Défense
Premier retour d'expérience pour le patrouilleur L'Adroit

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Premier retour d'expérience pour le patrouilleur L'Adroit

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Admis au service actif en mars dernier, le patrouilleur hauturier d'expérimentation (PHE) L'Adroit a achevé sa première longue mission en Méditerranée. Déployé durant deux mois, le bâtiment a été employé dans le domaine de la surveillance maritime, mais aussi de la police des pêches dans le cadre de la campagne Thon rouge. A cette occasion, l'équipage a pu mesurer les capacités du nouveau patrouilleur, construit sur fonds propres par DCNS et mis à disposition de la Marine nationale pour trois ans. Tout en continuant de faire monter en puissance le bâtiment et de mener différentes expérimentations, notamment dans le domaine des drones.

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle avec la partie CO au premier plan (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
La passerelle avec la partie CO au premier plan (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Les machines de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Les machines de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Les machines de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Les machines de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Long de 87 mètres pour une largeur de 15 mètres, L'Adroit affiche un déplacement de 1500 tonnes en charge. Capable d'atteindre la vitesse de 21 noeuds grâce à deux moteurs ABC, et plus de 15 noeuds sur une seule ligne d'arbres, le PHE présente une autonomie importante, soit 8000 milles à allure économique. Capable de rester en opération durant trois semaines sans ravitaillement, ce bâtiment, très automatisé, compte 32 membres d'équipage, dont 6 officiers. « Le nombre d'officiers est important mais cela s'explique par le caractère expérimental de ce bâtiment. En dehors de l'équipage, nous pouvons accueillir 27 passagers. Lors des dernières missions, nous étions d'ailleurs 50 à 55 à bord et cela s'est bien passé », explique le capitaine de frégate Sacha Bailly, commandant de l'équipage B de L'Adroit.

Double équipage et effectifs réduits

Le PHE compte, en effet, deux équipages (A et B), qui se relaient à bord tous les quatre mois. Ce système n'est pas une nouveauté dans la Marine nationale puisqu'il est en vigueur sur le bâtiment hydro-océanographique Beautemps-Beaupré, livré en 2003 par les chantiers STX de Lorient. L'avantage de ce système est de profiter au mieux de la très forte disponibilité des navires construits aux normes civiles, comme c'est le cas du BHO et du PHE, ce dernier étant conçu pour naviguer 220 jours par an. Le double équipage permet, ainsi, de démultiplier les missions d'une même plateforme. Quant à la réduction de l'équipage lié au développement des automatismes, il s'agit évidemment d'une très bonne chose pour la marine d'un point de vue budgétaire, puisque cela réduit la masse salariale. Des espaces sont par ailleurs libérés, ce qui permet de conserver des réserves de masses pour l'évolution du bâtiment, par exemple l'ajout de matériels. Mais cela entraine aussi une nouvelle approche en termes de ressources humaines, notamment pour certaines fonctions, qui ne peuvent se passer des marins. Ainsi, au cas où le bâtiment resterait dans une situation de combat sur une longue durée, il faudrait armer en permanence les cinq postes du Central opération, alors qu'en période normale, un seul opérateur en suffisant. Il faut donc gérer autrement la fatigue et les relèves : « De manière générale, on se rend compte que l'on arrive très vite à une situation où les gens sont au poste de combat toute la journée, ce qui nous conduit à être en situation plus légère dans la soirée ».

Contrôle d'un thonier (© : MARINE NATIONALE)
Contrôle d'un thonier (© : MARINE NATIONALE)

Contrôle de cages à thons (© : MARINE NATIONALE)
Contrôle de cages à thons (© : MARINE NATIONALE)

Thon rouge : 22 contrôles effectués et 5 infractions relevées

Durant les premières missions effectuées, la modernité et l'espace offerts par le nouveau patrouilleur ont, semble-t-il, été très appréciés des marins. Grand et bénéficiant d'un système de stabilisation passif, le patrouilleur montre d'intéressantes qualités nautiques et les conditions de vie y sont apparemment bonnes. C'est dans ce cadre que L'Adroit a donc évolué en Méditerranée, notamment pour faire la police durant la campagne de pêche au thon rouge, une activité particulièrement règlementée puisque cette espèce est considérée comme menacée. Cette année, les contrôles ont été plus sévères encore. Réduction de la taille des flottes de pêche, extension de la période de fermeture de la pêche pour les senneurs à senne coulissante et renforcement des contrôles... L'Europe a adopté en mai dernier des règles internationales plus strictes pour éviter la capture illégale du thon rouge. Alors que de 1995 à 2002, la prise annuelle était de 50.000 tonnes, pour 2012, le quota a été ramené à 12.900 tonnes, dont seulement 937 tonnes pour les thoniers-senneurs français. « Le patrouilleur hauturier a effectué pas moins de 22 contrôles de navires de pêche, au cours desquels 5 infractions à la règlementation internationale ont été relevés. En coordination étroite avec les autres forces de contrôle des pêches, L'Adroit a contribué à faire respecter les quotas de pêche 2012 et la règlementation des pêches, qui a été récemment renforcée », souligne le commandant Bailly.

Le mât unique de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Le mât unique de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le système de lutte et les senseurs

Durant cette campagne, un certain nombre d'innovations dont dispose le PHE ont été mises en oeuvre pour la première fois dans un cadre d'opérations réelles. C'est le cas par exemple du système de mission Polaris, développé par DCNS : « Grâce à Polaris, l'équipage reçoit des informations précieuses et précises sur le trafic et l'environnement maritimes, lui permettant de détecter tous les bateaux de pêches », note le groupe naval. Polaris, qui est en fait une version allégée du système de combat SENIT 9 équipant les bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral, intègre et traite les informations recueillies par les différents senseurs installés sur L'Adroit, à commencer par les radars Scanter 4100 et Scanter 6000 de Terma, réunis en une seule antenne. Le premier est un radar 2D destiné à la veille surface et aérienne générale, le second étant plutôt conçu pour détecter de petits mobiles à courte distance. Ces radars sont abrités dans la mâture unique développée par DCNS et rassemblant l'essentiel des senseurs. On y trouve, aussi, un radar de navigation, un détecteur de communication (C/ESM) Altesse et le détecteur de radar (R/ESM) Vigile fournis par Thales, ainsi qu'à sa base le système de veille et de conduite de tir EOMS NG de Sagem. Un second système optronique, cette fois un FLIR Talon, complète les équipements de détection. On notera par ailleurs que, grâce à la liaison de données L11, le bâtiment peut-être intégré à une force navale multinationale au standard OTAN.

La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La concentration des fonctions en passerelle fait débat

Toutes les informations sont traitées et analysées par le système, avant d'être présentées aux marins sur des consoles installées en passerelle. Celle-ci, très vaste, concentre en fait non seulement les fonctions de conduite du navire (y compris les outils de commande de la propulsion), mais aussi celles habituellement dévolues au Central Opération (CO), traditionnellement installé dans un local dédié et moins lumineux séparé de la passerelle. Sur L'Adroit, tout est en « open space » et soumis à la clarté extérieure, un petit CO étant situé en arrière de la timonerie, avec trois postes Polaris, un poste de guerre électronique et un poste dédié à la messagerie et aux équipements infrarouges. Et à cela s'ajoute le PC Aviation, lui aussi aménagé dans la passerelle, sur la partie arrière tribord. A la mer, les marins ont pu tester ces derniers mois la nouvelle configuration. Ils y voient des avantages et des inconvénients. « En tant que commandant de L'Adroit, la présence du CO dans la passerelle est une configuration inédite me permettant d'être au coeur de toutes les actions. Et je suis convaincu que cela favorise les synergies au sein de l'équipage », note le CF Bailly. Mais le pacha de L'Adroit admet que cet aménagement fait débat au sein des marins, qui ne sont pas tous convaincus par cette innovation : « La cohabitation des personnels de conduite et du CO est un point dur. En fonction de l'activité, le niveau de décibels augmente et cela nécessite une grande discipline et une façon de travailler différente pour que les uns et les autres ne se perturbent pas ».
Pour l'heure, L'Adroit a été engagé dans des missions classiques, de faible intensité. En revanche, quand il sera au coeur d'une opération de lutte contre le narcotrafic ou la piraterie, lorsque la pression montera et que les ordres fuseront, la conviendra de voir si la cohabitation dans le même espace est vraiment pertinente. On notera d'ailleurs qu'au pire, si tel n'est pas le cas, une salle située sous la passerelle et servant actuellement de « show room » (salle de réunion et d'exposition notamment utilisées pour les présentations des industriels) pourrait éventuellement servir de CO.
Si cette question n'est pas encore tranchée, les marins sont en revanche unanimes pour dire que la visibilité à 360 degrés offerte par la passerelle panoramique, qui plus est située en hauteur et totalement entourée d'un « chemin de ronde » extérieur, est une excellente chose pour faciliter la surveillance.

La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
La passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

»Chemin de ronde » autour de la passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
»Chemin de ronde » autour de la passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Mise à l'eau d'une embarcation rapide (© : MARINE NATIONALE)
Mise à l'eau d'une embarcation rapide (© : MARINE NATIONALE)

Le succès du système de mise à l'eau d'embarcations

Les dernières missions, et notamment la campagne Thon rouge, ont également permis de valider le concept de mise à l'eau rapide d'embarcations par le tableau arrière. Ce système, développé par BOPP, une filiale du groupe Piriou, consiste en deux rampes inclinées pouvant accueillir chacune une embarcation de type commando. Initialement, l'objectif était de pouvoir déployer ces gros Zodiac d'intervention en mois de 5 minutes. Le pari a été largement rempli. « Il ne faut que 2 minutes pour mettre une embarcation à l'eau. Ce système fonctionne très bien et nous avons pu l'utiliser dans des mers déjà assez formées. L'avantage est que l'on peut mettre à l'eau une embarcation à la vitesse de 10 noeuds, alors qu'avec les systèmes traditionnels de bossoirs, les bâtiments ne peuvent avancer qu'à 4 ou 5 noeuds », précise le pacha, qui rappelle que ce dispositif a été imaginé suite au retour d'expérience du détournement du Ponant par des pirates en 2008. « A l'époque, les commandos ont estimé qu'il fallait dans ce genre d'opération pouvoir mettre en oeuvre deux embarcations, une pour l'intervention et l'autre en soutien. La mise à l'eau par l'arrière est, de plus, beaucoup plus discrète et participe de l'effet de surprise ».
Pour la récupération, l'embarcation se positionne derrière le patrouilleur et accroche un câble, qui va la tracter jusqu'à la rampe. Jusqu'ici, ce câble était en acier mais il va être remplacé par un équipement en polymère, plus léger, qui permettra d'accrocher le bateau entre 20 et 30 mètres sur l'arrière.

Les deux rampes se trouvent derrière la plateforme (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
Les deux rampes se trouvent derrière la plateforme (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

L'une des deux rampes avec un Zodiac classique (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
L'une des deux rampes avec un Zodiac classique (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

L'une des deux rampes avec un Zodiac classique (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
L'une des deux rampes avec un Zodiac classique (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

L'une des deux rampes (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
L'une des deux rampes (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

Récupération d'un Zodiac Hurricane 935 (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
Récupération d'un Zodiac Hurricane 935 (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

Le Zodiac Hurricane 935 de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
Le Zodiac Hurricane 935 de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

Le Zodiac Hurricane 935 de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)
Le Zodiac Hurricane 935 de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT - GROIZELEAU)

Zodiac Hurricane 935 et bientôt drone de surface

Depuis le début de l'année, L'Adroit dispose d'une embarcation rapide dérivée des futures ECUME des commandos marine. Il s'agit du Zodiac Hurricane 935. Longue de 9.3 mètres pour une largeur de 3 mètres, cette embarcation de 7 tonnes (en charge) peut emporter jusqu'à 12 personnes. Doté d'une double motorisation (Steyr 286/ Bravo drive), le ZH935 présente une vitesse de croisière de 40 noeuds avec une autonomie de plus de 200 milles, la vitesse maximale étant donnée à 47 noeuds. Sa coque, de type Mach2, un design breveté par Zodiac, est en aluminium. Pouvant embarquer 10 passagers, le ZH935 a été très apprécié durant la campagne Thon rouge. « Nous l'avons utilisé à chaque fois et ce fut un régal ! Cette embarcation est très rapide, dispose d'une grande autonomie et ses capacités d'emport sont très intéressantes. Pour les opérations spéciales bien sûr, mais aussi pour toutes les autres missions. Ainsi, lorsque nous étions en police des pêche, il fallait déployer une équipe de contrôle qui comprenait aussi des plongeurs et du matériel spécifique, comme des caméras stéréoscopiques (pour connaître la longueur et le poids des poissons, ndlr), pour inspecter les cages où se trouvent les thons ».
En dehors de cette embarcation, L'Adroit va, également, bientôt expérimenter un drone de surface. Conçu sur la base d'un semi-rigide, cet engin, développé par Sirehna, filiale de DCNS, devrait embarquer en octobre prochain.

Un prototype de drone Sirhena en 2008 (© : DCNS)
Un prototype de drone Sirhena en 2008 (© : DCNS)

Expérimentation d'un système de drone aérien

En attendant, L'Adroit est déjà le premier bâtiment de la Marine nationale à mettre en oeuvre un drone aérien. Il s'agit d'un Camcopter S-100 conçu par la société autrichienne Schiebel. Mis en oeuvre par l'équipe drone du Centre d'expérimentations pratiques et de réception de l'Aéronautique navale (CEPA/10S), cet UAV (Unmaned Aerial Vehicle) est en cours d'acquisition par la Direction Générale de l'Armement, qui a décidé de l'acheter afin de mener à bien une campagne d'expérimentation de trois ans destinée à évaluer ce qu'engendrent l'utilisation, la mise en oeuvre et le maintien en condition opérationnelle (MCO) sur une longue période d'un drone aérien embarqué. Cette campagne servira aux travaux préparatoires liés au futur programme de SDAM (Système de Drones tactiques Aériens pour la Marine).

Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Ayant apponté pour la première fois sur L'Adroit en novembre dernier, le Camcopter S-100 a reçu une autorisation de vol pour différentes utilisations opérationnelles. Affichant un poids à vide de 110 kilos et une masse maximale au décollage de 200 kilos, le drone de Schiebel mesure 3 mètres de long pour 1 mètre de haut, son rotor ayant un diamètre de 3.4 mètres. Capable de voler durant 6 heures environ (sans réservoir supplémentaires et avec une charge utile de 50 kilos), le drone présente une vitesse de croisière de 55 noeuds (environ 100 km/h) et peut atteindre 120 noeuds (environ 220 km/h). Il est actuellement équipé d'un système Agile 2 (Thales) doté de caméras électro-optique et infrarouge, avec retransmission des images en direct sur le bâtiment porteur via une liaison UHF. Il est toutefois envisagé de tester une autre boule optronique, fournie par Wescam. En dehors de cette capacité initiale, l'engin pourra être équipé ultérieurement d'un système d'identification automatique des navires (AIS) ou encore d'un radar, même si ce n'est pas encore prévu.

Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le Camcopter dans l'immigration clandestine, la piraterie et le narcotrafic

Embarqué lors des dernières missions en Méditerranée, le drone est un outil apprécié par le commandant Bailly. « Ca marche bien et c'est très prometteur. C'est un outil qui ne sert pas à la détection, car il n'a pas de radar, mais se révèle très utile pour l'identification et la levée de doute ». Lors qu'une cible potentielle est détectée par le bateau ou un autre moyen (comme un avion de surveillance maritime), le drone peut-être dépêché sur zone afin de l'observer et recueillir des renseignements. Le 28 mai dernier, le Camcopter S-100 a, ainsi, été utilisé pour identifier une embarcation chargée d'immigrés clandestins. « Ces migrants se trouvaient au sud de Malte. Dans ce genre d'opération, il est compliqué de s'approcher trop près car les gens ont tendance à se jeter à l'eau pour rejoindre le bâtiment qui s'approche afin d'être recueillis. Or, beaucoup ne savent pas nager. Le drone nous a été très utile car il nous a permis d'observer le bateau et, notamment, de compter le nombre de personnes à bord. Et il y en avait bien plus que les estimations que l'on pouvait faire de loin à la jumelle : Nous pensions qu'ils étaient une dizaine mais, en tout, il y avait 67 personnes sur une embarcation de 25 mètres de long ! ». Alors en mission de police des pêches, L'Adroit, qui n'avait pas les capacités pour accueillir ces migrants et puisqu'il n'y avait pas de situation d'urgence, a passé le relais aux autorités maltaises. Alertées, celles-ci ont dépêché sur place une vedette, qui a pris en charge les clandestins.

Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Le Camcopter S-100 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Caméra TV du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)
Caméra TV du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)

Caméra IR du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)
Caméra IR du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)

Caméra IR du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)
Caméra IR du Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)

Dans d'autres cas de figure, le drone pourrait s'avérer très utile pour mener des observations de manière discrète, par exemple dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic ou la piraterie. Grâce à ses caméras, il peut en effet suivre l'évolution d'une situation et même, grâce aux images envoyées vers son bateau-mère, recueillir des preuves. Intéressant lorsque l'on sait que les trafiquants ou les pirates, lorsqu'ils se savent repérés, jettent souvent la drogue, les armes et le matériel d'abordage par-dessus bord.

Meilleure intégration du drone et problématique du carburant

Dans les trois prochaines années, les militaires vont continuer de tester les capacités du drone et, progressivement, en mesureront les avantages et les domaines d'emploi. Alors que le Camcopter S-100 a réalisé, ces deux derniers mois, 35 heures de vol à partir de L'Adroit, d'ici 3 ans, les marins devraient le faire voler un millier d'heures. Côté allonge, le drone a pour le moment été mis en oeuvre à 25 nautiques du PHE, l'objectif étant d'augmenter progressivement cette portée à 60 nautiques. Dans le même temps, l'équipage va travailler avec les industriels sur une intégration de l'engin au système Polaris. « Il faut encore améliorer les interfaces pour que ce système soit complètement automatique et avoir les informations directement sur le système de combat pour voir sur les consoles les images envoyées par le drone. Pour le moment, les équipements sont séparés, installés à une place près du PC Aviation ».
Pour le côté opérationnel, on notera que le Camcopter S-100 ne fonctionne pas avec le même carburant que les aéronefs, mais avec du 100LL, typique dans le secteur du modélisme. Schiebel travaille sur la possibilité de faire fonctionner son drone au gasoil car, pour les systèmes embarqués, la démultiplication des carburants est une question qui préoccupe les marins. Ainsi, L'Adroit embarque pas moins de quatre combustibles différents : Le diesel pour les moteurs de propulsion du bâtiment et le Zodiac, de l'essence classique pour les deux petites embarcations semi-rigides, du carburéacteur (TR5) pour l'hélicoptère et le 100LL pour le drone.

Caïman Marine, ici sur une frégate (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Caïman Marine, ici sur une frégate (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Poursuite de l'homologation de la plateforme hélicoptère

Toujours dans le domaine aéronautique, la marine poursuit l'homologation de la plateforme de L'Adroit, où différents types d'hélicoptères doivent être qualifiés. Après un appontage inaugural fin novembre avec un Lynx, c'est un Panther qui s'est posé pour la première fois le 4 juillet sur le bâtiment. Il est ensuite prévu de faire de même avec le Caïman Marine, le nouvel hélicoptère de l'aéronautique navale, une machine beaucoup plus lourde que les Panther et Lynx. Le premier appontage avec la version française du NH90 devait avoir lieu début juillet mais des contraintes opérationnelles ont obligé l'appareil devant mener cette opération à voler vers d'autres occupations. Très vaste, la plateforme de L'Adroit est conçue pour l'accueil d'un hélicoptère de 11 tonnes. Elle dispose notamment d'une grille d'appontage dans laquelle se fixe le harpon des hélicoptères, permettant de les maintenir solidement sur le pont malgré les mouvements de plateforme. Le système optronique de FLIR, situé sur l'arrière du mât, est quant à lui utilisé pour le guidage des hélicoptères en approche.

FLIR Talon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
FLIR Talon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lynx appontant sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Lynx appontant sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

La plateforme de L'Adroit avec sa grille d'appontage (© : MARINE NATIONALE)
La plateforme de L'Adroit avec sa grille d'appontage (© : MARINE NATIONALE)

Panther appontant sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Panther appontant sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

L'abri de L'Adroit est situé sous la passerelle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
L'abri de L'Adroit est situé sous la passerelle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'abri de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
L'abri de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Panther dans l'abri de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)
Panther dans l'abri de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le PHE est également doté d'un hangar, où plutôt d'un « abri », comme on l'appelle, puisqu'il n'est pas conçu pour pouvoir mener à bord des opérations de maintenance. Ce local peut recevoir un appareil de 5 tonnes ou un système de drone. Selon les marins, il n'est toutefois pas possible de stocker simultanément dans l'abri un hélicoptère et un UAV, même le petit Schiebel. « Il faut choisir. Même si le drone que nous avons actuellement n'est pas grand, on ne peut pas embarquer les deux ». A l'avenir, cette problématique devra sans doute être traitée par les ingénieurs de DCNS, notamment dans le cadre de longs déploiements au travers desquels il serait dommage que les marins soient obligés de choisir entre les deux capacités, ou plutôt de sacrifier l'emport d'un drone puisque l'hélicoptère serait probablement considéré comme prioritaire.

Panther appontant sur L'Adroit (© : DCNS)
Panther appontant sur L'Adroit (© : DCNS)

Nouveaux équipements et canon télé-opéré espéré dans les prochains mois

L'Adroit va continuer de tester ses différents équipements, tout en en recevant de nouveaux. « Nous enlevons des matériels, nous en rajoutons d'autres... Le bateau évolue en permanence en raison de son côté expérimental », note le commandant Bailly. Des expérimentations qui sont aussi bien menées au profit de la Marine nationale que de DCNS, propriétaire du bateau. Ainsi, au printemps, le patrouilleur a fait l'objet d'une expérimentation visant à ajouter à son système de combat Polaris une capacité d'interopérabilité hors OTAN. Le National Interoperable Data Link (NIDL), qui a été testé avec succès du 24 au 26 avril, doit permettre à DCNS, dont les produits sont traditionnellement conçus sur la base d'une compatibilité aux standards de l'Alliance Atlantique, d'élargir ses opportunités de ventes à l'export. Cette nouvelle liaison de données tactiques a été mise en oeuvre entre L'Adroit et une station à terre. Elle permet notamment des échanges d'informations similaires à la liaison 16, utilisée par l'OTAN sur les théâtres d'opération depuis les années 90. Elle permet également de transférer des fichiers sous IP, afin de récupérer l'information avec simplicité et donc d'interfacer de nombreux systèmes d'information.

La partie CO de la passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La partie CO de la passerelle de L'Adroit (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Dans le domaine des contre-mesures, le bâtiment va recevoir un lance-leurres Sylena. Ce système compact a été spécialement développé par le groupe Etienne Lacroix pour les unités de type corvette ou patrouilleur. Il peut mettre en oeuvre les nouveaux leurres structuraux Sealem (électromagnétiques), spectraux Sealir (infrarouge) et, dans le domaine optronique, d'effets de masquage Seamosc.
Côté armement, L'Adroit est, pour l'heure, doté du « minimum syndical » : Un canon manuel de 20mm, deux affûts de 12.7mm et deux mitrailleuses de 7.62mm, auxquels d'ajoutent deux canons à eau télécommandés offrant une capacité d'intervention non létale, par exemple pour repousser des manifestants. Dans les prochains mois, les marins espèrent que la pièce de 20mm située à l'avant sera remplacée par un canon télé-opéré Narwhal, qui a été retenu pour équiper les nouvelles frégates multi-missions (FREMM). Développé par Nexter avec des technologies éprouvées (tourelle de l'hélicoptère Tigre, affûts manuels marine), ce nouveau système, doté d'un affût de 20mm, est gyrostabilisé et dispose d'une fonction de poursuite automatique couplée à un télémètre laser. Conçu pour la lutte contre les menaces asymétriques, le Narwhal offre, selon Nexter, une grande précision quelque soient les conditions de mer, une puissance de feu bien supérieure à des systèmes de 12.7mm et une capacité de réponse dans la frappe quasi-identique à du calibre 30 ou 40mm. Le Narwhal peut fonctionner en mode totalement automatique, sans servant et sans obligation d'intégration au système de combat du bâtiment porteur. Pour se faire, le système dispose de sa propre conduite de tir et d'un ensemble de caméras jour/nuit (TV/IR).

Canon télé-opéré Narwhal (© : NEXTER)
Canon télé-opéré Narwhal (© : NEXTER)

Les négociations se poursuivent entre DCNS et Nexter en vue d'équiper L'Adroit avec ce système, qui permettrait de renforcer significativement les capacités offensives du patrouilleur, surtout dans la perspective de ses futurs déploiements outre-mer. Chez DCNS, on rappelle par ailleurs que les unités de la gamme Gowind peuvent être dotés d'un armement nettement plus puissant : « L'Adroit constitue l'entrée de gamme des patrouilleurs et corvettes du type Gowind. Il dispose d'une artillerie légère mais l'architecture de ces bâtiments permet, si les clients le souhaitent, d'installer des équipements plus puissants. Au niveau de l'armement, la plateforme peut par exemple supporter une tourelle de 76mm et embarquer des missiles antinavire, ou encore un système surface-air ».

Gowind doté d'un canon de 76mm (© : DCNS)
Gowind doté d'un canon de 76mm (© : DCNS)

Gowind doté d'un canon de 76mm, de missiles antinavire et antiaériens (© : DCNS)
Gowind doté d'un canon de 76mm, de missiles antinavire et antiaériens (© : DCNS)

Déploiements en Afrique et océan Indien

Début juillet, L'Adroit a de nouveau appareillé de Toulon pour une mission de quatre semaines entre Nice et Sète dans le cadre de la PPSM (Posture Permanente de Souveraineté Maritime). Puis, à la fin du mois, l'équipage B passera le témoin à l'équipage A, qui conduira le bâtiment en Afrique pour son premier grand déploiement hors-Europe. En 2013, le PHE poursuivra sa montée en puissance opérationnelle en étant normalement engagé dans des opérations de lutte contre la piraterie en océan Indien. D'ici là, des commandos marine devraient monter à bord afin de prendre possession de ce nouvel outil, conçu dès l'origine pour la mise en oeuvre de forces spéciales. A cet effet, une zone est réservée aux commandos à l'arrière, près des embarcations rapides et de la plateforme hélicoptère, avec salle de réunion, postes, vestiaire et locaux pour le matériel.

L'Adroit appareillant de Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
L'Adroit appareillant de Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Un partenariat gagnant-gagnant pour les militaires et les industriels

En Afrique comme en océan Indien, le PHE accomplira les missions qui lui seront confiées par la Marine nationale et l'Etat-major des armées, tout en servant au soutien à l'exportation. Les entreprises impliquées dans ce programme, DCNS en tête, utilisent en effet le PHE comme support commercial auprès de clients potentiels. Véritable vitrine flottante, ce bâtiment, probablement l'un des plus visités de la marine, permet en effet aux industriels de s'appuyer sur un produit éprouvé à la mer, tout en profitant du retour d'expérience lié aux différentes missions et expérimentations. L'Adroit étant le prototype de la famille Gowind, une nouvelle génération de corvettes et patrouilleurs, sa construction sur fonds propres par DCNS et sa mise à disposition de la Marine nationale constituent un partenariat innovant et bénéfique pour les deux partenaires.

L'Adroit en Méditerranée (© : MARINE NATIONALE)
L'Adroit en Méditerranée (© : MARINE NATIONALE)

D'un côté, DCNS rôde ce nouveau design et met à l'épreuve des opérations les choix architecturaux retenus par les ingénieurs, en ayant ainsi la possibilité de valider le concept d'apporter des améliorations. Le groupe naval voit, dans le même temps, son nouveau bâtiment « labellisé » par la Marine nationale, qui trouve aussi dans cette opération des avantages certains. D'abord, la Force d'action navale compte une plateforme supplémentaire, à l'heure où la flotte de patrouilleurs se réduit significativement et que les restrictions budgétaires retardent les programmes de renouvellement. Ensuite, elle profite de la mise à disposition de L'Adroit, en lien étroit avec la Direction Générale de l'Armement, pour expérimenter de nouveaux matériels et affiner ainsi les spécifications et besoins qui seront exprimés pour de futurs programmes. Même s'il faut parfois louvoyer entre les impératifs opérationnels et les demandes des industriels, l'expérience est, pour le moment, considérée comme très concluante.

L'Adroit (© : DCNS)
L'Adroit (© : DCNS)

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