d'accueil de plusieurs dizaines de passagers. Doté de moyens de lutte contre les incendies et pouvant mettre en oeuvre des équipements antipollution, le navire est, en outre, capable d'intervenir dans un environnement chimique et dispose, notamment, d'un sas de décontamination.

Remorquage d'un navire par l'Abeille Liberté (© : MARINE NATIONALE)
Remorquage d'un navire par l'Abeille Liberté (© : MARINE NATIONALE)

Enfin, et c'est aussi important que les capacités techniques des remorqueurs, les équipages des Abeille sont des spécialistes du sauvetage en mer. En cela, le concept est très différent entre la MCA et les unités affrétées par la Marine nationale auprès de BOURBON, dont les personnels arment les bateaux. Chez les Britanniques, les équipages de navires sont essentiellement chargés de passer une remorque à un bâtiment en difficulté. Les Français, de leur côté, ont un domaine d'intervention plus vaste et sont rompus (et qualifiés) à des opérations d'assistance coordonnées. Les marins des Abeilles sont, ainsi, amenés, parfois dans des conditions périlleuses, à être hélitreuillés sur les navires en détresse afin de réaliser un état des lieux, conseiller l'équipage, ou encore vérifier les points d'ancrage... Il y a donc, en plus des navires en eux-mêmes, de véritables compétences humaines qui expliquent que le coût d'affrètement des RIAS français soit plus élevé que celui de l'Anglian Monarch. Et c'est précisément ce savoir-faire, cumulé aux impressionnantes capacités des Bourbon et Liberté, qui a permis, depuis 2005, d'éviter des catastrophes maritimes au large de la Bretagne.
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(*) Le coût d'affrètement des Abeille Languedoc (La Rochelle) et Abeille Flandre (Toulon), construits en 1979, est sensiblement équivalent à celui de l'Anglian Monarch, soit environ 10.000 euros par jour.

- VOIR NOTRE REPORTAGE SUR L'ABEILLE LIBERTE


L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon (© : BOURBON)
L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon (© : BOURBON)

Marine nationale BOURBON