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Présidentielle : Les positions des candidats sur la pêche et l'aquaculture

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Présidentielle : Les positions des candidats sur la pêche et l'aquaculture

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La pêche française traverse toujours une crise aigue, engendrée par la question de la ressource et de la flambée du prix du gasoil. Klein Familie, Laëty-Gwen, Gwel-Vo, Liberté, Déesse des Flots, Paix du Ciel, Rose des Vents... Ces quinze derniers mois, sept naufrages sont venus rappeler les risques encourus par la communauté, qui a perdu 17 marins. L'Institut Français de la Mer et le Cluster Maritime Français ont interrogé François Bayrou, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sur l'amélioration de la sécurité au travail pour les pêcheurs, une sécurité qui passe par des mesures spécifiques mais aussi par le renouvellement des flottilles. Dans le même temps, les trois candidats en tête dans les sondages ont été interrogés sur leurs positions en matière de développement de l'aquaculture.
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 Question : Pour la sécurité du travail des marins pêcheurs, il faut des navires neufs. En même temps il faut préserver les ressources halieutiques. Êtes-vous d'accord pour que la Commission européenne, à effort de pêche constant, encourage fortement le renouvellement des flottilles ?

François Bayrou : Le métier de marin pêcheur est aujourd'hui l'un des plus dangereux en France et je ne sais quels dangers ils rencontrent à chaque sortie. Pour moi, la priorité doit être donnée à l'amélioration de la sécurité des marins-pêcheurs.
Je sais les efforts considérables qui sont entrepris par les marins eux-mêmes : formation à la sécurité à bord, développement et promotion du port du vêtement flottant individuel. Ils doivent être poursuivis avec le soutien de l'Etat. Mais au-delà des effets, ce sont les causes qu'il convient de traiter. Il y en a de multiples. Je voudrais en aborder deux qui me semblent importantes : d'une part les conséquences des réglementations applicables dans le secteur de la pêche maritime et, d'autre part, la raréfaction de la ressource halieutique.
Les réglementations du secteur de la pêche maritime empêchent de plus en plus la construction de navires neufs au motif de la réduction de l'effort de pêche. Les marins sont donc contraints d'utiliser d'anciens navires ce qui les conduit à ne pas respecter, à leur corps défendant, les règles de la sécurité maritime, notamment en termes de stabilité du navire. Par ailleurs, la raréfaction de la ressource halieutique oblige les pêcheurs à sortir toujours plus et à équiper leurs navires d'engins de pêche toujours plus performants mais, souvent, inadaptés à leurs anciens navires.
La combinaison de ces facteurs : raréfaction de la ressource, inadaptation des engins aux navires et navires anciens entretient la dangerosité de cette profession.
La formation des marins-pêcheurs à la sécurité, celle de la navigation, mais aussi celle de leur activité professionnelle, doit être renforcée.
Dans le même temps, il est urgent de permettre un renouvellement durable des flottilles de pêche en tenant compte des particularités des types de navires de pêche. Ces efforts doivent être menés avec le souci constant de préserver les stocks de poissons de façon à permettre la promotion d'une pêche durable. Les efforts financiers et humains investis pour aider les marins pêcheurs doivent être profitables à l'ensemble des citoyens. Les ressources maritimes sont le bien commun de tous les Français. Leur préservation nous concerne tous. Si nous devons tout faire pour atteindre l'objectif de la pêche durable, ce ne peut être seulement en préservant ces ressources, c'est aussi en conservant des pêcheurs pour aller les récolter.

Nicolas Sarkozy
: Nous ne pouvons qu'être scandalisés par l'insécurité de l'activité de pêche. Le métier de pêcheur est aujourd'hui, et de très loin, le métier le plus dangereux. Quelle autre profession connaît 20 à 25 décès environ par an pour 10 000 emplois à temps plein ? Un pêcheur connaît en moyenne un accident grave tous les 7 ans pendant sa vie professionnelle. C'est inacceptable !
Le vieillissement de la flotte est en partie en cause. L'âge moyen d'une flotte devrait être de 15 ans environ. La flotte française a 23 ans en moyenne. Dans un contexte où les comptes d'exploitation des entreprises de pêche sont fragiles, les dépenses d'entretien et de réparation sont souvent différées, avec, à la clé, un risque d'accident accru. Il y a aussi d'autres raisons, comme le fort encadrement de l'effort de pêche sous la forme de jours de pêche autorisés, qui conduit les équipages à travailler dans des conditions météorologiques limites, pressés par le temps.
Cette dangerosité n'est pas une fatalité. Plusieurs actions sont à mettre en oeuvre pour abaisser le niveau du risque encouru.
La principale mesure doit concerner le renouvellement des flottilles par rajeunissement et modernisation grâce à un financement adéquat. Je suis donc d'accord avec l'idée d'un encouragement communautaire au renouvellement des flottilles. La politique commune des pêches voit dans les restrictions de flottes un moyen pour diminuer l'effort de pêche. Les aides à la construction, indispensables pour renouveler un outil de travail au rendement aléatoire, ont été de ce fait supprimées à compter du 1er janvier 2005. Je pense que cette mesure est défavorable à la sécurité des marins et patrons pêcheurs.
D'autres mesures, tout aussi importantes, seront à prendre. Les initiatives décidées par les ministres chargés de la mer et de la pêche en 2005 et récemment renforcées doivent, de ce point de vue, être saluées. Je compte faire en sorte que l'application du plan de sécurité à la pêche soit accélérée, en particulier dans les domaines de la formation des pêcheurs, de leurs équipements individuels et de l'équipement AIS des navires [dispositif automatique propre à prévenir les collisions entre navires], Il s'agit d'une urgence et d'une priorité.

Ségolène Royal: Bien sûr, il faut des navires neufs ! C'est une question élémentaire de sécurité pour les marins pêcheurs qui affrontent la mer sur des navires de plus en plus anciens et dangereux. Imaginer que réduire les constructions neuves contribuerait à limiter automatiquement l'effort de pêche relève d'une pensée malthusienne dangereuse pour l'avenir de la pêche...
Je ne prendrai qu'un exemple. Aujourd'hui, comme en agriculture, l'installation des jeunes et la reprise des entreprises de pêche est une priorité absolue. Comment tolérer alors que les jeunes ne puissent plus s'installer compte tenu de l'inflation des prix des bateaux d'occasion ou soient contraints de prendre des risques sur des navires anciens et au surplus gourmands en énergie ?
Pour ma part, je suis tout à fait favorable à ce que la Commission Européenne encourage le renouvellement des flottilles. La nécessaire préservation des ressources halieutiques n'est pas réductible au problème de renouvellement des navires.
Sur le plan plus général de la dimension sociale de la politique maritime européenne, la France doit faire des propositions pour enrichir le Livre vert qui est muet sur ces questions de formation, conditions de travail, réglementation sociale...Je sais que la Région Bretagne a organisé récemment un séminaire européen sur ces aspects sociaux d'une politique maritime. Je serai très attentive à ce que les propositions qui remonteront soient fermement défendues à Bruxelles.


 Question : Quelle place donneriez-vous au développement de l'aquaculture dans la gestion des espaces littoraux?


François Bayrou : L'aquaculture est l'un des acteurs essentiels de la gestion et de l'aménagement du littoral. Dans cet espace restreint et fragile, c'est une activité économique qui est en compétition avec d'autres activités comme, par exemple, le tourisme, la baignade ou la pêche de loisir.
Je crois que le secteur conchylicole en particulier a aujourd'hui besoin de sécurité. Ce qui s'est passé à Arcachon ne doit plus se reproduire: il faut trouver les moyens d'un dialogue et d'un respect mutuel entre ceux qui contrôlent la qualité de l'eau et ceux qui vivent de la production de coquillages.
Il convient, et je l'ai déjà dit, de mener une politique active de régénération de nos eaux côtières et de veiller à ce que le développement nécessaire des activités d'aquaculture ne contribue pas à les détériorer davantage. Pour permettre la cohabitation de l'ensemble des activités qui s'exercent sur le littoral y compris l'aquaculture, je propose que les exploitations aquacoles soient protégées des pressions qu'elles subissent en raison du développement du tourisme littoral. En contrepartie elles devront faire la preuve de leur excellence environnementale et paysagère sur le littoral.
L'Europe doit préserver ses capacités de suffisance alimentaire, c'est pourquoi elle a développé jusqu'à présent deux politiques communes, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche.
Dans cette perspective, l'aquaculture doit tenir une place importante pour compenser les pertes de ressources dues au changement climatique.

Nicolas Sarkozy : L'aquaculture a toute sa place sur les littoraux français. Nous avons une tradition de conchyliculture d'excellence. Par ailleurs, la demande mondiale en produits de la mer met en danger le renouvellement des stocks de poissons et nous oblige à rechercher, autant que possible, le développement de l'élevage pour limiter la pression sur la ressource.
La filière conchylicole française est une des toutes premières au monde. Tant en termes de quantité que de qualité, elle est une réussite et peut encore se développer. Un effort doit être fait dans le domaine de la recherche sanitaire afin d'éviter des fausses alertes comme celles responsables ces dernières années des arrêts temporaires de commercialisation sur le bassin d'Arcachon.
S'agissant de l'élevage des poissons de mer, bars, daurades, turbots ou salmonidés, les obstacles à un développement à grande échelle sont nombreux.
D'abord, le littoral français ne peut souvent pas se permettre, à la différence des fjords norvégiens, d'accueillir une haute densité de fermes aquacoles de pleine eau, en raison des conflits d'usage de l'espace littoral et de la pollution résultant de la concentration de poissons. Par conséquent, le développement de l'élevage de poissons marins passe par d'autres techniques de production que l'élevage en mer. Les expériences de fermes aquariums de production sont à développer. Si elles s'avéraient économiquement viables, elles permettraient d'établir des fermes à l'intérieur des terres et de déconnecter l'aquaculture marine du foncier littoral. Je ne peux qu'encourager cette perspective, notamment pour des filières à haute valeur ajoutée comme l'esturgeon français.
Ensuite, il ne faudrait pas que l'essor de l'aquaculture se fasse au détriment de l'environnement. Or, en l'absence de solution alternative aux farines de poisson, développer l'élevage de poisson signifie renforcer la pêche minotière, dont on sait qu'elle cause des ravages dans les stocks de poissons. Sans doute faudrait-il développer le recours à des ressources actuellement sous exploitées.

Ségolène Royal: L'aquaculture joue un rôle important dans l'économie littorale et le développement de cette activité doit être appréhendé dans le cadre d'une gestion intégrée des zones côtières. L'espace littoral a naturellement plusieurs usages (économique, résidentiel, touristique...) mais doit rester un lieu de vie et d'activités économiques. L'aquaculture y participe et je compte bien la conforter.
Nous avons la chance d'avoir une filière conchylicole tout à fait exceptionnelle sur le plan mondial. Une approche régionalisée de la gestion des espaces côtiers doit permettre à cette filière de tenir son rang et d'assurer son développement. Comme pour la pêche, l'un des enjeux majeurs est d'assurer l'installation des jeunes dans des conditions favorables et de favoriser la transmission des entreprises. Et, inévitablement, il faudra maîtriser l'évolution de la pression foncière sur le littoral ! Je souhaite sur ce plan que soient généralisés les établissements publics fonciers à l'échelle régionale.
En ce qui concerne les élevages de poissons marins, leur développement est souhaitable mais ne peut s'envisager qu'à condition qu'il soit effectivement respectueux de l'environnement. Chacun sait que les concentrations excessives de poissons en aquaculture génèrent des pollutions. Mais chacun ne sait peut-être pas que pour un kilo de poisson produit en aquaculture, il en faut quatre de farine de poissons et que la pêche dite « minotière » est une pêche extensive qui ravage nos ressources marines...Il y a là un enjeu majeur de recherche : trouver les voies d'une production halieutique nécessaire mais durable !
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- Accéder au site du Cluster Maritime Français

Demain, nous achèveront ce questionnaire avec les positions des candidats en matière de développement de l'outre-mer.

Présidentielle : Les candidats et le monde maritime