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Présidentielle : Quelles ambitions pour la construction navale et l'innovation ?

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Présidentielle : Quelles ambitions pour la construction navale et l'innovation ?

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Nous poursuivons aujourd'hui la diffusion des réponses de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou au questionnaire de l'Institut Français de la Mer et du Cluster Maritime Français. Les trois candidats en tête dans les sondages ont été interrogés sur les questions liées à la construction navale et à la problématique de l'innovation.
Pour mémoire, la construction et la réparation navale emploient en France près de 90.000 personnes, fournisseurs compris. En dehors du secteur militaire et du nautisme, la navale civile, malgré de nombreuses fermetures, représente encore plus de 70 chantiers répartis sur tout le littoral. Vedettes de lamanage, chalutiers, remorqueurs, navires de servitudes, méthaniers et paquebots... De l'entreprise familiale à Aker Yards Saint-Nazaire, l'ensemble de la filière est confronté à une très vive concurrence et aux soubresauts des différents secteurs, comme la pêche actuellement ou la croisière après les attentats du 11 septembre 2001. Hormis ces aléas conjoncturels, l'industrie navale européenne s'est lancée dans une course à l'innovation, afin de garder une longueur d'avance sur ses challengers, notamment asiatiques. Ces efforts en matière de recherche et de développement touchent d'ailleurs la plupart des secteurs de l'économie maritime.
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 Question : Au XXIe siècle, la construction navale française n'est plus aidée par l'État. C'est aujourd'hui le secteur industriel français qui connaît la plus forte croissance. Il s'agit d'une activité de haute technologie, innovante, fortement exportatrice et surtout potentiellement « porteuse » et créatrice d'emplois. La profession attend de l'État un acte fort de reconnaissance publique. Êtes-vous prêt(e) à le faire ?


Nicolas Sarkozy
: La construction navale française est, à mes yeux, un fleuron national, à la fois industriel et maritime. Pour moi, il n'y a pas de communauté maritime sans la construction et la réparation navales. Cette industrie crée des emplois et exporte. Elle est majeure pour notre économie. Voilà pour le signe de reconnaissance.
Vous notez, non sans raison, l'absence de subventions dans ce secteur. Nous ne pouvons que nous en féliciter. C'est un signe de bonne santé.
Je note toutefois que le secteur naval est un secteur dont le développement nécessite des investissements lourds en moyens, en études et en R&D. Se pose aussi le problème de la dépendance envers le foncier littoral, de plus en plus rare.
Si nous voulons que la construction navale française puisse reconquérir les parts de marché qu'elle a perdues au profit de l'Extrême-Orient, une ambition européenne est nécessaire. À l'instar de ce qui se fait pour la construction aéronautique ou spatiale, des concours publics sont nécessaires pour soutenir la R&D, ou des programmes clairement identifiés - sous la forme, par exemple, d'avances remboursables. Ces concours peuvent également être fonciers, pour dégager sur le littoral les zones industrielles indispensables. Ils peuvent aussi prendre la forme de commandes publiques de navires d'Etat.
Il se trouve que le livre vert relatif à la politique maritime de l'Union européenne publié le 7 juin 2006 par la Commission européenne, et soumis pour un an à la consultation des Etats membres, semble ignorer la question de la construction navale. Je compte apporter une pierre à cet édifice et demander à la Commission d'engager une réflexion approfondie pour une politique de reconquête.
Cette ambition maritime doit être à l'image des grandes aventures industrielles françaises de l'après-guerre, engagées par les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou, avec les succès que l'on connaît en aéronautique, dans les industries spatiale et pétrolière et dans la filière du nucléaire civil. Je ne vois pas pourquoi les mêmes dynamiques ne pourraient pas être enclenchées dans le domaine de la construction navale.

Ségolène Royal : Absolument ! Je suis bien consciente de l'effort de transformation qu'a fait notre industrie pour se passer des aides d'Etat. Je ne trouve pas normal que l'actuel ministre de l'Industrie ne se soit jamais déplacé dans un chantier naval quand on sait ce que cette industrie, très exportatrice, apporte à notre balance des paiements. Je ne trouve pas normal qu'aucune incitation à l'innovation dans l'industrie navale ne soit prévue alors que dans le cadre de la politique européenne LeaderSHIP 2015, tous nos voisins européens ont prévu des budgets, limités certes car il faut rester dans les règles européennes mais pas nuls comme en France ! Pour moi, il n'existe pas de politique maritime digne de ce nom qui n'intègre pas cette composante forte que sont la construction et la réparation navales. Je serai très vigilante sur ce point.

François Bayrou : Il est vrai que la construction et la réparation navale françaises démontrent leur dynamisme dans un contexte international de concentration très forte. Les chantiers navals français sont particulièrement renommés notamment dans le domaine de la construction des navires de croisière de grande capacité ou dans celui de la construction de navires de plaisance. Par ailleurs, DCN, société privée depuis 2003, est la première entreprise du secteur naval militaire en Europe et le secteur naval militaire français est très compétitif à l'exportation. La France se situe aujourd'hui au 6ème rang mondial dans le secteur de la construction et de la réparation navale.
Cette position est tout à fait remarquable. Je fais confiance au dynamisme de ces secteurs et à leur compétitivité reconnue pour conforter les positions qu'ils ont su acquérir ou défendre.


 Question : Pour rester compétitives, les entreprises françaises doivent être en permanence à la pointe de l'innovation. Or par rapport aux autres pays européens, l'aide à la R&D et innovation dans le domaine maritime n'est pas structurée. Veillerez-vous, conformément aux recommandations du groupe Poséidon, à ce que la R+D+I dans le domaine maritime reçoive l'aide à l'innovation qu'elle mérite ?


Nicolas Sarkozy : Alors que la concurrence est mondiale, l'innovation est un atout essentiel pour faire la différence en termes de compétitivité.
La France n'a pas à rougir, loin de là, de sa capacité d'innovation. Elle a su, en d'autres temps, inventer la filière du transport cryogénique du gaz naturel, indispensable moyen pour livrer les marchés de consommation très éloigné des champs de production, travailler à l'émergence du câble sous-marin à fibres optiques qui a permis une révolution des communications mondiales ou s'investir avec le succès que l'on connaît dans les techniques de l'offshore pétrolier.
Nous ne pouvons pas aujourd'hui nous permettre de nous laisser distancer par nos concurrents. L'Etat sera là pour soutenir les initiatives des entreprises. C'est à elles de proposer des projets dans les domaines les plus prometteurs. L'exemple des industries nautiques de la plaisance est là pour démontrer que la capacité d'innovation française est toujours d'actualité.
Prenons le cas de la chaîne du transport maritime. Le transport maritime de demain opérera dans des conditions de sécurité et de productivité sans commune mesure avec celles des années passées. L'industrie française ne peut manquer d'ambition en ce domaine. L'Etat attend dès lors des industries de la construction navale et des techniques portuaires qu'elles fassent preuve d'initiative sur les axes les plus prometteurs. Elles doivent repérer les percées technologiques majeures et s'y investir pleinement. J'accompagnerai alors avec détermination ces projets.
Je veux préciser, plus largement, que je compte renforcer l'effort de recherche en France, pour le porter à 3 % du PIB en 2012. Les technologies de la mer auront leur place dans ce nouvel élan en faveur de l'innovation.

Ségolène Royal : J'ai déjà dit qu'il me paraissait anormal, et je dirais même méprisant, que rien ne soit prévu concernant les incitations à l'innovation dans la construction navale. Je crois que la vocation d'un gouvernement n'est pas seulement de jouer les pompiers, c'est aussi de préparer l'avenir. Une vraie politique industrielle veut qu'on sorte de la gestion à la petite semaine et qu'on ait une vision. Quand on analyse le succès du Japon, je suis frappée par l'importance de la prise en compte du long terme. Or, à long terme, la compétitivité de nos entreprises dépend exclusivement de leur avance technologique. Un pays comme le nôtre, en effet, ne peut fonder cette compétitivité, sans laquelle je le rappelle rien d'autre ne peut exister, que sur une avance technologique. Il nous faut être capable de vendre du « travail cher ». Je constate que le gouvernement, qui avait pourtant commandé le rapport Poséidon, le laisse dans un tiroir. Il était notamment prévu le développement des technologies innovantes pour les navires du futur. Il me semble souhaitable d'organiser la recherche française en réseau autour de ce thème.

François Bayrou : Je crois fermement que la recherche est l'une des questions les plus importantes pour l'avenir de notre pays. Le dialogue avec les chercheurs est une nécessité politique, et la réforme de la recherche une nécessité nationale. Dans ce contexte, la recherche marine est, évidemment, un axe que nous devons soutenir. Son budget est trop limité si on le compare à celui de la recherche spatiale par exemple ou bien aux 19 milliards d'euros de valeur ajoutée du secteur maritime dans son ensemble. Je propose, vous le savez, un pacte national et trans-partisan, en faveur d'une augmentation régulière et sur le long terme du budget de la recherche, à hauteur de 5 % par an sur dix ans. Ceci bénéficiera bien sûr à la recherche marine française dont la renommée internationale et l'importance vitale pour nos relations avec la mer doivent être maintenues. Ce n'est également qu'à l'échelle du continent, à l'échelle d'une Union européenne renforcée en particulier dans ses capacités budgétaires que pourra être mise en oeuvre une politique de recherche à la hauteur des attentes de nos 500 millions de concitoyens européens. Mon ambition est que cette politique prenne naturellement en compte les besoins de développer les technologies nécessaires à une meilleure connaissance du domaine maritime et à une meilleure maîtrise de son évolution.
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Demain, nous poursuivrons avec les questions du pavillon, du système de protection sociale des marins et de l'enseignement.

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