Histoire Navale
Propos maritimes : 1973

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Propos maritimes : 1973

Histoire Navale

Mer et Marine rediffuse les Propos maritimes publiés de 1973 à 2008 dans les colonnes du quotidien breton Le Télégramme par Pierre Deloye. Pour commencer cette série, nous vous proposons les premiers billets de l’auteur, parus d’octobre à décembre 1973.

Le Trident de Neptune

Article paru dans Le Télégramme du 16.10.1973

On aurait pu croire que les océans étaient assez remplis de sous-marins nucléaires et d'engins stratégiques : les 41 unités américaines, les 48 soviétiques, les 3 françaises et les 4 britanniques, avec leur total de 1.500 missiles peuvent donner l'impression qu'en matière de seconde frappe, les différents pays nucléaires sont suffisamment pourvus. Il n'en est rien.

Dès le mois de juin, les Américains faisaient état de renseignements sur un tout nouveau sous-marin soviétique, dont l'existence était confirmée en septembre par les autorités norvégiennes : le navire, dont on ne sait évidemment pas grand-chose serait par ses dimensions capable de lancer des missiles d'une portée plus grande encore que celle des SSN-8 qui équipent les sous-marins du type « Delta», ou les SSN-6 des types « Yankee », mais surtout supérieure à celle des Polaris et des Poseidon américains. Cette information n'a pas manqué d'être exploitée par la marine américaine au cours des récentes discussions budgétaires. Une formidable "Strike force" conduite par le chef des opérations navales lui-même, l'amiral Elmo Zumwalt et par le célèbre amiral Hyman Rickover, père des sous-marins nucléaires américains, a fait le siège de chaque sénateur tandis que le ministre, M. James R. Schlesinger, s'occupait des représentants.

Ces grands efforts ont porté leurs fruits : non seulement le programme Trident a été accepté par le Sénat et par le Congrès, mais la date initialement prévue pour l'entrée en service du premier sous-marin a été avancée de deux ans, de 1980 à 1978.

Chaque unité, véritablement impressionnante au regard des réalisations actuelles, déplacera 16.000 tonnes, portera 24 missiles d'une portée espérée de 10 000 km et sera facturée... 1,3 milliard de dollars.

Voilà qui ne manquera pas de rassurer toute la fraction de l'opinion américaine qui craint, comme l'écrit régulièrement Stewart Alsop, de se trouver acculée à un nouvel affrontement «dans le blanc des yeux», comme à l'époque de Cuba, et de s'y trouver en position de faiblesse.

En tous cas, depuis la première patrouille opérationnelle du  Georges Washington, il y a quatorze ans, le trident de Neptune ressemble de plus en plus à l'épée de Damoclès.

A propos de la solde à la mer

Article paru dans Le Télégramme du 23.10.1973

Un arrêté pris en août, conjointement par le ministre des Armées et par son collègue de l'Economie et des Finances porte à 12,5% de la solde de base le taux de la prime d'embarquement, et ceci rétroactivement depuis le 1er janvier.  Voilà une décision à laquelle on ne peut qu'applaudir et qui pourrait constituer un début d'amélioration de la condition du marin embarqué, s'il s'agissait d'autre chose que d'une mesure purement symbolique, dont le champ d'application exclut le personnel à solde mensuelle, c'est-à-dire la totalité du personnel du grade de quartier-maître de première classe ou d'un grade supérieur. Au moins peut-on y voir le signe précurseur des améliorations sérieuses inscrites au projet de budget pour 1974 et dont le Parlement va bientôt délibérer.

Mais il est permis de se demander si un relèvement du taux de la prime, même substantiel, même généralisé, est précisément la mesure qui convient. Car enfin, quelle est la raison d'être, de la solde à la mer ? Rien ne l'éclaire mieux, peut-être, que les termes employés il y a exactement un demi-siècle, dans un décret qui porte la signature de Raymond Poincaré, alors président du Conseil des ministres. Ce décret, toujours en vigueur, précise avec une clarté et une concision remarquables que « la solde à la mer est une solde spéciale allouée en raison des sujétions et fatigues inhérentes à l'embarquement »; des sujétions et des fatigues.

Or, la réflexion la plus simple montre que ni les sujétions de l'embarquement ni les fatigues qu'il entraîne ne sont proportionnelles à la solde du marin, laquelle est une fonction de son grade et de son ancienneté de service. La chose est si évidente que d'autres marines, comme celle de la République Fédérale d'Allemagne, ont adopté des systèmes tout différents : prime par jour de mer par exemple, et identique pour tout le personnel. Mais il est facile de voir que ce système n'est pas non plus très satisfaisant. Il reste à se demander s'il est possible de mettre sur pied un système qui compense plus exactement les sujétions et les fatigues de ce métier. Nous y reviendrons mardi prochain.

A propos de la solde à la mer (suite et fin)

Article paru dans Le Télégramme du 30.10.1973

Les lecteurs qui ont eu entre les mains la première partie de ce propos se souviennent qu'aux termes d'un décret de 1923, la solde à la mer est destinée à compenser les sujétions et les fatigues de la vie du marin embarqué. Reste à se demander en quoi consistent ces sujétions et ces fatigues, et quel genre de compensation serait la mieux appropriée.

Les sujétions tout d'abord, sont essentiellement, pour ne pas dire

Propos maritimes | chronique sur l'actualité maritime parue dans Le Télégramme de 1973 à 2008