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Premières arrestations de pirates embusqués dans le golfe d'Aden

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Premières arrestations de pirates embusqués dans le golfe d'Aden

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Débusquer les pirates dissimulés dans le trafic maritime avant qu'ils n'agissent. C'est l'objectif d'une opération actuellement menée par la Marine nationale, et qui vient de porter ses premiers fruits. Hier, un bâtiment français a intercepté un boutre accompagné d'un petit skiff. Une fois à bord, l'équipe de contrôle a découvert des fusils d'assaut, des lance-roquettes et tout le matériel nécessaire à l'attaque d'un navire de commerce, avec notamment grappins et échelles d'abordage. Se faisant passer pour des bateaux de pêche, les deux embarcations s'étaient postées en embuscade à une centaine de milles des côtes somaliennes, attendant le passage d'une proie intéressante. Confondus par l'équipement caché à bord, les 9 pirates présents ont été interpellés par les marins français. « Ces hommes se sont révélés être somaliens. Nous avons donc pris contact avec les autorités locales, qui se sont engagés à les poursuivre et à les traiter dans le respect des conventions internationales », explique le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère de la Défense. Les autorités somaliennes ayant donné les assurances nécessaires, le navire français s'est approché à 4 milles de Bosaso, dans la province du Puntland, où les pirates ont été remis aux garde-côtes somaliens. Les armements et équipements ont, quant à eux, été saisis par les militaires français pour être détruits.

Protection d'un convoi du PAM l'hiver dernier   (© : MARINE NATIONALE)
Protection d'un convoi du PAM l'hiver dernier (© : MARINE NATIONALE)

« Frapper les commanditaires au portefeuille »

Depuis un an, la France est très active dans la lutte contre la piraterie au large de la corne d'Afrique. Première à avoir assuré une protection navale aux cargos du programme alimentaire à partir de novembre 2007, elle a été à l'origine des résolutions votées en juin et octobre par le Conseil de sécurité des Nations Unies, permettant d'intervenir dans les eaux somaliennes. Suite à l'attaque en septembre du thonier Drennec, entre les Seychelles et la Somalie, Paris a par ailleurs, avec Madrid (les pêcheurs espagnols sont très présents dans le secteur), initié la mise en place d'une cellule de coordination européenne. Cette structure sert aujourd'hui d'interface entre les armateurs européens et les marines des pays de l'UE. Assurant depuis plusieurs semaines l'accompagnement des navires de commerce français et européens transitant dans le golfe d'Aden, la France pousse également à la constitution d'une force aéronavale chargée de traiter le problème. Enfin, à deux reprises, des opérations militaires ont été menées pour libérer les équipages de navires français détournés. Après l'affaire du Ponant, en avril dernier, la reprise du Carré d'As s'est, en septembre, soldée par la mort d'un pirate. La stratégie de Paris s'articule donc autour de trois axes : Dissuasion, action et prévention. « Le message de la France est très clair. Le temps de la facilité et de l'impunité est terminé. Le commerce de la piraterie a pu être florissant à une époque mais c'est fini. Avec le Carré d'As, il y a eu un tué. Là, neuf pirates ont été arrêtés et nous espérons qu'il y en aura d'autres », souligne le général Baptiste. Selon l'officier : « On peut lutter contre la piraterie de deux manières. La première est d'interpeler les pirates avant, pendant et après les actions. La seconde est de frapper les commanditaires au portefeuille. Concernant la dernière opération en date, au-delà des 9 pirates arrêtés, il y avait de l'équipement à bord : des armes, mais aussi des moyens radios modernes. C'est un investissement assez conséquent définitivement perdu pour les pirates et leurs commanditaires ».

Accompagnement d'un cargo dans le golde d'Aden   (© : MARINE NATIONALE)
Accompagnement d'un cargo dans le golde d'Aden (© : MARINE NATIONALE)

Forces aéronavales en cours de constitution

Suite à la recrudescence des actes de piraterie dans la région et l'adoption de deux résolutions à l'ONU, plusieurs pays européens se sont portés volontaires pour constituer une force aéronavale chargée de lutter contre le phénomène. Le contre-amiral britannique Philip Jones a été chargé de prendre la tête de cette mission européenne et de constituer son état-major. L'Europe a, dans le même temps, demandé une planification de la future opération. « La volonté politique existe et le train est en marche », se félicite-t-on au ministère français de la Défense. Cette force aéronavale, qui devrait être opérationnelle début décembre, sera indépendante mais opèrera en coordination étroite avec les autres composantes navales déjà sur zone. En plus de la TF150, qui assure depuis 2001 une mission de lutte contre les trafics d'armes et les mouvements terroristes par voie maritime, l'OTAN a également annoncé son intention de lancer une opération navale contre la piraterie (décision des pays de l'OTAN en date du 9 octobre). Ces différentes forces et les unités y étant rattachées travailleront donc ensemble, notamment en raison de moyens limités au regard d'une zone difficile à couvrir. Pour une telle mission, la flotte hauturière dont dispose la Marine nationale va, une fois encore, se révéler indispensable. « La zone est vaste et le trafic important, ce qui rend difficile la recherche des pirates, qui se font passer pour des pêcheurs. La TF150, la force de l'OTAN et la force européenne seront indépendantes mais coordonnées. Il y aura des convergences, avec des moyens dédiés ou rattachés. Les bâtiments de guerre sont, en effet, une denrée assez rare et peu de pays ont des navires capables de tenir une permanence à la mer », rappelle le général Baptiste.

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