Disp POPIN non abonne!
Divers

Actualité

Présidentielle : La compétitivité des ports et le développement du transport multimodal

Divers

L'an passé, quelques 384 millions de tonnes de marchandises ont été traitées par les ports français, soit 3.2% de plus qu'en 2005. Si Marseille a atteint de nouveau la barre des 100 millions de tonnes, le premier port de France reste très en retrait par rapport à ses concurrents européens, notamment en matière de conteneurs. Il en va de même pour le Havre, mieux doté avec Port 2000, mais aux capacités encore faibles par rapport à Rotterdam ou Anvers. Les ports tricolores doivent, également, faire face à la montée en puissance de leurs homologues méditerranéens, comme Valence, Barcelone ou Gênes. Dans le même temps, un autre défi se présente, celui du transport multimodal, qui doit notamment permettre d'éviter l'engorgement des routes et représente un intérêt important en matière d'environnement. L'Institut Français de la Mer et le Cluster Maritime Français ont souhaité savoir quelle politique Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou comptent mettre en oeuvre s'ils sont élus à la présidence de la République.
____________________________________________________

 Question : Face au retard de la filière portuaire française en Europe, comptez-vous développer une capacité portuaire française d'éclatement (hub) pour concurrencer les capacités de la Belgique, des Pays-Bas, de l'Italie et de l'Espagne?

Ségolène Royal : Cette question ne se pose pas uniquement en termes de concurrence avec les ports belges néerlandais, italiens ou espagnols. Le trafic en Manche a atteint une telle intensité que se posera inévitablement à court ou moyen terme la question de la saturation de la Manche. Dès lors, il est impératif de rechercher une ou plusieurs solutions alternatives d'éclatement sur la côte atlantique. Ce chantier doit être ouvert.
Par ailleurs, si je regrette comme vous le « retard de la filière portuaire française », je regrette aussi que seuls des ministres socialistes, dans des gouvernements de gauche plurielle, aient eu le courage au cours de ces dernières années de poser le problème de la compétitivité des ports français et d'engager des réformes structurelles qui n'ont pas toutes pu aller à leur terme. Je pense notamment à la réforme de la gestion du domaine public maritime.

François Bayrou : Les ports européens voient passer chaque année l'équivalent de 3,5 milliards de tonnes de fret et près de 350 millions de passagers. Ils emploient 350 000 personnes dans toute l'Union européenne. Il s'agit d'un secteur d'activité essentiel à la bonne santé de nos économies. Leur dynamisme est indispensable au bon fonctionnement du marché intérieur dans lequel vivent et prospèrent tous les Etats membres de l'Union européenne depuis plus de 20 ans.... En revanche, il est vrai que les ports français doivent continuer à se moderniser et à s'adapter. Et je ne parle pas seulement des ports principaux pour lesquels d'importants efforts sont accomplis (Port 2000 au Havre ou Fos2XL à Marseille). Les ports dont la gestion vient d'être confiée aux collectivités doivent viser une plus grande spécialisation en fonction de leurs hinterlands respectifs. Aux côtés des grands ports généralistes doivent exister des ports spécialisés bien reliés à leur territoire. Les ports français doivent pouvoir bénéficier d'un environnement favorable à leur développement durable. Ainsi, ils doivent bénéficier d'une amélioration de leur desserte ferroviaire et fluviale. Des efforts plus importants doivent être réalisés pour renforcer l'interopérabilité entre les réseaux européens de transport au départ et à l'arrivée des ports.

Nicolas Sarkozy : Nous ne pouvons qu'être déçus par les performances de la filière portuaire française pendant ces cinquante dernières années.
Sans analyser les causes d'une progression très inférieure à celle des grands ports européens, notons qu'elle n'a pas su ou pu prendre le virage de l'ouverture des frontières et profiter de l'essor des échanges maritimes. Alors même que les ports français sont souvent situés sur quelques-unes des plus grandes voies de navigation mondiale, leur manque de compétitivité en termes de coûts, de délais et de fiabilité a donné aux ports nord européens dans un premier temps et, plus récemment, aux ports espagnols et italiens, la possibilité de répondre dans de meilleures conditions aux besoins du commerce international. Symptôme bien connu de ce « mal portuaire » français, les principaux ports d'approvisionnement de la région parisienne ne sont pas français, mais néerlandais et belges, alors même que Le Havre est tout proche ! Remarquons toutefois que, sur certains créneaux, les hydrocarbures à Fos, la croisière en Méditerranée par exemple, nos terminaux et escales sont en mesure de tirer leur épingle du jeu. Il n'en est pas moins vrai qu'un effort de renouveau s'impose.
Sur la question d'un hub à conteneurs, la chance géographique de Marseille a été gaspillée en 1997, lorsque le gouvernement Jospin a condamné au nom d'un écologisme dénaturé le canal Rhin-Rhône et le doublement de l'autoroute A6. Marseille, qui a vocation à être le port européen de l'Extrême-Orient, n'a pu faire jouer de ce fait ses atouts naturels, en l'absence de pénétrantes terrestres vers le coeur économique de l'Union européenne.
Dès lors, peut-on imaginer un hub à conteneurs français sur la façade atlantique ou la Manche, sur le modèle d'Algésiras ? Cette question n'a jamais été posée à ce jour dans ce pays. Il faudrait en conséquence lancer une étude de faisabilité, par exemple sur les sites de Brest et de Cherbourg, afin de déterminer si un port d'éclatement pour les gros porte-conteneurs de plus de 8 000 boîtes s'avère réalisable ou non en France. Si c'est réalisable, je ne vois pas pour quelle raison la France ne lancerait pas un tel projet afin de capter à son profit une partie du trafic et redynamiser son tissu portuaire.


 Question : Le développement attendu du transport multimodal, intégrant un parcours maritime, se heurte à de nombreux obstacles de fond, tenant en particulier à des risques entrepreneuriaux disproportionnés alors que le navire est le moyen de transport le plus écologique et économique à la tonne kilomètre parcourue. Quelles initiatives nationale et européenne allez-vous prendre pour faciliter l'intégration des différents modes et ouvrir la voie à un schéma de transports respectueux de l'environnement et relevant concrètement de l'aménagement du territoire ?



Ségolène Royal : Je vais être très claire. Le transport maritime est sans aucun doute le moyen de transport le plus écologique et le plus économique. Nous nous devons de l'encourager et de favoriser les échanges intermodaux à l'échelle européenne.
Alors, si la question est : faut-il un préfinancement public des autoroutes de la mer ? Ma réponse est oui. Toute nouvelle ligne maritime régulière, comme toute infrastructure terrestre, a besoin d'une aide au démarrage. Après, le marché doit trouver son équilibre.
Ceci suppose donc un certain nombre d'analyses en amont, notamment sur les potentialités du marché comme sur les implications des donneurs d'ordres. L'argent public doit servir de déclencheur et de catalyseur, et effectivement d'outil d'aménagement du territoire, mais il n'a pas vocation à remplir des puits sans fond...

François Bayrou : Vous avez raison de signaler que le transport maritime est écologique. Il participe cependant, lui aussi aux rejets des gaz à effet de serre et les cargaisons de produits dangereux qu'il véhicule peuvent se déverser dans la mer à l'occasion de naufrage. Néanmoins en comparaison du transport routier, le transport maritime est plus respectueux de l'environnement. C'est pourquoi des initiatives visant à développer des "autoroutes de la mer" doivent être encouragées. Elles sont capables de relier efficacement les ports européens entre eux et de réduire les conséquences négatives du transport routier et ferroviaire du point de vue environnemental. Encore faut-il créer les conditions favorables pour qu'elles puissent naître. C'est-à-dire permettre un déchargement rapide des navires dans les ports et un chargement efficace des marchandises.
Or force est de constater que ce dossier n'avance pas. La décision de développer les autoroutes de la mer a été prise voici maintenant trois ans à l'occasion du comité interministériel de la mer de janvier 2004. Et à ce jour seul un projet commence à voir le jour en Méditerranée entre Toulon et Civitavecchia.
Il est urgent de se donner les moyens de mettre en oeuvre ce projet qui constitue une véritable alternative à la saturation des réseaux routiers et qui contribue à la réduction de la pollution du transport terrestre.

Nicolas Sarkozy : C'est une question essentielle que celle des autoroutes de la mer. L'objectif est de faire en sorte que des navettes maritimes complètent le réseau routier pour contourner la France.
La France est, de ce point de vue, dans une situation intenable. Point de passage obligé pour certains des principaux flux de marchandises par route en Europe, elle subit de ce fait les nuisances dont sont victimes tous les pays de transit : accidents, pollutions, usure du réseau, sans rémunération par les opérateurs étrangers du service rendu. Dans le même temps, nous peinons à mettre en place l'offre de ferroutage nécessaire au désengorgement. Chaque heure, ce sont 1 000 camions qui entrent en France simplement pour traverser notre pays.
Afin de soulager le réseau routier français, les autoroutes de la mer pourraient constituer une alternative crédible à certains transits, notamment le transport entre l'Italie et la péninsule ibérique, ou entre cette dernière et les îles britanniques. Il faut donc que nos partenaires organisent les liaisons maritimes adéquates. Or nos voisins n'ont que peu intérêt au développement de cette solution, coûteuse en investissements maritimes. Ils ont au contraire tout intérêt à s'appuyer sur l'excellent, peu coûteux et opportun réseau routier français pour assurer, dans des conditions plus avantageuses que celles de la voie maritime, leurs échanges intra-européens.
En conséquence, seule une politique européenne déterminée permettra d'arbitrer entre les intérêts des Etats membres. Il est nécessaire que la France pose les termes de ce combat en faveur de l'environnement de telle manière qu'une vraie réponse soit apportée à un vrai problème. Je m'engage à le faire. Dans l'attente d'une réponse européenne, je me réserve la liberté de mettre en oeuvre des dispositions qui dissuadent les poids lourds de faire du trafic de transit sans payer leur quote-part des nuisances qu'ils causent. C'est possible comme le montre la politique suisse des transports.
______________________________________________

- Accéder au site de l'Institut Français de la Mer

- Accéder au site du Cluster Maritime Français

Demain, nous poursuivrons avec la problématique du renouvèlement des flottilles de pêche, de la sécurité des marins et du développement de l'aquaculture.

Présidentielle : Les candidats et le monde maritime