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Présidentielle : Le second porte-avions et les sous-marins nucléaires dans la campagne

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Présidentielle : Le second porte-avions et les sous-marins nucléaires dans la campagne

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Le 16 janvier, Michèle Alliot-Marie avait indiqué qu'elle avait fait du respect des grands programmes militaires et de l'effort budgétaire en matière de défense « une condition absolue de (son) engagement auprès de Nicolas Sarkozy ». Parmi ces programmes majeurs, le ministre de la Défense avait cité le second porte-avions, outil jugé « indispensable » et répondant à « un besoin opérationnel évident » selon l'Hôtel de Brienne. Or, dix jours plus tard, le candidat de l'UMP, dans une interview accordée au magazine « Défense », a fait preuve de beaucoup plus de retenue. « Dans l'absolu, un deuxième porte-avions peut paraître nécessaire », déclare-t-il, en écho au ministère de la Défense, qui affirmait il y a quelques jours encore que la construction du PA2 répondait à une « nécessité impérieuse ». Le Charles de Gaulle étant indisponible 40% du temps, la construction d'un second porte-avions est en effet la seule manière pour la France de pouvoir disposer, en permanence, d'un groupe aéronaval. Alors que le contexte géostratégique est de plus en plus sensible au Moyen-Orient, où transite la majeure partie des approvisionnements du pays, le porte-avions reste le seul moyen capable de mener rapidement des opérations lourdes à des milliers de kilomètres de la métropole. Le leader de la droite parlementaire juge « qu'il serait imprudent de relâcher l'effort de défense » consenti ces dernières années, mais affirme qu'il « n'a pas tous les éléments » en main pour se prononcer pour ou contre le maintien du PA 2.

La coopération « ne peut pas être le critère de décision le plus déterminant »

En 2005, Paris a choisi, pour réaliser un second porte-avions, de s'allier avec la Grande-Bretagne, afin de réaliser un bâtiment dérivé des CVF conçus pour la Royal Navy. Dans les colonnes du magazine Défense, Nicolas Sarkozy se pose ouvertement des questions sur cette coopération, portée par Jacques Chirac et Michèle Alliot-Marie : « La coopération franco-britannique nous permettra-t-elle de disposer du modèle de porte-avions dont nous aurions besoin ? Dans l'affirmative, cette coopération industrielle sera-t-elle un facteur de réduction des coûts d'acquisition pour notre pays ? ». Et d'ajouter que la coopération, souhaitée par l'Elysée pour sanctuariser le programme sous la bannière de l'Europe de la défense, « ne peut pas être le critère de décision le plus déterminant ». Selon lui : « La décision de se lancer dans la construction doit s'apprécier relativement aux marges de manoeuvre dont nous pouvons disposer et à la lumière des arbitrages capacitaires ». Nicolas Sarkozy évite donc soigneusement de prendre une position ferme sur un sujet toujours délicat à aborder en période électorale, face à une population qui ne comprend pas toujours l'utilité de tels équipements. « Face à ces sujets, la population est dans une prudente expectative. Le porte-avions n'est pas un enjeu présidentiel mais sera, de toute façon, un choix politique », indique-t-on à l'Hôtel de Brienne, où l'on souligne que Michèle Alliot-Marie « continuera à se battre pour ce programme et expliquer pourquoi il faut le voir aboutir. Au-delà des besoins militaires et opérationnels, il y aura un choix industriel mais aussi social, vis-à-vis des bassins d'emplois concernés ». Ainsi, la réalisation de la coque chez Aker Yards, à Saint-Nazaire, assurerait plus de deux ans de charge aux anciens Chantiers de l'Atlantique et à leurs milliers de salariés. Quant à DCN, l'enjeu est avant tout technologique : « Nous sommes encore capables de réaliser des bâtiments aussi complexes, car nous avons construit le Charles de Gaulle relativement récemment. Mais, si nous ne faisons pas celui-là, les compétences seront perdues et nous ne serons plus en mesure, à l'avenir, de pouvoir réaliser un porte-avions sans l'aide des Américains », nous indiquait il y a quelques mois un ingénieur.

Ségolène Royal, le porte-avions et les sous-marins nucléaires

Sur la question du second porte-avions, la candidate du PS s'était déjà exprimée, en novembre, au cours du troisième débat télévisé entre les prétendants à l'investiture socialiste : « La question du second porte-avions se pose parce que celui que nous avons est immobilisé pendant 18 mois, tous les 7 ans. Or, nous avons besoin d'une présence à la mer permanente ». Ségolène Royal avait, toutefois, avancé l'idée de « négocier avec les Britanniques, qui ont également un porte-avions, pour voir si, en coopération avec eux dans le cadre d'une Europe de la Défense, nous pouvons assurer une permanence en mer », solution techniquement et politiquement plus que délicate à mettre en oeuvre. En matière de dissuasion, la candidate socialiste s'est laissée piéger, jeudi dernier, lors d'une émission sur RMC Info. Interrogée sur le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) en service dans la marine, la candidate socialiste a avancé le chiffre de un, puis deux bâtiments, avant de confirmer le nombre erroné de sept évoqué par le journaliste. La bonne réponse était en réalité quatre, depuis le retrait de deux unités suite à la fin de la guerre froide, époque où la marine alignait six SNLE à l'Ile Longue. Hier, Pierre Lellouche, délégué à la défense de l'UMP, a dénoncé des « approximations franchement inquiétantes (...) Ne pas savoir de quoi est composée notre force de frappe alors même qu'on a été membre d'un gouvernement pendant des années, cela est quand même problématique ». Face à cette attaque, un habitué de la rue de Solferino « rappelle qu'en matière de maîtrise des dossiers, l'UMP et ses actuels ministres n'ont pas vraiment de leçons à donner ». Si cette méconnaissance est jugée « regrettable, elle n'égale tout de même pas la déclaration d'un ministre du Budget ne connaissant pas les salaires des enseignants et des conducteurs de TGV, ou mieux encore, les propositions d'un ministre de l'Economie préconisant la création d'une deuxième période de soldes déjà existante ». Outre sa mauvaise réponse sur la Force Océanique Stratégique, Ségolène Royal s'est, de nouveau, prononcée en faveur « du maintien de l'effort de défense au sein d'un budget qui doit globalement rester constant », tout en souhaitant développer l'Europe de la défense et renforcer les retombées des recherches militaires dans l'industrie civile : « Il faut bien être conscient que les dépenses militaires contribuent de façon considérable à la recherche civile (...) Il faut que les Français comprennent bien les enjeux de la Défense (et) il faut que l'armée française ait les moyens d'accomplir ses missions ».
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- Lire notre dossier sur l'état d'avancement du programme de porte-avions franco-britanniques

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