Marine Marchande
Procès de l'Erika : 15 prévenus et bien des questions en suspens

Actualité

Procès de l'Erika : 15 prévenus et bien des questions en suspens

Marine Marchande

Cela fait sept ans que les victimes de la marée noire de l'Erika attendaient ce moment. Sept longues années après le naufrage du pétrolier maltais au large de la Bretagne, le procès de l'Erika s'ouvre, aujourd'hui, à Paris. Devant le tribunal correctionnel, 15 personnes morales ou physiques sont poursuivies pour « pollution maritime » et « complicité de mise en danger de la vie d'autrui ». Total, affréteur du navire, sera là, de même que deux de ses filiales. Comparaîtront également la société de classification italienne Rina, qui a délivré les certificats de navigation, le propriétaire de l'Erika, Giuseppe Savarese, ou encore le capitaine du tanker. Face à eux, plus de 70 parties civiles réclament réparation. Compte tenu de l'ampleur du procès, pas moins de quatre mois de débats sont prévus jusqu'au 13 juin. Les collectivités locales souhaitent, notamment, provoquer une jurisprudence en obtenant la reconnaissance du préjudice écologique, estimé à quelques 400 millions d'euros. La facture des dégâts atteint, quant à elle, le seuil du milliard d'euros. Après avoir quitté Dunkerque quatre jours plus tôt, l'Erika, pris dans la tempête, avait fini par se briser en deux le 12 décembre 1999, relâchant 20.000 tonnes de fioul lourd dans l'Atlantique.

Jugés suivant les lois en vigueur à l'époque

Au gré des courants et des vents, pas moins de 400 kilomètres de côtes avaient été touchées, de la pointe du Finistère au sud de la Vendée. Véritable désastre écologique, ayant très fortement marqué l'opinion publique, la marée noire a laissé 150.000 oiseaux mazoutés et dégradé pour longtemps le littoral. Quelles sont les responsabilités ? y-a-t-il eu des négligences ? Le procès devra le montrer, sur fond de bataille rangée entre experts et avocats. Total est bien entendu dans le collimateur des plaignants mais le groupe pétrolier « n'était », à l'époque, que l'affréteur du tanker maltais. Ses avocats s'emploieront à démontrer qu'il n'avait pas à contrôler le navire. Il ne faut pas non plus oublier que le dossier sera jugé suivant la législation en vigueur à l'époque. Or, depuis la catastrophe, l'arsenal règlementaire s'est largement étoffé, mais ne sera pas appliqué dans ce dossier. Après des années de pression médiatique et populaire, de grosses surprises ne sont donc pas à exclure du côté du droit. Outre les quatre mois d'audience prévus, il faudra ensuite compter, en cas de condamnation, sur les procédures d'appel. Enfin, si condamnation au pénal il y a, l'affaire sera alors jugée au civil. Ce n'est qu'à ce moment que le dédommagement financier sera étudié. L'affaire est donc très loin d'être close.
__________________________________________________

- Ecouter l'interview de Jean-Yves Le Drian, président du Conseil Régional de Bretagne

- Voir notre article sur les photos du naufrage qui ont fait basculer l'opinion publique


Pollution en mer et accidents