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Premier exercice de sauvetage franco-danois en Arctique 

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Lié à la fonte des glaces, le développement du trafic commercial, des croisières et même de la plaisance en Arctique engendre un risque accru d’accidents maritimes dans le Grand Nord. Compte tenu du nombre croissant de bateaux et ressortissants français qui fréquentent ces eaux, la Marine nationale se prépare à devoir, un jour, participer à une opération de secours dans cette région particulièrement hostile. 

Deux patrouilleurs, deux avions et un hélicoptère

Dans cette perspective, elle a (conduit ) participé avec son homologue danoise, du 3 au 10 septembre, le tout premier exercice commun de recherche et de sauvetage (SAR) en zone arctique. Baptisé Argus, cet entrainement, appelé à devenir régulier et à s’étendre à d’autres nations, s’est déroulé au Groenland. Il a impliqué côté français le patrouilleur Fulmar, basé à Saint-Pierre et Miquelon, ainsi qu’un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué, près de Lorient. Les Danois, qui ont organisé cet exercice à la demande des Français suite à des échanges bilatéraux sur le sujet, ont quant à eux mobilisé leurs forces armées avec le patrouilleur polaire Knud Rasmussen et un avion CL604 Challenger. S’y ajoutait l’hélicoptère Sea King de la compagnie civile Air Greenland, affrété par les autorités danoises pour des missions SAR au Groenland.   

 

Le patrouilleur Knud Rasmussen lors de l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

Le patrouilleur Knud Rasmussen lors de l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

Image d'archives d'un avion de surveillance maritime Challenger (© : FORSVARET)

Image d'archives d'un avion de surveillance maritime Challenger (© : FORSVARET)

 

« Notre demande vis-à-vis des Danois vise à se préparer à envoyer des moyens pour participer en cas de besoin à une opération de recherche et de sauvetage qui pourrait notamment impliquer des bateaux ou ressortissants français. On constate en effet qu’il y a de plus en plus de Français en Arctique, avec notamment le développement des croisières, quelques navires de commerce et des plaisanciers. Au moment de l’exercice, quatre Français sur un voilier étaient par exemple présents à Nuuk en vue de tenter le franchir le passage du nord-ouest », explique une source militaire. 

Une vaste zone SAR qui va du Groenland aux îles Féroé 

Kangerlussuaq, c’est le « grand hub » aérien de l’ouest groenlandais pour les voyages d’expédition en Arctique, du fait de sa position géographique et de la présence d’un aéroport utilisé par les compagnies de croisière pour acheminer leurs passagers. C’est également là que les CL604 Challenger sont régulièrement déployés pour conduire des opérations de surveillance maritime, de souveraineté et de secours en mer. 

L’exercice était organisé par le Joint Arctic Command (JACO) danois. Assurant la fonction de JRCC (Joint Rescue Coordination Center) de la zone, il est chargé de coordonner les opérations de recherche et de sauvetage en mer, mais aussi les crashs aériens et les accidents terrestres, cela sur une zone qui s’étend du Groenland à l’archipel des Féroé. Le JACO, qui dirige et anime le centre de commandement local de la défense danoise, à Nuuk, a géré quelques 450 interventions l’an dernier, ce qui en dit long sur l’activité SAR dans le secteur.

 

Le Fulmar et le Falcon 50 lors de l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

Le Fulmar et le Falcon 50 lors de l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

 

S’entrainer à agir dans un environnement très rude

L’exercice Argus a permis aux moyens français et danois de travailler ensemble sur différents scenarii de recherche et de sauvetage, au large comme près des côtes et jusque dans les immenses fjords groenlandais. « Les conditions d’intervention sont très différentes de ce que nous connaissons habituellement et on n’opère pas là-bas sans formation initiale. C’est l’intérêt de cet exercice, qui nous permet de nous entrainer en conditions réelles et de profiter de l’expérience et du savoir-faire des Danois, qui sont présents toute l’année dans cette zone où la nature et l’environnement sont durs et hostiles ». Entre les recherches en mer où il faut prendre garde aux icebergs et glaces dérivantes, et celles près des côtes et dans les fjords où l’on doit composer avec les glaciers, les interventions en Arctique ne sont pas une sinécure. D’autant qu’il ne faut pas oublier les températures très froides, les coups de vents aussi imprévisibles que violents, ainsi que des évènements naturels très dangereux. Ce fut par exemple le cas en juin 2017 lorsqu’un immense morceau de falaise est tombé dans la mer. Une chute vertigineuse ayant provoqué une vague haute de plusieurs dizaines de mètres qui, en entrant dans un fjord, a complètement rasé un village groenlandais. 

 

Un fjord groenlandais avec en bas à droite le Fulmar précédé du Knud Rasmussen (© : MARINE NATIONALE)

Un fjord groenlandais avec en bas à droite le Fulmar précédé du Knud Rasmussen (© : MARINE NATIONALE)

 

Le Fulmar coordonne les moyens sur zone

 Pendant l’exercice, les marins français ont pu constater que cet environnement particulier était non seulement hostile, mais aussi opérationnellement handicapant sur certains points techniques. C’est le cas par exemple des communications satellitaires, qui a cette latitude ne sont pas permanentes au niveau de la mer. Quant à la VHF, les fjords limitent les possibilités, y compris pour les avions qui sont amenés à y voler à basse altitude. Habituellement assez isolé à Saint-Pierre et Miquelon, le Fulmar, ancien chalutier de 40 mètres construit en 1991 et converti en patrouilleur cinq ans plus tard, a en tous cas bénéficié d’un entrainement des plus intéressants. Le bâtiment s’est confronté à des navigations complexes et a travaillé étroitement avec le patrouilleur polaire danois, qui lui ouvrait parfois la route dans des secteurs encombrés de glace. Le Fulmar a aussi pu jouer le rôle d’OSC (on scene coordinator), au travers duquel il a dirigé et coordonné l’ensemble des moyens franco-danois pendant une partie d’Argus. 

 

Le Fulmar pendant l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

Le Fulmar pendant l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

 

Les Falcon à 4h30 de vol de Lorient

 Quant à l’équipage du Falcon 50, il a pu lui-aussi mieux appréhender l’environnement arctique et permet à la flottille 24 F, forte de 8 avions de ce type, d’étendre son champ d’action vers le Grand Nord.  C’est d’ailleurs cette formation de l’aéronautique navale, spécialisée dans la surveillance maritime et le sauvetage en mer, qui serait probablement dépêchée en premier en cas d’opération SAR dans cette région. Kangerlussuaq n’est en effet qu’à 4 heures et demi de vol de Lorient, ce qui n’est guère plus éloigné que le sud-est de la Méditerranée.  Pour les unités de surface en revanche, il faut une dizaine de jours de navigation depuis Brest, ce qui est très long. D’où l’intérêt aussi de disposer du Fulmar à Saint-Pierre et Miquelon, bien plus proche et qui pourrait si besoin compléter les moyens danois, mais aussi américains ou canadiens présents à proximité. « Les moyens concernés par une éventuelle opération de sauvetage dépendraient du contexte. S’il s’agissait d’un crash aérien, ils seraient différents du cas où nous aurions à traiter le naufrage d’un navire de croisière. Mais l’objectif aujourd’hui est, d’abord, d’avoir une meilleure connaissance du terrain et de pouvoir nous entrainer régulièrement dans cet environnement ». 

« Très bon résultats opérationnels »

Malgré cet environnement, délicat et inhabituel, les marins français se sont apparemment très bien intégrés au dispositif danois, sans doute grâce à la similitude de nombreuses procédures. Avec à la clé, dit-on, de « très bon résultats opérationnels ». Côté matériel, le Fulmar comme le Falcon 50 n’ont pas intégré pour cet exercice d’équipements de sauvetage spéciaux. En cas d’intervention, l’avion français utiliserait ses habituelles chaines SAR. « On considère que l’équipement spécifique à ces régions très froides est donné à bord des bateaux, ceux qui naviguent dans ces zones devant répondre aux normes fixées par le code polaire, y compris en matière de matériel de secours. Ils doivent pouvoir survivre 7 jours en attendant que les secours arrivent ». 

 

Le Fulmar pendant l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

Le Fulmar pendant l'exercice (© : MARINE NATIONALE)

 

Faire d’Argus un exercice annuel ouvert à d’autres nations

La France et le Danemark souhaitent maintenant qu’Argus deviennent un exercice annuel, afin que leurs forces aient l’habitude de travailler ensemble. Mais les deux pays veulent aussi que l’exercice soit étendu à d’autres nations. La présence pour cette première édition d’un officier des garde-côtes américains laisse entrevoir une possible participation en 2019 de l’US Coast Guard, qui pourrait par exemple dépêcher l’un de ses avions C130. Canadiens et Islandais seraient également approchés. 

Développer une réponse capacitaire internationale en cas de catastrophe

Les Danois, qui disposent sur place d’un certain nombre de moyens, avec les patrouilleurs du type Rasmussen et les frégates du type Thetis pour la marine, ainsi que les CL604 Challenger des forces aériennes et le Sea King d’Air Greenland, sont en tous cas très intéressés par cette nouvelle coopération internationale. Compte tenu du développement de la présence humaine en Arctique, le royaume est en effet à la recherche de partenaires pour compléter ses effectifs en cas de besoin et appréhender de manière internationale la nouvelle donne que représente la conquête commerciale et touristique du Grand Nord. Une zone très sensible qui nécessite la mise en place d’une « réponse capacitaire » permettant, en cas de catastrophe maritime, de déclencher rapidement une opération de sauvetage de grande ampleur.

 

Marine nationale