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Premier tir réussi pour le missile de croisière Scalp Naval

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Premier tir réussi pour le missile de croisière Scalp Naval

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La Direction Générale pour l'Armement a annoncé hier que le premier tir d'un missile de croisière Scalp Naval avait été réalisé avec succès. Le tir a été effectué le 28 mai, au centre DGA Essais de missiles de Biscarrosse, depuis un lanceur vertical représentatif d'un lancement à partir d'un navire de surface. « Tous les objectifs de ce tir ont été atteints. Il a notamment permis la validation de la phase de départ du missile depuis un lanceur vertical, jusqu'à la mise en configuration de croisière après séparations successives du conteneur puis du système d'accélération et basculement (SAB). Ce premier succès démontre la maturité technique acquise à l'issue des trois premières années de développement au cours desquelles de nombreux tests ont déjà été réussis sur des sous-systèmes du missile », se félicite la DGA. Ce premier test a permis d'ouvrir largement le domaine de vol du missile et de valider son interfaçage avec le lanceur vertical Sylver A70, spécialement conçu par DCNS pour la mise en oeuvre du Scalp Naval. Développé par MBDA à partir du Scalp EG (ou Storm Shadow chez les Britanniques), mis en service à partir de 2004 sur Mirage 2000 et Tornado, puis sur Rafale (Air et Marine), le Scalp Naval a fait l'objet d'un contrat de développement notifié en 2006 par la DGA.

Lanceur vertical à Biscarosse (© : DGA ESSAIS DE MISSILES)
Lanceur vertical à Biscarosse (© : DGA ESSAIS DE MISSILES)

200 missiles pour les frégates et sous-marins

Appelé Missile de Croisière Naval (MdCN) par les militaires français, l'engin a été commandé à 200 exemplaires pour la Marine nationale. 150 sont destinés à équiper les 9 futures frégates multi-missions (FREMM) à variante anti-sous-marine, à raison de 16 missiles par bâtiment. Le premier navire de ce type, l'Aquitaine, sera livré par DCNS en 2012 pour une admission au service actif l'année suivante.
Les 50 autres MdCN embarqueront sur les 6 nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque du type Barracuda, dont la tête de série, le Suffren, doit sortir du chantier de Cherbourg en 2017. Dans cette configuration, dite à changement de milieu, ils seront tirés, en immersion, depuis un tube lance-torpille de 533 mm et gagneront la surface dans une capsule étanche avant l'allumage du booster au dessus de la surface et le déploiement du missile, qui dispose (comme les autres versions), de deux ailes rétractables.

SNA du type Barracuda (© : DCNS)
SNA du type Barracuda (© : DCNS)

Détruire une cible à un millier de kilomètres

D'une longueur de 6.5 mètres (5.5 mètres sans le booster largable) et d'un poids de 1.4 tonnes (dont 500 kilos de charge militaire), le Scalp Naval peut voler à 800 km/h et atteindre une cible terrestre située à un millier de kilomètres du bâtiment. Autonome, le missile dispose d'une centrale inertielle et, durant la phase de vol, se recale grâce à un radioaltimètre et un système de positionnement GPS, lui permettant de voler à très basse altitude. Furtif, le MdCN se servira, en phase finale, d'un autodirecteur infrarouge pour reconnaître sa cible et la détruire. Pour mener à bien ce programme, MBDA a fait appel à des compétences très pointues dans des domaines très variés, allant du vol en basse altitude au positionnement, en passant par la furtivité, le turboréacteur, la performance de la charge militaire ou encore le tir sous la mer. En cela, le missilier européen, et notamment ses équipes françaises, peut se targuer de tenir la « dragée haute » aux Américains. « Le MdCN est un programme majeur pour MBDA. Le plein succès de ce premier tir de SCALP Naval démontre notre capacité à maintenir un niveau technologique élevé et une base industrielle forte en France, tout en répondant aux besoins stratégiques de notre pays », explique Antoine Bouvier, président de MBDA.

2008 : Essais d'aérodynamisme en soufflerie (© : MBDA)
2008 : Essais d'aérodynamisme en soufflerie (© : MBDA)

Outil militaire et diplomatique

Conçu pour neutraliser des cibles « durcies », ce type de missile est idéal pour toucher des sites stratégiques ou des infrastructures de commandement adverses. C'est ainsi qu'en 1991 et 2003, les Américains ont « préparé » le terrain irakien en lançant, depuis les navires croisant dans le golfe Persique, des centaines de Tomahawk. Tout comme son homologue américain, le MdCN, de par sa portée, permet au navire qui le met en oeuvre de rester à distance de sécurité, tout en bénéficiant de la liberté de navigation dans les eaux internationales pour s'approcher au plus près du théâtre d'opération.
Avec le MdCN, la France va devenir, après les Etats-Unis, le second pays à mettre en oeuvre de tels engins depuis des bâtiments de surface. Outre les capacités militaires du missile de croisière, le bâtiment qui en est équipé devient également, par définition, un véritable outil politique, du fait de son potentiel offensif en matière d'action vers la terre. Il permettra, ainsi, de renforcer la démarche diplomatique dans certaines régions, à l'image de ce que représente le déploiement d'un porte-avions. Si le MdCN ne saurait évidemment remplacer un Charles de Gaulle, qui présente une force de frappe et une allonge nettement plus importantes, il constituera un précieux complément, caractérisé par sa flexibilité, son « faible » coût et son endurance. La frégate peut, en effet, naviguer de manière prolongée dans une zone sensible et être facilement relayée par un sistership. Outre le moyen « ostensible » que représente le couple frégate/MdCN, l'embarquement du missile de croisière sur sous-marin offrira une capacité tout aussi stratégique. « Cachés » dans les fonds marins et bénéficiant de l'autonomie assurée par la propulsion nucléaire, les SNA du type Barracuda pourront se positionner discrètement et lancer une attaque en profondeur (ou simplement faire planer la menace).

FREMM (© : DCNS)
FREMM (© : DCNS)

Le tandem FREMM/Scalp Naval à l'export

On notera enfin que le tandem FREMM/Scalp Naval représente un avantage certain sur le marché export pour les industriels, à commencer par DCNS et MBDA. En dehors des Etats-Unis, qui n'ont accepté de céder le Tomahawk qu'aux Britanniques (pour leurs SNA), la France devient en effet le seul pays à pouvoir faire bénéficier ses partenaires stratégiques d'une telle arme. Il s'agit donc d'un argument de poids dans les négociations, tant la capacité de frappe en profondeur augmente le potentiel offensif d'une frégate. Dans cette perspective, le couple FREMM/Scalp Naval intéresse notamment la Grèce et, sans nul doute, le Brésil. Car cette puissance émergeante compte bien, dans les prochaines années, se doter d'un outil militaire de premier plan, à la mesure de ses ambitions sur la scène internationale.

Le tir du 28 mai (© : DGA ESSAIS DE MISSILES)
Le tir du 28 mai (© : DGA ESSAIS DE MISSILES)

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