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Présidentielle : Quel avenir pour l'industrie navale militaire et le second porte-avions ?

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A la veille de l'élection présidentielle, l'Institut Français de la Mer et le Cluster Maritime Français ont interrogé François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sur leurs ambitions pour le monde maritime. Aujourd'hui, nous vous proposons les réponses des trois candidats favoris des sondages sur les problématiques liées à la défense. En France, l'industrie militaire est menée par DCNS, suite au rapprochement de DCN et de Thales dans une perspective de consolidation européenne. Autour de ce groupe de haute technologie, qui emploie 13.300 salariés, gravitent une multitude de fournisseurs. Le principal client du n°1 européen de la navale militaire demeure la Marine nationale. Regroupant 54.000 personnels, la marine française a débuté une vaste mutation, destinée à adapter ses moyens vieillissants aux nouveaux enjeux stratégiques, alors que l'approvisionnement du pays est plus que jamais dépendant des liaisons maritimes. Après la signature des programmes FREMM et Barracuda, la Marine nationale et les industriels attendent le lancement du programme de second porte-avions. Les candidats de l'UDF, du Parti Socialiste et de l'UMP ont été questionnés sur ces thèmes.
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 Question : Une consolidation européenne des acteurs de la construction navale militaire, à l'instar de ce que les États-Unis ont accompli, est hautement souhaitable pour renforcer la compétitivité de ce secteur vis-à-vis de la concurrence internationale et pour satisfaire de manière plus économique les besoins européens. Êtes-vous déterminé(e) à apporter votre soutien à ce processus grâce au concours des services de l'État en matière d'harmonisation des besoins au plan européen, et d'harmonisation des réglementations s'appliquant au marché des armements et aux évolutions de l'État actionnaire ?


François Bayrou : Oui. En commençant par des programmes communs de recherche pour l'exemple dans le spatial et ses indispensables outils de renseignements. Je veux une consolidation européenne de notre industrie de défense. L'interopérabilité des matériels, l'harmonisation des réglementations est une des raisons d'être de l'Europe. J'ajoute que la Défense est un des moyens pour relancer le projet européen, aujourd'hui en panne.

Ségolène Royal : Je me suis déjà prononcée en faveur d'une défense européenne. Il est vrai qu'une véritable Europe de la défense reste à construire et que ce sera sans doute un grand chantier. D'ores et déjà une « européanisation » au maximum des programmes militaires me paraît souhaitable. Je constate le succès du programme franco-italien des FREMM mais l'intégration européenne pourrait et devrait être poussée plus loin car il est évident que les Etats d'Europe ont intérêt à se rapprocher compte tenu des coûts de développement des programmes Or, une intégration plus poussée passe par un rapprochement des acteurs industriels eux-mêmes car nous avons bien vu toute la difficulté qu'il y a à mener des programmes européens avec des acteurs différents quelle que soit la volonté politique des uns et des autres. Une convergence européenne me parait en effet de nature de renforcer l'efficacité du système de production et par là de consolider l'emploi en France et en Europe. DCN, premier intégrateur de systèmes navals au plan européen, a dans cette perspective un rôle majeur à jouer.

Nicolas Sarkozy : L'expérience américaine est à observer pour en tirer les leçons. La restructuration de leur construction navale militaire après la guerre froide n'a réduit ni le coût des navires, ni les délais de construction. Qu'elle ait eu un effet qualitatif sur la fiabilité des nouvelles unités, c'est indéniable. Mais ce résultat n'a-t-il pas été atteint au prix d'un tarissement de l'innovation que le manque de concurrence a encouragé ?
Pour autant, la consolidation européenne se fera parce que c'est dans l'ordre des choses. Le coût de développement des programmes nous y pousse. Je suis conscient que si les états-majors des marines européennes décidaient de faire construire le même type de frégate, avec la même somme que celle investie aujourd'hui dans de multiples programmes, ils recevraient chaque année deux frégates supplémentaires. Cette analyse rudimentaire démontre tout l'intérêt pour les Etats membres de soutenir le processus de concentration. En parallèle, les industriels du secteur ont tout intérêt à se regrouper afin de mieux faire face à la concurrence accrue de compétiteurs issus de zones à faible coût de main d'oeuvre. Il est évident qu'un jour ou l'autre ces réalités s'imposeront. Il s'agira alors pour les acteurs français, en particulier DCN, le premier expert européen en système naval, de disposer des meilleurs atouts dans une redistribution des cartes européennes qui viendra. Ce chemin passe logiquement par un renforcement de la coopération des acteurs français comme DCN, Thalès ou Armaris. C'est ce qui est actuellement entrepris.


 Question : Les porte-avions constituent un outil irremplaçable de puissance pour parer les menaces actuelles ou futures. Or, la France n'a qu'un porte-avions, ce qui signifie une diminution importante de la capacité d'action de la France quand il subit ses arrêts techniques. Maintiendrez-vous l'exigence du second porte-avions ?


François Bayrou : La politique de défense de la France ne peut plus continuer à s'inscrire seulement dans un contexte purement national. Mais là comme ailleurs, la France doit demeurer, au sein de l'Union européenne, l'un des leaders de la mise en place d'une capacité d'action de l'Europe face aux défis de ce siècle. Je déplore par exemple qu'aujourd'hui l'Europe n'ait pas encore la volonté de déployer en Méditerranée une flotte européenne aux côtés de la VIème flotte américaine pour y marquer sa volonté de contribuer à la solution du drame du Proche-Orient. Pour s'en donner les moyens, aux moindres frais, il faut développer les capacités d'une industrie européenne de défense. C'est l'objectif assigné à l'agence de défense européenne et je souhaite qu'elle soit rapidement en mesure d'accomplir sa nécessaire mission d'harmonisation des besoins avec la coopération sans réserve des Etats-membres. C'est ainsi que, favorable à la construction d'un deuxième porte-avions français, je souhaite qu'il fasse l'objet d'un développement en coopération avec le Royaume-Uni, comme cela est aujourd'hui envisagé.

Ségolène Royal : La France est avec la Grande-Bretagne l'un des deux seuls États membres de l'Union européenne à disposer d'une marine militaire à vocation mondiale, c'est-à-dire capable d'être présente sur toutes les mers du globe et de déployer l'arme de dissuasion nucléaire. La question du second porte-avions se pose effectivement parce que celui que nous avons est immobilisé pendant 18 mois, tous les 7 ans. Or, nous avons besoin d'une présence à la mer permanente. Nous y ferons face. La solution à ce problème est sans doute de négocier avec les Britanniques dans une perspective de défense européenne où nous devons mutualiser nos moyens techniques et financiers. Les discussions engagées avec la Grande-Bretagne -bien que prometteuses- ne permettent pas encore d'envisager aujourd'hui avec certitude la construction d'un second porte-avions pour notre pays. Ceci dit, la défense nationale ne signifie pas la multiplication sans discernement d'opérations extérieures qui peuvent être fort éloignées de nos intérêts directs. Une juste appréciation de nos moyens et une conception différente de notre diplomatie, spécialement en direction du Proche et Moyen-Orient ou en direction de l'Afrique, me conduisent à hiérarchiser nos priorités. Le calendrier préserve notre liberté de décision, puisque aujourd'hui aucun choix irréversible n'a été fait et que les études, engagées ou fournies par les Britanniques, sont au stade préliminaire. En matière de défense nationale, mon objectif est à la fois de renforcer notre sécurité et de rationaliser nos dépenses. C'est à travers ce prisme que j'aborderai le moment venu la question du second porte-avions. En tout état de cause, je ne transigerai pas sur la nécessité stratégique d'avoir une présence permanente à la mer.

Nicolas Sarkozy : Je suis fermement attaché au projet de second porte-avions. Cette décision est une décision grave qui engage la France sur la durée. « L'avenir dure longtemps » disait le Général de Gaulle. Un porte-avions est construit pour une vie active de 40 ans. La défense de la France ne s'improvise pas et je pense que ce bâtiment est indispensable.
Nous refuser d'avoir les moyens d'intervenir au loin, ce serait implicitement laisser à d'autres la gestion des affaires mondiales. Ce n'est pas ma conception du rôle de la France dans le monde. Se reposer sur un hypothétique pilier européen de défense n'est pas possible dans l'immédiat car la construction européenne récente a privilégié l'élargissement plutôt que l'approfondissement des politiques. Une telle vision aurait pour conséquence implicite de vouloir abandonner aux seuls Etats-Unis le sort du monde.
Posséder un seul porte-avions est une solution d'autant moins satisfaisante que, pendant les périodes d'inutilisation, non seulement le Charles de Gaulle ne peut bien sûr pas être employé, mais en plus le groupe aérien, qui coûte lui-même plus cher que le navire, est désaffecté.
Le Royaume-Uni manifeste l'intention de vouloir entreprendre un programme de construction de deux porte-avions. La coopération franco-britannique a été matérialisée par un accord intergouvernemental en 2006 et a pour but de dégager des économies d'étude et de réalisation. Nous devons tirer parti de cette mutualisation de moyens.
Enfin, nous devrons engager la construction de ce second porte-avions en nous assurant que le coût de cette unité sera maîtrisé et que son financement ne sera pas victime des dérives budgétaires coûteuses de la construction du Charles de Gaulle. Il nous faut tirer les conséquences de cette expérience. Les gros équipements de nos forces armées ne peuvent servir de variable d'ajustements budgétaires comme en avait usé le gouvernement Jospin.
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Demain, nous diffuserons les réponses de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou sur la problématique de la construction navale civile, ainsi que de la recherche et du développement


Présidentielle : Les candidats et le monde maritime Cluster Maritime Français (CMF)