Marine Marchande
Prévention des marées noires : Création de la Maritime Passive Safety Association

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Prévention des marées noires : Création de la Maritime Passive Safety Association

Marine Marchande

Des spécialistes des technologies embarquées et du sauvetage en mer ont décidé d'oeuvrer en commun pour préparer les navires à limiter les conséquences environnementales des accidents de mer. Ainsi, les sociétés JLMD Ecologic Group (France), PresVac (Danemark) et Svitzer (Pays-Bas) se regroupent au sein de l'Association de la Sécurité Passive Embarquée (Maritime Passive Safety Association - MPS). Basée à Paris et présidée par Gilles Longuève, directeur général de JLMD Ecologic Group, la MPS va en priorité s'adresser aux autorités nationales et européennes, ainsi qu'aux membres de l'Organisation Maritime Internationale (OMI), pour encourager le renforcement rapide de la sécurité environnementale dans le transport maritime international. Plusieurs réunions sont d'ores et déjà prévues dans les semaines à venir avec les parlements français et européen.
La MPS est née d'un constat : 20 000 navires de grande taille circulent en permanence sur les océans sans qu'aucun système ne soit prévu à bord pour limiter les conséquences écologiques des potentiels accidents de mer, et notamment des marées noires. Cette absence de préparation à la crise sur les navires complique fortement le travail des sauveteurs en mer, et porte préjudice à la protection de l'environnement marin, alors même que des équipements fiables, efficaces et certifiés par les sociétés de classification sont déjà sur le marché. Par conséquent, l'association MPS orientera ses activités autour de trois objectifs principaux. Le premier consiste à générer une prise de conscience de tous les acteurs du maritime quant à l'importance d'installer, directement sur les navires, des équipements qui limiteront les conséquences environnementales des accidents de mer. La seconde vise à imposer le sujet de la préparation des navires à l'accident de mer, dans les discussions menées aux niveaux nationaux, européens et à l'OMI autour de l'avenir du transport maritime. Enfin, l'association souhaite développer la notoriété des systèmes de sécurité passive embarqués et contribuer à fédérer tous ses acteurs internationaux, tout en encourageant l'innovation technologique sur ce nouveau segment de marché.

Un contexte porteur

« A la suite du désastre écologique de Deepwater Horizon, les régulateurs sont plus que jamais sensibles aux innovations technologiques qui permettent de faire face à la précarité écologique grandissante des océans et des littoraux. A ce titre la notion de Risk based Approach s'impose comme le nouveau prisme de considération des autorités, mais aussi des acteurs du secteur de maritime. Le principe est de recenser tous les risques qui menacent un navire dans le cadre de ses opérations et ce tout au long de sa vie ; cette nouvelle perception permet enfin de considérer l'accident comme appartenant au scope d'utilisation du navire. Chacun des risques ainsi identifiés devra faire l'objet d'étude et de réponse technique », explique l'association MPS. Celle-ci devrait, par ailleurs, bénéficier de l'engouement actuel de nombreux armateurs et d'affréteurs pour démontrer leur engagement environnemental. Cette volonté se traduit déjà par des initiatives destinées à limiter les risques de pollution liés à leur activité. C'est donc dans un contexte porteur que la MPS s'apprête à faire valoir son discours et ses propositions technologiques. Des réunions sont notamment prévues en octobre et novembre à l'Union Européenne avec des représentants de la Commission des Transports et au Sénat avec l'Office Interparlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques. « La filière de la sécurité passive embarquée est jeune, mais le retour qui nous est fait de la part des pouvoirs publics, des ONG, des armateurs et même du secteur de la bancassurance est extrêmement positif. Nous observons actuellement les prémices d'un changement certain dans le transport maritime international. Les armateurs et les affréteurs sont de plus en plus conscients de la nécessité de prévenir les pollutions liées à leurs activités. Les gouvernements, les sociétés de classification et les ONGs multiplient les initiatives d'éco-labels pour le maritime, et l'intérêt pour nos activités va croissant. Notre association contribuera de façon forte à cette dynamique et accélérera le mouvement actuel qui tend à rendre le transport maritime plus propre et plus durable », estime Gilles Longuève.

Les technologies proposées par les membres de la MPS

En matière de sécurité maritime, les efforts se sont portés ces dernières années sur les équipements destinés à éviter l'accident, baptisés « équipements de sécurité active ». Il s'agit, par exemple, des radars, des systèmes d'informatique embarquée, ou encore des pilotes automatiques intelligents. Même s'ils restent incontournables, ces équipements de sécurité active n'ont pas empêché des désastres environnementaux, allant de l'Exxon Valdez au Prestige, en passant par l'Erika. « Principal enseignement de ces catastrophes : le risque zéro n'existe pas, et pourtant, les acteurs du maritime n'ont toujours pas, aujourd'hui, de culture du risque, ni de méthodes de préparation à la gestion environnementale des accidents de mer. En cas d'avarie en mer, le navire se retrouve démuni, passif et totalement dépendant des moyens de sauvetage de la côte », affirme l'association MPS. Devant les enjeux considérables de protection des écosystèmes marins et des littoraux, la filière de la sécurité passive embarquée propose de préparer les équipages à réagir plus rapidement et plus efficacement en cas d'accident de mer, et de doter les navires d'équipements qui, installés à bord en permanence, peuvent éviter la catastrophe environnementale. « Le pari engagé par la filière de la sécurité passive embarquée séduit un nombre croissant d'acteurs du monde de la mer, unis par le même constat : face à la course au gigantisme des navires, à l'accroissement de 40 % du transport maritime de matières dangereuses ces 10 dernières années et au projet des futures autoroutes de la mer, il est nécessaire d'acquérir un meilleur savoir-faire en matière de gestion des risques environnementaux en mer ».
Dans cette perspective, la société française JLMD a conçu les Fast Oil Recovery Systems. Ce dispositif consiste à pré-équiper les navires d'un accès permanent aux cuves et soutes à combustibles. Un système simple, dont la pertinence est soulignée par le CEDRE, dont une étude souligne que les FOR Systems auraient accéléré de 50% les opérations de sauvetage sur les 5 grandes dernières marées noires. Certifiés depuis le mois de janvier par le Bureau Véritas, les FOR Systems équipent d'ores et déjà 35 navires.
Le Danois Presvac a, pour sa part, développé des valves anti-fuites pour les soupapes de sécurité. Ces composants sont, en effet, les premiers à laisser du pétrole s'échapper lorsque le navire est immergé.
Le troisième membre de l'association MPS, PreparAct, propose des suivis techniques de navires. L'entreprise néerlandaise, spécialiste du sauvetage en mer, effectue le contrôle des faiblesses structurelles engendrées par les opérations normales du navire. Elle assure aussi la formation du personnel de bord, avec instruction de l'équipage sur les procédures de gestion de crise lorsque le navire est en position difficile hors de tout contexte normal. PreparAct forme aussi les équipes à terre en charge de la gestion des opérations du navire pour l'armateur (formation d'un responsable de crise chez l'armateur afin de pouvoir rapidement réagir et gagner du temps dans les cycles de prise de décision).

Pollution en mer et accidents