Histoire Navale
Propos maritimes : l’année 1978

Focus

Propos maritimes : l’année 1978

Histoire Navale

Mer et Marine rediffuse les Propos maritimes écrits par Pierre Deloye et publiés de 1973 à 2008 dans les colonnes du quotidien breton Le Télégramme. Aujourd'hui, nous vous proposons une immersion dans l'actualité et les préoccupations maritimes de 1978. Une année marquée par le naufrage de l’Amoco Cadiz qui provoque une dramatique marée noire sur les côtes du nord de la Bretagne. Aux Etats-Unis, le gouvernement décide de mettre en vente le liner SS United States, qui avait symbolisé l’apogée de la compétition des grands paquebots transatlantiques dans la course à la traversée la plus rapide de l’océan. Pendant ce temps, l’administration Carter freine des quatre fers pour autoriser la construction du cinquième porte-avions nucléaire de l’US Navy, alors que la marine soviétique fait encore parler d’elle avec des incidents sur ses sous-marins. Le Royaume-Uni, de son côté, tourne une page avec le désarmement de son dernier porte-avions à catapultes, mais présente publiquement pour la première fois le Sea Harrier et le tremplin « sky jump », invention britannique dont sont équipés depuis les porte-aéronefs de la Royal Navy. En France, c’est l’arrivée du Super Etendard qui va augmenter sensiblement les capacités de la chasse embarquée de la Marine nationale, alors que le gouvernement relance le projet de construction du sixième SNLE du type Le Redoutable.

Dans la cinquantaine de chroniques qu’il publie de janvier à décembre 1978, Pierre Deloye revient également sur des usages et coutume de la marine, quelques règlements miliaires incongrus et des anniversaires : le 200ème du traité d’amitié entre la France et les Etats-Unis d’Amérique, le 80ème de la disparition du sous-marin Ondine, le 20ème de la création de l’Organisation Maritime Internationale ou encore le 10ème de la capture de l’USS Pueblo en Corée.

La patrouille

Article paru dans Le Télégramme du 03/01/78

 

Depuis la loi de 1976, et pour citer ses propres termes, la République exerce, dans la zone économique des 200 milles, des droits souverains en ce qui concerne l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles, biologiques ou non, du fond de la mer, de son sous-sol, et des eaux sur-jacentes. Programme ambitieux, comme on le voit.

Malheureusement, pour exercer des droits souverains, il faut d'abord savoir ce qui se passe dans ces vastes étendues, c'est-à-dire qu'il faut avoir des avions de patrouille et même beaucoup. Admirons la perspicacité des dirigeants de la firme germano-hollandaise Fokker-VFW puisqu'il y déjà deux ans et demi, ils prévoyaient l'arrivée d'un vaste marché mondial pour un avion simple, peu coûteux, sans ambition anti-sous-marine, mais capable de surveiller le trafic maritime et la pêche, avec une autonomie d'une dizaine d'heures. Ils entreprenaient d'ailleurs aussitôt de modifier leur Fokker 27 pour en faire un avion maritime, la principale différence consistant en l'agrandissement des réservoirs et l'adjonction de bidons, le radar et la centrale inertielle étant à la demande.

Cet avion cherche actuellement des clients et il a été présenté récemment au Bourget aux acheteurs potentiels français; au même moment, la firme Marcel Dassault proposait aux mêmes acheteurs son Falcon 20 G ou Guardian qui a eu le privilège, comme nous l'avons commenté ici même, d'être commandé à 41 exemplaires par le corps américain des garde-côtes. Il est vrai que cette nouvelle version du Mystère 20 a non seulement des réservoirs plus vastes, comme il se doit, mais surtout une motorisation toute nouvelle, puisqu'il s'agit de l'ATF-3 6 de Garrett Air Research, le géant américain du petit moteur; un petit moteur qui consomme peu et qui pousse tout de même 2400 kilos.

Ces deux avions (il y en a d'autres, bien entendu), ont donc l'inconvénient grave de n'être pas français, ou pas assez. On conçoit que le souci d'acheter français doive peser dans cette affaire. Mais faudra-t-il que ce soit au point de faire choisir un avion comme le Nord 262 qui est manifestement trop petit, trop lent et sans autonomie suffisante?

NDLR : en plus des Nord 262, l'aéronautique navale sera équipée en 1984 de cinq Falcon 200 Gardian pour la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, les Falcon 50 n'arrivant qu'à partir de 1999. Regroupés au sein de la flottille 28F, les derniers Nord 262 ont été retirés du service en 2009. 

 

Nord 262 (© : MARINE NATIONALE)

Nord 262 (© : MARINE NATIONALE)

La traversée

Article paru dans Le Télégramme du 10/01/78

 

La rencontre de MM. Begin et Sadate à Ismaïlia, le jour de Noël attire à nouveau l'attention sur le canal de Suez, au bord duquel se trouve d'ailleurs, précisément la maison de campagne du président égyptien. Le choix de ce lieu, souligne en tous cas l'importance que le canal a reprise dans l'économie égyptienne. On sait que les prévisions pessimistes n'avaient pas manqué en 1975, à l'époque de la réouverture : tarif du canal trop élevé, craintes des assureurs, profondeur trop faible pour les gros navires citernes, crise du pétrole, en réalité rien de tout cela n'a affecté la reprise. Le nombre de navires en transit atteint la soixantaine par jour, ce qui est à peu près le chiffre de 1967 et lorsque le vent de sable souffle en tempête, ce qui arrive une fois par mois en hiver, c'est par centaines que les navires encombrent les rades de Port-Saïd et de Suez. Quant au tonnage en transit, il n'a pas moins que doublé, ce qui est impressionnant, même si les navires sont plus gros que naguère, et surtout si l'on songe que les navires-citernes ne représentent plus que 40 % du trafic, contre 75 % il y a dix ans.

Il est vrai que le tonnage maximum est toujours limité à 60.000 tonnes, mais l'Autorité du canal poursuit résolument un vaste programme de travaux qui devrait permettre en 1980 le passage de navires de 150.000 tonnes en charge. Il suffit pour se convaincre de la réalité de ces projets, de voir à l'œuvre, la nuit, à la lumière électrique, les dragues construites au Japon par lshikawa et équipées de pompes suceuses de 1.000 mètres-cubes à l'heure.

C'est d'ailleurs un des rares spectacles d'une traversée qui en offre bien peu. Le pinceau bifide du projecteur d'étrave, installé à grand peine, car il pèse plus d'une tonne, éclaire parfaitement les berges et les bouées rouges et vertes, entre lesquelles il suffit de se tenir, comme un train se tient sur ses rails. Le pilote n'a pas grand-chose à faire. Il surveille le bateau devant, échange quelques propos en arabe avec la radio, compte les bornes kilométriques et comme il n'est pas musulman, mais copte orthodoxe, il fait honneur au vin français, le plus simplement du monde.

Pas vu, pas pris

Article paru dans Le Télégramme du 17/01/78

 

Le 23 janvier 1968, il y aura tout juste dix ans cette semaine, on apprenait avec stupeur qu'un bâtiment de la marine américaine, le Pueblo, avait été attaqué par des patrouilleurs nord-coréens, pris à l'abordage et conduit de vive force à Wonsan, tandis que son équipage était interné.

Qu'allait-il se passer ? Comment allait réagir la puissante nation américaine devant cet "acte de guerre" selon les propres termes de M. Dean Rusk? On pouvait s'attendre à des développements spectaculaires et en effet dès le 25 on apprenait la constitution en Mer du Japon d'une Task Force centrée sur trois porte-avions. Mais dès le 5 février, c'est-à-dire à peine une semaine plus tard, cette force navale se dispersait sans avoir agi. On apprenait en même temps que le Pueblo n'était pas le transport de matériel qu'il paraissait être dans les "Flottes de combat", mais un bâtiment spécialisé dans la recherche du renseignement électronique; quant à sa position exacte au moment de l'attaque, il était bien difficile de s'en faire une idée puisque les Coréens affirmaient qu'il se trouvait à l'intérieur de leurs eaux territoriales et que les Américaine affirmaient le contraire.

Les membres de l'équipage confessèrent tout ce qu'on voulut et le 23 décembre de la même année, le major-général Woodward signait au nom de son gouvernement "des excuses solennelles pour le grave acte d'espionnage commis par un navire américain contre la République démocratique de Corée". Moyennant quoi l'équipage fut relâché, le commandant reçut un blâme et prit sa retraite cinq ans plus tard pour s'adonner à la culture des avocats en Californie.

Que conclure de cette histoire? Les Américains y ont un peu perdu la face, mais que pouvaient-ils faire d'autre ? Ils étaient déjà assez embêtés avec le Vietnam sans se mettre une deuxième guerre de Corée sur le dos. Quant à l'écoute électronique, elle est probablement beaucoup plus pratiquée aujourd'hui qu'il y a dix ans. Seulement ce sont les satellites qui ont pris la relève, aux Etats-Unis et en Union Soviétique tout au moins, ce qui n'empêche pas cette dernière d'entretenir une foule de navires plus ou moins spécialisée. Les autres pays, eux, font ce qu'ils peuvent, avec ce qu'ils ont, et en essayant de ne pas se faire prendre.

La mode

Article paru dans Le Télégramme du 24/01/78

 

"Mon attention, écrivait en janvier 1903 M. Camille Pelletan, alors ministre de la Marine dans le cabinet du petit père Combes, mon attention ayant été appelée sur les inconvénients que peut présenter, au point de vue de l'hygiène et de la santé des hommes, une coupe de cheveux trop courte, j'ai consulté le Conseil supérieur de santé de la Marine.

Ce Conseil a émis l'avis que dans l'intérêt de la conservation des cheveux et pour éviter aux marins des affections dues à la suppression presque complète de la chevelure, telles que refroidissements, névralgies, etc. il est en tous points plus hygiénique de laisser à la chevelure une longueur variant entre deux et trois centimètres".

Ainsi, il y a déjà soixante-quinze ans la grave question des cheveux était agitée jusque dans le cabinet du ministre. Mais avec les décrets sur la discipline, c'est le président de la République lui-même qui allait préciser la doctrine en matière capillaire. En 1966, sous le général de Gaulle, la coupe de cheveux doit être "nette et sans excentricité, les tempes et la nuque dégagées". On remarquait dans cette phrase volontairement vague le souci de ne pas s'encombrer de prescriptions trop tatillonnes, tout en se gardant d'approfondir le rapport mystérieux qu'il pouvait y avoir entre la longueur des cheveux et la discipline, celui-ci allant apparemment de soi.

En 1975, le nouveau décret et le nouveau président marquent un changement complet, car dorénavant la coupe n'est plus soumise qu'aux "exigences de l'hygiène, de la sécurité et du port des effets et équipements spéciaux" c'est-à-dire à des critères d'ordre purement pratique, pouvant par conséquent varier largement avec chaque occupation militaire.

Curieusement, l'instruction d'application de la marine se garde bien de suivre cette pente glissante pour fixer au contraire quelques règles valables dans tous les cas : la coupe, par exemple, doit "s'arrêter au plus bas à mi-chemin entre le niveau du bas de l'oreille et le col de la chemise" tout au moins pour le personnel masculin. Quant aux femmes, par un effet de la galanterie des bureaux, elles devront simplement "se garder de toute fantaisie trop voyante, mais sans faire abstraction de la mode". Encore une scandaleuse inégalité entre les sexes!

 

L'escorteur d'escadre Duperré (© : GIORGIO ARRA)

L'escorteur d'escadre Duperré (© : GIORGIO ARRA)

Le rire

Article paru dans Le Télégramme du 31/01/78

On est confondu en lisant l'article qu'un hebdomadaire satirique a cru bon de consacrer, le 18 janvier, et en première page, encore, à la malheureuse affaire du Duperré*. Pourquoi tant d'acharnement ? Pourquoi accabler, avant même d'avoir le moindre résultat de la moindre enquête, le malheureux commandant**? Qu'eût-ce été si le navire, au lieu d'avoir la coque déchirée, s'était complètement échoué ou s'il s'ét

Propos maritimes | chronique sur l'actualité maritime parue dans Le Télégramme de 1973 à 2008